La libraire met du coeur à l'ouvrage

PORTRAIT Gérante de la librairie lilloise V.O., Môn Jugié inaugurera ce soir Les Lisières, célèbre librairie roubaisienne dont elle reprend les rênes

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Décalé. « Môn est un prénom vietnamien qui évoque la grandeur. C’est assez cocasse : je fais 1,50 m. » Gérante de la librairie lilloise V.O., spécialisée dans les oeuvres éditées dans leur langue d’origine, Môn Jugié inaugurera ce soir Les Lisières, célèbre librairie roubaisienne dont elle reprend les rênes. Mais la direction régionale des affaires culturelles a dû batailler pour la convaincre. « J’ai d’abord refusé. Je ne voulais pas me disperser. Puis, sur un coup de coeur, j’ai accepté. » Entre V.O., la présidence de l’Association des libraires indépendants et son rôle de conseillère à la mairie de quartier Lille-Centre, ce petit bout de femme a fort à faire. Et un fort caractère. « Le Furet du Nord ? J’essaierai de ne pas leur faire de l’ombre », plaisante-t-elle en ajustant ses lunettes rouges.

Car c'est l'ambiance des librairies de quartier qui anime cette native de Roanne de 55 ans. Un idéal qui la poursuit depuis 1976, date de son arrivée à Lille. « Je n'ai pas eu de problèmes d'intégration. J'apporte ma contribution dans un domaine qui me plaît. » Celui de ses premières amours, « les livres et les langues ». Il faut dire qu'elle en connaît un rayon : « Pendant mes études littéraires à Lyon, j'ai approfondi l'allemand, l'italien et le roumain. Plus tard, le russe. » Ses petits yeux noirs s'éclairent lorsqu'elle évoque ses six frères et soeurs élevés au son du français. « La seule langue » que sa mère italienne et son père indochinois pouvaient « parler pour se comprendre ». C'est l'Italie que lui rappellent aujourd'hui les tea time partagés avec les écrivains invités à la librairie V.O. « Roberto Pazzi, l'auteur de Conclave, faisait se pâmer les femmes tellement il était beau. » Môn travaille « soixante-dix heures par semaine ». Mais elle ne boude pas son plaisir. « J'ai vendu au moins un livre par jour depuis cinq ans, c'est un miracle. Hier, c'était Le Petit Prince. En chinois ! »

Claire Hohweyer