Vidéo. Ils se sont fait leur film

INTERACTIVITÉ Le cinéma «émotif» a été expérimenté à Tourcoing...

Emmanuelle Geuns

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Une expérience ce cinéma émotif au Fresnoy à Tourcoing (59).
Une expérience ce cinéma émotif au Fresnoy à Tourcoing (59). — M.Libert/20 Minutes

Joëlle est coiffée d'un casque doté d'électrodes. L'appareil est relié à un écran qui trace des courbes: des scientifiques scrutent les réactions de cette femme. Nous ne sommes pas dans un laboratoire, mais au cinéma. Un cinéma qu'on appelle «émotif», car le scénario du film varie en temps réel, en fonction des émotions du spectateur captées par les électrodes. Autrement dit, selon que les réactions émotionnelles sont positives ou négatives, les scènes qui apparaissent sur l'écran changent. Joëlle et un autre volontaire se sont prêtés au jeu lors de la première expérimentation, présentée mercredi au studio national des arts contemporains du Fresnoy, à Tourcoing.

«J'aimerais savoir comment on agit sur le scénario»

A l'origine de ce projet fou, Marie-Laure Cazin, ancienne étudiante au Fresnoy et réalisatrice passionnée de nouveaux médias: «Je menais depuis longtemps une réflexion sur le cinéma interactif. En 2012, des casques électro-encéphalogramme (EEG) légers et abordables sont sortis sur le marché. La technologie pouvait donc entrer dans un système de production ou dans une salle de cinéma.» Le film présenté, Mademoiselle Paradis, évoque la guérison controversée d'une jeune fille souffrant de cécité nerveuse. Joëlle regarde, calme, concentrée. Puis le générique de fin défile, et la lumière se rallume.

Première impressions: «On ne se rend pas compte de notre influence sur le film, j'aimerais bien comprendre comment on agit sur le scénario. Et je me demande quelle aurait été la fin avec une autre personne.» Raphaël, second spectateur-test est séduit par l'expérience. «J'ai trouvé qu'il y avait une cohérence intéressante entre le sujet du film, le scénario et le dispositif. Ça ouvre des pistes très riches.» Pour l'instant, le prototype n'accepte que deux sujets. Mais les recherches continuent et Marie-Laure Cazin rêve de voir un jour une salle comble influer sur un film: «Tout reste à inventer».

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■ Entre art et sciences, deux ans de travail

Il a fallu deux ans à Marie-Laure Cazin pour présenter son film-prototype Mademoiselle Paradis. Il est produit par Filmo, en coproduction avec le pole régional Pictanovo. Quatre laboratoires de recherche scientifique ont participé au projet. Le cinéma émotif n'en est qu'à ses débuts. A Dinard (Ille-et-Vilaine), une expérience similaire a été réalisée avec des capteurs fixés aux bras des spectateurs, qui enregistrent la tension de la peau.