Fanny Bouyagui, mélangeuse en chef

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Epices électro. Les 30 et 31 décembre, la fête de la Saint-Sylvestre sauce Lille 3000 sera cuisinée à la diable. Fanny Bouyagui, « artiste multimédia » ou DJ d'images roubaisienne, patronne de la fabrique artistique Art Point M et du festival électro Name, concoctera au Tri Postal un menu vidéo et sonore sur deux jours. Estampillée trash et provoc', la créatrice compte bien montrer là sa part de lumière(s). « Bollywood, l'Inde tout ça, c'est ringard, ça m'amuse. Je veux que les gens s'éclatent. »

Fanny Bouyagui n'est pas juste cette « grosse black de 47 ans en tenue camouflage » – ainsi qu'elle se définit – qui cuisine des images de SDF sur fond électro. Elle revendique le caractère « radical » de ses performances, mais précise : « Je ne cherche pas le trash, ça ne représente pas fidèlement mon travail. » Exemple : on peut habiter dans un hangar et refuser les cocktails de vernissage tout en votant « socialo depuis toujours », Mitterrand compris. Héritage familial. Son père, ouvrier sénégalais un temps sans-papiers en France, « n'aurait pas supporté [qu'elle] ne vote pas ».

Fanny est l'aînée d'une grande famille, mixage sénégalo-belge. « Je suis plus belge que sénégalaise. J'aime les gens du Nord, la ville, Roubaix », explique-t-elle en vous recevant avec des airs de mama africaine dans un intérieur relooké en tente bédouine... « Je n'aime pas sortir » mais « je n'aime pas les tête à tête, je veux du monde », « fidèle » et toutefois « pas du tout romantique » : le mélange, elle le vit comme elle respire. Pareil au boulot. Chez Art Point M, le noyau dur regroupe sept créateurs qui partent même en vacances ensemble, comme une famille. Sauf que « le boss, c'est moi. Les collectifs d'artistes, ça tient jamais. Il faut que quelqu'un assume. » Assume son travail sur les exclus, les toxicos, les vieux solitaires, des gens que certains refusent de voir, surtout en soirée... « Ils aimeraient que je sois plus positive. Moi, Cendrillon, ça me gonfle. » Au point d'en avoir fait le thème – revisité – de son spectacle au festival d'Avignon 2005. Les compliments la gênent, par timidité. Mais elle se verrait bien continuer l'aventure Art Point M pendant quarante ans. « Qu'est ce qu'on pourrait faire d'autre ? »

Olivier Aballain

Didier Fusiller, directeur de Lille 3000 : « Elle a un style à la fois provocant et doux, c'est une vraie reine de Lille 3000, qui mélange le populaire et le singulier. Et avec ça, une ténacité qui la fera vivre 3 000 ans. » Sylvette Godichon, responsable des collections d'art appliqué au musée de la Piscine de Roubaix : « J'admire sa créativité époustouflante et même parfois épuisante, elle ne s'arrête jamais. D'ailleurs on ne la voit pas assez. » Didier Thibault, du théâtre La Rose des Vents à Villeneuve-d'Ascq : « Elle a un rapport atypique avec le spectacle vivant. C'est quelqu'un de fidèle en amitié, très attachante et humaine. »