Encore des langues à délier

SOCIÉTÉ illettrisme recule dans la région grâce à certains dispositifs...

Gilles Durand

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M.Libert/20 Minutes

«Même quand j’écris des SMS, personne ne me comprend. Ça me fatigue», se plaint Nicolas, 17 ans. Dans la région, l’illettrisme a reculé entre 2004 et 2011, mais 13% des adultes, soit environ 310.000 personnes, restent en difficulté face aux fondamentaux de l’écrit*. Certaines structures prennent en charge ce problème, comme la Fédération des centres d’insertion (FCI) à Lille.

En 2010, ils étaient à peine 600 à intégrer un nouveau dispositif de formation financé par l’Etat et l’Europe. En 2013, le nombre des apprenants est passé à environ 4.000. «Certains ne souhaitent pas que leur employeur soit au courant», glisse François Charlier, directeur adjoint à la direction du Travail (Direccte). Car selon l’enquête, les difficultés d’écriture ne sont pas toujours un frein et concernent près d’un employé sur dix.

«On va à notre rythme»

C’est le cas de Kamel. A 20 ans, cet Algérien travaille dans la restauration. «Je veux améliorer mon français pour le quotidien», avoue-t-il. En revanche, Joël, la quarantaine, est au chômage depuis trois ans. «Au départ, je m’étais inscrit en informatique et, finalement, j’ai fait un peu de français», raconte- t-il. Sébastien réapprend aussi les bases à la FCI. «J’ai arrêté l’école à 16 ans et je n’y ai presque rien appris. Ici, c’est mieux, on va à notre rythme», explique-t-il. Jeanine vient de Centrafrique. Quatre fois par semaine, elle apprend les rudiments de la langue pour devenir assistante de vie aux familles. «Dans mon pays, j’étais vendeuse. Ici, je souhaitais m’occuper d’enfants, mais mon niveau de français n’était pas assez bon». Ils sont une dizaine à chaque cours, envoyés par Pôle emploi ou les missions locales. «On se base sur la vie quotidienne et sur des documents réels, comme des modes d’emploi par exemple», note Pascale Houliez, une des formatrices.

*D’après une enquête de l’Insee parue en octobre et effectuée sur 2.000 Nordistes.

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• Apprendre le vocabulaire par le jeu

Voltaire est volontaire. L’école primaire roubaisienne a repris, début novembre, son club Coup de Pouce Clé, pour aider les enfants un peu timorés à s’épanouir dans la lecture et l’écriture. Kenza cherche le nom d’un animal qui commence par «e». «Elephant», s’exclame Yanis. L’animateur, Ali Bouguerra, sort un nouveau domino. Et le jeu continue.

A Roubaix, 11 écoles et 14 clubs adoptent cette méthode de prévention de l’illettrisme. Dans chaque club, cinq enfants. «On les oblige à parler devant leurs camarades pour qu’ils prennent confiance», lance Patricia Lagaé, enseignante volontaire, qui finit toujours la séance par «le rituel de la belle histoire».

L’objectif est d’apprendre le vocabulaire et de se familiariser avec la langue par le jeu ou le conte. «Il faut très vite passer d’une activité à l’autre pour maintenir l’attention», souligne l’animateur. Trois fois par semaine, enseignants et animateurs se relaient dans ces clubs. Dix ans que Roubaix a lancé cette initiative. «Huit sur dix sont devenus bons ou moyens lecteurs, note Julie Keyloen, chargée de mission à la ville, Seul 6% des enfants restent en difficulté scolaire».