Dans le box, une femme battue et son ange gardien

©2006 20 minutes

— 

Jusqu'où peut-on aller pour défendre une femme battue ? C'est à cette question que le tribunal correctionnel de Dunkerque devra répondre à partir de cet après-midi. Pour la première fois en France, la directrice d'une association qui aide les femmes victimes de violences conjugales sera jugée pour complicité de soustraction à l'autorité parentale.

L'affaire remonte à 2003. A la demande d'une assistante sociale du Val-de-Marne, l'association dunkerquoise Sedire prend en charge une femme battue et ses trois enfants. Elle les héberge dans une maison dont l'adresse est tenue secrète. « Elle était en détresse, témoigne Mauricette Sauvignon, l'ancienne directrice. On l'a éloignée de son domicile pour qu'elle se reconstruise. » Mais le mari porte plainte en s'appuyant sur une loi qui oblige à communiquer au père le lieu de résidence de ses enfants. « On dit aux femmes de se protéger. Mais dès qu'elles ont des enfants, on entre dans l'illégalité, dénonce l'ancienne directrice. Et si on ne fait rien, c'est de la non-assistance à personne en danger. » Une incohérence juridique à laquelle de nombreux travailleurs sociaux sont confrontés. « J'ai travaillé dans le social. On ne compte pas les fois où on met en sécurité des mères et des enfants, affirme Marie-Madeleine Castelain, présidente de Sedire. Si on est condamné, tous les travailleurs sociaux peuvent l'être. »

L'ancienne directrice de Sedire encourt cinq ans de prison et 75 000 e d'amende. La femme hébergée en 2003, qui comparaît également pour soustraction à l'autorité parentale, risque, elle, un an de prison et 15 000 e d'amende.

Fanny Bertrand

Des membres de la Fédération nationale solidarité femmes viendront de toute la France pour soutenir l'ancienne directrice de l'association Sedire, Mauricette Sauvignon. Ils se rendront à la mairie de Dunkerque et à la sous-préfecture du Nord pour déposer des pétitions.