« La parole doit se libérer »

MARTINE WARNIER a défenseure des victimes de l'inceste lance un appel...

Propos recueillis par Gilles Durand

— 

Martine Warnier milite pour intégrer l'inceste dans le Code pénal.
Martine Warnier milite pour intégrer l'inceste dans le Code pénal. — G. Durand/20 Minutes

Depuis trois ans, la section lilloise de l'association internationale des victimes de l'inceste (AIVI) organise des groupes de parole à Lille*. Martine Warnier, sa responsable, voudrait les développer.

► Pourquoi ces groupes de parole ?

L'inceste reste un sujet tabou. L'existence de ces groupes où la parole peut se libérer est donc essentielle. Il arrive aussi parfois que je reçoive une victime en tête-à-tête. L'important, c'est de ne porter aucun jugement envers ces femmes et parfois hommes. Tout reste confidentiel.

► A quels problèmes particuliers une victime est-elle confrontée ?

La peur de parler, de faire exploser la cellule familiale et de ne pas être crue. Or, en se confiant, ces victimes se rendent enfin compte que ce n'est pas elles qui sont folles, mais leur agresseur. Un sondage effectué par l'AIVI montre qu'il faut, en moyenne, 16 ans pour révéler les faits. Parmi la cinquantaine de victimes qui passent chez nous annuellement, seules quatre ou cinq portent plainte. Il est aussi prévu, cette année, de sensibiliser les gendarmes à cette problématique de l'inceste et du dépôt de plainte.

► Que pouvez-vous faire d'autre, à part écouter ?

On milite pour intégrer l'inceste dans le Code pénal. Pour l'instant, le seul crime qui existe est l'agression sexuelle sur un mineur. On ne sortira de ce problème que si la société le reconnaît et accepte de nommer ce crime. Ensuite, on demande aux pouvoirs publics une prise en charge spécifique de l'inceste, car il peut avoir de graves conséquences comme l'anorexie ou la scarification.

► La région est-elle plus touchée que d'autres ?

Il n'y a aucune statistique sur le sujet. Tout ce qu'on sait, c'est qu'un autre sondage parle d'un potentiel de 2 millions personnes victimes d'une relation incestueuse en France.

■ Un projet de loi rejeté en 2009

Un projet de loi visant à lutter contre l'inceste avait été déposé en mars 2009 à l'assemblée nationale par la députée UMP Marie-Louise Fort. Il visait à identifier, prévenir, détecter et lutter contre l'inceste sur les mineurs et à améliorer l'accompagnement médical et social des victimes. Il a finalement été rejeté car la notion de famille (beau-père par alliance par exemple) n'était pas assez précise.