Les homophobes présumés à la barre

Olivier Aballain

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La vitrine du Vice&Versa a été cassée à coups de chaise, selon les témoignages récoltés au cours de l'enquête.
La vitrine du Vice&Versa a été cassée à coups de chaise, selon les témoignages récoltés au cours de l'enquête. — M. Libert / 20 Minutes

Yohan Jerczynski a jeté l'éponge. S'estimant victime d'une agression homophobe le 17 avril, le co-gérant du Vice&Versa a vendu son établissement en août. C'est donc sans emploi qu'il a rejoint mercredi le tribunal correctionnel de Lille, où étaient jugés ses trois agresseurs présumés. Deux d'entre eux ont également perdu leur emploi suite à l'écho médiatique qu'avait eu l'affaire, en plein débat sur le vote de la loi « mariage pour tous ». Trois reports et quatre mois après les faits, revoilà donc les prévenus Jean-Philippe, Yohan et Flavien. On leur reproche d'avoir agressé le patron du bar, l'un de ses associés et un serveur, d'avoir multiplié les insultes homophobes dont « Sale pédé », et d'avoir endommagé le mobilier.

Provocations


C'est après une manifestation contre le « mariage pour tous » que les prévenus s'étaient retrouvés devant le Vice&Versa le soir du 17 avril. « Je me suis demandé pourquoi ils avaient choisi ce bar-là », expliquera une membre du groupe d'amis. Deux des trois accusés étaient adhérents de JNR, un mouvement d'extrême droite aujourd'hui dissout. Est-ce par conviction qu'ils ont déclenché une bagarre dans ce bar revendiqué gay ? « On cherchait une copine, elle n'était pas là, on allait ressortir. » De quel côté est venue la provocation ? Du patron qui leur a demandé de sortir, se sentant menacé par « les regards haineux » de ces clients au tatouage viking ? « Nous, on n'a rien dit », assure Jean-Philippe. « Ah bon, alors vous vous êtes battus en silence ? », a ironisé le président. « Moi je ne me suis pas battu, ce sont les autres qui ont voulu se battre avec moi », assure Yohan, son co-prévenu. Pas convaincue, la procureure a réclamé un an de prison dont 6 mois ferme. Le jugement a été mis en délibéré au 27 novembre.

■ La vidéosurveillance, un sujet lillois

Deux bandes de vidéosurveillance ont été versées au dossier du Vice&Versa pour éclaircir les circonstances de l'agression. Le procédé n'effraie d'ailleurs pas Martine Aubry, qui rappelle que plus de 4 000 caméras sont installés à Lille dans certains endroits fermés, notamment les transports en commun. D'autres installation ponctuelles, « trois à cinq par an » sont parfois demandées auprès de la police nationale pour démanteler certains trafics.