Une curiosité mal placée

JUSTICE Premier procès après les émeutes qui ont agité Avion mi-août...

Olivier Aballain

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Philippe Huguen/AFP

Ils n'ont pas de casier judiciaire, sont plutôt bien insérés, et l'un d'eux est père de famille. Mais ils habitent le quartier République, à Avion. Johnny B., Dimitri S. et Johnny C. ont été condamnés mardi à des travaux d'intérêt général par le tribunal correctionnel d'Arras. Dans la nuit du 14 au 15 août, ces jeunes de 20 à 29 ans ont été interpellés pendant les émeutes qui agitaient le secteur. Deux étaient inconnus des services de police, le troisième réinséré depuis longtemps. Mais ce soir-là, alors que les CRS affrontaient des dizaines de personnes au cœur du quartier, ils étaient sortis «pour voir». «C'était un spectacle?», s'est interrogée la procureure, Elise Bozzolo. Un spectacle, non. Les violences faisaient suite à un accident de la circulation entre un scooter et une voiture, le 13 août en fin d'après-midi. Le conducteur du scooter a été grièvement blessé. Affrontements et incivilités se sont enchaînés pendant trois jours.

«Pas des meneurs»

Dimitri S. raconte avoir entendu un propos méprisant dans la bouche de l'un des policiers appelé sur l'accident, le 13 août. Une rumeur «infondée après enquête», d'après la justice. De toute façon, Dimitri S. n'en démord pas: celui qui a visé les policiers toute la soirée avec un laser bleu, ce n'était pas lui. «Quand j'ai été arrêté, je discutais devant chez moi», raconte Dimitri, reconnu une heure après les faits d'après sa tenue vestimentaire. Il a été condamné pour «refus de dispersion». Quand aux deux Johnny, poursuivis pour avoir jeté des projectiles en direction des policiers, ils avaient été attirés par «le grabuge». «Ma compagne est enceinte, elle était stressée par le bruit, alors on est sortis», explique maladroitement l'un d'eux. «On a bien compris qu'on n'avait pas affaire aux meneurs», a relativisé la procureure.

■ Arrestations

Une quinzaine de personnes ont pour l'instant été arrêtées dans l'enquête sur les émeutes, dont cinq pour l'incendie volontaire du vestiaire du stade municipal, dans la nuit du 15 au 16 août.