Ces élus qui votent les yeux fermés

POLITIQUE Les subventions du conseil régional ne sont pas toujours examinées minutieusement...

Gilles Durand

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L'hémicycle du Conseil Régional du Nord à Lille.
L'hémicycle du Conseil Régional du Nord à Lille. — M.LIBERT/20 MINUTES

«Il y a tellement de délibérations qu'on passe parfois à travers .» Un conseiller régional avoue à demi-mot ce constat, mis en évidence le mois dernier avec « l'affaire Miss Burqa » (voir encadré). Les élus votent parfois des subventions sans en connaître la teneur exacte. En juin, l'UMP avait avoué à 20 Minutes avoir voté «avec un devoir de réserve » une subvention de 300.000€ et une avance remboursable de 250 000 € à une association sans avoir vu son bilan comptable. «Ce sont des dysfonctionnements que nous allons étudier», avoue Sébastien Leprêtre, conseiller régional UMP. «Le phénomène est marginal et n'arrive, peut-être, qu'une vingtaine de fois par an», tempère-t-on chez les Verts (EELV). Il est vrai que le conseil régional est la collectivité la plus productive: environ 4500 délibérations par an. Lille Métropole en étudie entre 2000 et 2500, tandis que le conseil général du Nord a plafonné à 1353 rapports en 2012.

« Machine à subventions »

«Le nombre n'est pas une excuse. Les élus sont indemnisés pour ça et ils ont des collaborateurs. Il faut revoir le fonctionnement de l'institution», dénonce Philippe Eymery, conseiller régional (FN). Le cheminement est pourtant sévèrement encadré: les services examinent les demandes de subvention et transmettent leur travail et l'avis technique à une commission où tous les partis sont représentés. «Ensuite chaque vice-président chargé d'une délégation présente en commission permanente les dossiers. Le circuit prend quatre mois», précise François Delagrange, directeur de cabinet de la région.

«Certaines délégations sont plus compliquées à gérer, avec beaucoup de petites subventions», souligne Dominique Plancke, élu EELV. C'est le fameux «saupoudrage» que dénoncent l'opposition UMP et FN. «On touche au problème du clientélisme, accuse le FN. La machine à subventions devient incontrôlable.» Du côté des Verts, on reconnaît aussi que les délibérations arrivent souvent trop tard. «On n'a pas le temps de lire, mais, a priori, on fait confiance aux services». Le PS et le Front de gauche n'ont pas souhaité s'exprimer sur le sujet.

 

■ « Miss Burqa »

Le 18 mars, l'opposition UMP avait protesté par voie de presse contre une subvention allouée par le conseil régional pour la création artistique d'un géant vêtu d'un niqab. Or, il s'avère que le groupe UMP avait adopté, avec la majorité PS-EELV, cette subvention en commission. Dans un courrier, la vice-présidente (PS) Culture, tout en assumant le vote de cette aide, s'excuse, après coup, auprès des gens qui auraient pu être choqués par ce projet. De fait, aucun élu n'avait lu le dossier en entier.