Jean-Pierre Kucheida conteste violemment son accusation d'abus de biens sociaux

JUSTICE Jean-Pierre Kucheida et sa fille Marie comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Douai pour abus de biens sociaux...

Gilles Durand

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Jean-Pierre Kucheida, ancien député socialiste du Pas-de-Calais et maire de Liévin (62), comparaît le 9 avril 2013 avec sa fille Marie en audience correctionnelle au tribunal de Douai. Ils sont tous deux accusés d'abus de biens sociaux. Ici près du tribunal en compagnie de son avocat, Frank Berton (D).
Jean-Pierre Kucheida, ancien député socialiste du Pas-de-Calais et maire de Liévin (62), comparaît le 9 avril 2013 avec sa fille Marie en audience correctionnelle au tribunal de Douai. Ils sont tous deux accusés d'abus de biens sociaux. Ici près du tribunal en compagnie de son avocat, Frank Berton (D). — M.LIBERT/20 MINUTES

Il avait promis de s’expliquer. Jean-Pierre Kucheida l’a fait lors de son procès, mardi, au tribunal correctionnel de Douai. L’ancien député-maire de Liévin comparaissait en tant qu’ex-président du bailleur social Soginorpa pour abus de biens sociaux, accusé d’avoir utilisé à des fins personnelles la carte bancaire de la société et d’avoir détourné 12.000€ pour financer une exposition de sa fille.

«Beaucoup d’affaires se règlent à table»

Pendant toute l’après-midi, les débats ont été virulents autour de ces dépenses restées sans justificatif pendant de longs mois. Un chef de service s’était bien inquiété de ce manque d’un point de vue comptable. Mais d’après les auditions du secrétaire général de la Soginorpa, «les dépenses étaient réputées justifiées». «La Soginorpa  ne m’a jamais demandé aucun justificatif», se défend d’ailleurs Jean-Pierre Kucheida. Le patron de la boîte, comme il se définit lui-même, a néanmoins, retrouvé l’objet de toutes ces dépenses, à hauteur de 47.000€. Pour les trois-quarts, elles  représentent des frais de restaurant, notamment avec des parlementaires. «Beaucoup d’affaires se règlent à table», explique l’ancien député-maire socialiste. Pour lui, chaque repas avait pour objectif d’évoquer les problèmes de la Soginorpa ou, parfois  «le régime de santé des anciens mineurs avec le docteur Bernard Debré, quelque part dans les Alpes». Autre exemple, un repas à 1.718€ pour huit couverts à Paris avec des maires du bassin minier. «Pourquoi ne rencontrez-vous pas ces gens dans la région?», demande le juge.  «Nous étions en réunion à Paris», répond l’ancien maire de Liévin. Un autre souvenir retrace un repas, dans le sud, avec les époux Dupilet, dont le mari Dominique est président du conseil général du Pas-de-Calais. Toujours la Soginorpa entre le fromage et le dessert. «Qu’est ce que madame Dupilet peut  apporter à la soginorpa?», s’étonne le juge. «Difficile de lui demander de rester chez elle».

Autre grief reproché: l’utilisation d’une carte essence avec un véhicule de fonction. «Elle m’a été donnée sans restriction, en me précisant: vous pouvez même acheter une station essence si vous voulez!». Ce procès a le mérite de mettre en relief la gestion du plus grand propriétaire de logements (environ 60.000) en France. Jean-Pierre Kucheida a tenu à préciser qu’il avait remboursé toutes les sommes suspectes en 2012. En prévention.

Ce fut ensuite au tour de marie Kucheida, la fille, de passer à l’interrogatoire. A elle, il lui est reproché d’avoir profité d’une subvention déguisée de 12.000€ pour réaliser un recueil de photos. «Je ne comprends pas ce que je fais là, le livre existe», s’interroge Marie Kucheida. «Ce n’est pas le problème du livre, mais la façon dont il a été financé», dénonce le procureur.

«Ce n’est pas ma faute si je suis la fille de mon père», remarque celle qui, depuis 2009, occupe un poste de chargée de mission au conseil régional. D’après la défense, l’opération s’est faite dans le dos de Jean-Pierre Kucheida. «Il a été furieux quand il l’a appris», souligne la fille. «Quand et comment l’avez vous appris?», demande le procureur. « Je ne sais plus », balbutie Jean-Pierre Kucheida. Pourquoi la subvention de la Soginorpa a-t-elle transité par une association, l’APAPAC? Les explications sont floues. Mais les preuves sont difficiles à établir. Plaidoiries et réquisitoires à venir.

«Ce qui vous est reproché, c'est une forme de vol.»

En tout, le procureur reproche 157 dépenses non justifiées. "Les justifications ne sont que votre parole", a-t-il estimé dans son réquisitoire. "Il  y a des limites juridiques, mais surtout  morales que vous avez dépassées, souligne-t-il. Ce qui vous est reproché, c'est une forme de vol. Un vol chic, de bourgeois, sans douleur, même pour la société flouée dont les 70 000 € reprochés ne représentent rien par rapport aux millions de chiffre d'affaires de la Soginorpa. Mais d'un point de vue moral, vous ne vous êtes rien refusé et c'est en inadéquation avec la raison sociale de la soginorpa".