Frédéric Sawicki : «Les militants PS de base sont perdus»

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Frédéric Sawicki, politologue lillois.

Quel est le profil des militants socialistes du Nord ?

Un bon tiers d'entre eux sont des élus ou travaillent en lien avec une collectivité socialiste. Le PS a un ancrage social et territorial qui s'appuie sur ce réseau très dense d'élus. C'est un parti de professionnels de la politique. Du coup, quand le PS perd une ville, le nombre d'adhérents s'effondre.

Les nouveaux adhérents sont-ils pareils ?

Non. Inscrits par Internet, ils sont surtout issus de la métropole lilloise. Plus éduqués, ils ne développent pas la convivialité des cellules de base autour des parties de cartes, des banquets...

Quand Pierre Mauroy rallie Ségolène Royal, le militant comprend-il sa décision ?

Non. Dans l'ensemble, la base est perdue car ses leaders changent sans cesse de chapelle. Elle ne comprend plus le projet politique, ni la stratégie. On demande aux militants de débattre, sans formation. A l'église, on ne demande pas aux paroissiens d'écrire l'Evangile !

Après le retrait de Jack Lang, aucun candidat n'est donc issu des fédérations PS du Pas-de-Calais et du Nord, pourtant très importantes...

Tous les candidats sont énarques ou universitaires. Ce qui est moins fréquent dans le Nord. Sauf pour les parachutages comme ceux de Martine Aubry et de Jack Lang autrefois inenvisageables. Les figures régionales préfèrent travailler dans l'ombre, comme Daniel Percheron ou Michel Delebarre.

Pourquoi pas Martine Aubry ?

Avant qu'elle soit ministre des Affaires sociales, on parlait d'elle en présidentiable ! C'est un portefeuille où il faut aller au front. Ségolène Royal, elle, n'a pas subi l'épreuve du feu, ses fonctions ayant touché à l'intime : le scolaire, la famille...

Recueilli par Geoffroy Deffrennes