Patron à réaction

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Jamais fatigué. Depuis trente ans, Thierry Letartre dirige les laboratoires Anios, à Hellemmes, avec son frère Bertrand. A la mi-septembre, trois semaines après l'annonce officielle de l'infection qui frappe les hôpitaux du Nord-Pas-de-Calais, l'entreprise mettait en vente un nouveau détergent pour éliminer Clostridium, la bactérie responsable de l'infection. Une réactivité qui n'étonne plus lorsque l'on rencontre celui qui, à 54 ans, parle du « terrain » comme un enfant d'une cour de récré.

« Discuter avec les médecins comme les infirmières, leur expliquer comment utiliser le produit... Cela reste un vrai plaisir. » Les deux frères Letartre forment une équipe soudée. Thierry, directeur général, est le plus commercial des deux. Tête brûlée, passé par huit collèges, il avait la bosse du commerce. Bertrand, plus « gestionnaire », plus sérieux, assume le poste de PDG. Une répartition naturelle dans le sillage de leur mère, qui avait elle-même succédé à leur grand-mère à la tête du laboratoire créé en 1898. Le tandem fonctionne : en vingt ans, l'affaire familiale est devenue leader européen de l'hygiène hospitalière. Et emploie 330 personnes. « L'entreprise est restée très humaine et jeune d'esprit. Très peu de salariés nous quittent », explique Thierry Letartre, non sans fierté. Même s'il avoue, à regrets, qu'il « ne connaît plus chacun par son prénom ». Un souffle de nostalgie... Vite effacé. « Il ne faut pas regarder en arrière. Je veux toujours avoir un temps d'avance, c'est ça notre force. »

Pourtant l'insatisfaction attend au tournant : sur le produit anti-Clostridium, « il aurait fallu le sortir plus tôt, pour habituer les équipes hospitalières ». Ralentir, profiter de la réussite, Thierry Letartre ne connaît pas : « Je n'arrive pas à prendre un jour de congé en semaine, car je culpabilise. C'est complètement con, j'y ai le droit ! » Mais cette insatisfaction est un moteur. Vendredi dernier, Anios inaugurait un nouveau site à Sainghin-en-Mélantois. L'investissement (12 millions d'euros) s'ajoute aux implantations à l'étranger, car Anios veut réaliser 50 % de son chiffre d'affaires à l'export. « Mais le Nord restera toujours notre base. »

Olivier Aballain

Gilles Beaucaire, président du comité technique sur les infections nosocomiales « Anios, ce sont des industriels. Professionnels certes, ils vendent des produits, mais ils sont avant tout industriels. » Gérald Houset, directeur des ressources humaines d'Anios « Thierry est quelqu'un qui a une très bonne perception des besoins des clients, des hôpitaux... C'est un fonceur, mais aussi un affectif, en réalité. » Gilles Pargneaux, maire (PS) d'Hellemmes « Ce sont des patrons humains, qui dirigent une très belle entreprise, importante pour Hellemmes et toute la métropole. Ce sont des types bien. »