La grippe fait des ravages dans les entreprises

SANTÉ ix semaines d'épidémie posent des problèmes d'organisation...

Fanny Destombes

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Selon le docteur Bernard Fontaine, " la grippe devient un risque professionnel lorsqu'il y a un net sur-risque. "
Selon le docteur Bernard Fontaine, " la grippe devient un risque professionnel lorsqu'il y a un net sur-risque. " — M. Libert / 20 Minutes

 

Dans le Nord c'est le tube de l'hiver, mais il contient des comprimés de paracétamol. Après dix semaines d'épidémie de grippe, les entreprises commencent à souffrir de l'hécatombe régionale. A l'image du groupe Pascal Boulanger, qui recense ainsi six absents sur quinze dans un service la même semaine.

Pas de «présentéisme»

Dans une autre entreprise, spécialisée dans les services, Emmanuelle est seule à occuper ses fonctions. La place est restée vacante une semaine. «Un collègue qui aurait dû rester en quarantaine est venu malade. Au moins trois personnes de la boîte ont attrapé la grippe et ça a eu un effet boule de neige dans ma famille.»

Pour le Dr Bernard Fontaine, médecin coordinateur au Pôle santé travail, «il vaut mieux prendre un arrêt de travail de 3-4 jours plutôt que de faire du présentéisme, travailler au ralenti et contaminer tout le monde.» Une solution: anticiper et proposer la vaccination à l'automne aux salariés. D'autant que certains métiers sont plus exposés que d'autres: hôtesse de caisse, chauffeur de bus... «La grippe devient un risque professionnel lorsqu'il y a un net sur-risque», précise le Dr Fontaine. Depuis dix ans, l'hypermarché Cora à Flers prend en charge la piqûre pour les volontaires. Sur 40 salariés, 15% ont sauté le pas. Dans les textes européens, le vaccin est alors à la charge de l'employeur. Chez Cora, la facture s'élève à 500€ par an, soit un coût par tête de 12, 5€. Le médecin du travail préconise même de «ne pas donner la main ni se faire un bisou». Mais peu de patrons oseront en faire une note de service.

 

Une épidémie qui se distingue par sa durée inhabituelle

Dix semaines d’affilée au dessus du seuil épidémique (159 malades pour 100 000 habitants): la vague de grippe n’a pas été aussi intense depuis plusieurs années. Avec encore plus de 1500 cas pour 100.000 habitants la semaine dernière, le Nord-Pas-de-Calais est d’ailleurs toujours dans le peloton de tête des régions les plus touchées en France. Et la décrue n’est pas pour tout de suite, puisque le nombre de cas a de nouveau bondi après une légère décrue début février.

Peu de cas sévères

Parmi les cas recensés par le réseau SOS Médecin à la mi-février, environ 36% concernaient des moins de 15 ans. Heureusement, le nombre de cas sévères reste plutôt faible en Nord-Pasde-Calais par rapport aux autres régions, et également plutôt faible par rapport aux autres années. Sur les cinq cas graves ayant nécessité une hospitalisation en réanimation depuis le début de l’épidémie, aucun n’a été mortel (alors qu’il y en a eu 45 au niveau national). Dans la région, une seule personne victime d’une grave affection reste encore hospitalisée. O.A.