Pierre Mauroy raconte l'arrivée du TGV à Lille à l'occasion des 25 ans de la grande vitesse

©2006 20 minutes

— 

 
  — no credit

Pierre Mauroy, président (PS) de la communauté urbaine de Lille, ancien maire de Lille (1973-2001).

L'arrivée du TGV à Lille, en 1993, a-t-elle apporté tout ce que vous espériez ?

Bien sûr ! Cela a changé l'équation du Nord-Pas-de-Calais. De cul-de-sac nous voilà aujourd'hui au carrefour de l'Europe, au centre du triangle magique Paris-Londres-Bruxelles... Et si l'on parle aujourd'hui de la métamorphose de Lille, c'est d'abord grâce au TGV.

N'avez-vous pas eu peur de faire de Lille une banlieue en mettant la ville à une heure de la capitale ?

Oh si. Et c'est pour cela que l'on a construit Euralille. On n'allait pas réagir à l'arrivée du TGV simplement en augmentant la capacité des friteuses dans les restaurants ! Aujourd'hui, Euralille a créé tant de nouveaux emplois dans le secteur tertiaire, c'est formidable.

Le tourisme doit aussi beaucoup au TGV, non ?

Cela n'allait pas de soit à l'époque, je ne m'y attendais pas. Si l'on m'avait dit il y a quinze ans que Lille deviendrait une ville touristique... On me disait que les Anglais iraient faire leurs courses à Calais, sans aller plus loin.

Avec du recul, quelle a été l'étape la plus difficile pour attirer le TGV dans la région ?

Le plus dur a été de convaincre Margaret Thatcher [Premier ministre britannique à l'époque]. Pour que la ligne soit rentable, il fallait relier Paris à Londres et Bruxelles. Le tunnel sous la Manche était donc indispensable. Et ce n'était pas du tout la tasse de thé de Margaret Thatcher. Tout le monde me prédisait un refus quand je suis allé la voir en 1982, mais finalement elle n'a pas dit non. C'était déjà une victoire, car nous n'étions pas du tout du même bord.

Et pour l'arrêt à Lille ?

Il a fallu écarter l'itinéraire par Amiens, puis la SNCF a voulu faire une gare en plein champ, à l'ouest de Lille. Alors deux polytechniciens sont venus de Paris m'expliquer que le TGV perdait chaque fois trois minutes en passant par Lille et que, multiplié par un nombre infini de trains, ça coûtait 800 millions de francs ! Moi, je ne savais pas compter sur l'infini, mais avec mes modestes études, je savais que je n'avais pas 800 millions à donner. Finalement, sur les conseils de Jacques Chirac, alors Premier ministre, nous n'avons payé que la moitié, dont 270 millions ont été apportés par le conseil régional.

Une vraie bataille du rail...

Oui, mais cela m'a rendu le plus grand service pour ma popularité dans la métropole... Des politiques de gauche comme de droite me soutenaient, les chefs d'entreprises faisaient une campagne de publicité... Et puis à l'époque, Lille perdait des habitants. Aujourd'hui, elle attire du monde.

Recueilli par Olivier Aballain