Réactions sur la réformede l'après-Outreau

©2006 20 minutes

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Une réforme oui, mais pas n'importe comment. Encore sous le choc du scandale de l'affaire Outreau, les acteurs judiciaires de la région accueillent avec prudence la réforme présentée hier en Conseil des ministres. Une mesure phare semble en tout cas faire l'unanimité : l'enregistrement, à partir de 2008, des interrogatoires en garde à vue. D'autant que, selon Eric Dupont-Moretti, l'avocat de Roselyne Godart, « la boulangère » acquittée d'Outreau, « la pression n'est pas seulement psychologique. Parfois, on a affaire à des cas de torture physique. » Autre mesure clé : l'enregistrement des entretiens avec le juge d'instruction, si celui-ci donne son accord. « C'est bien mais c'est dommage que ce soit facultatif, regrette Karine Duchochois, une autre des acquittées d'Outreau. Le juge Fabrice Burgault avait prétendu que les enfants refusaient l'enregistrement, et il mentait. » Philippe Lemaire, procureur de la République de Lille, estime quant à lui « qu'il est peut-être temps que la justice se dote de moyens modernes. L'écriture date du Moyen Age. »

Seule note dissonante, celle de l'Union syndicale des magistrats (USM), qui estime que « c'est une mesure ridicule qui n'aurait pas empêché le fiasco judiciaire d'Outreau ». A contrario, l'instauration d'une nouvelle faute disciplinaire pour violation « délibérée » des droits de la défense est bien accueillie : « C'est déjà un début, estime Eric Dupont-Moretti. Toutes ces mesures vont dans le bon sens. » Karine Duchochois acquiesce : « Il ne faut pas s'arrêter là. » « Attention à ne pas aller trop vite, car pour la justice c'est un moment de vérité avec les Français. C'est trop important », prévient Philippe Lemaire.

Olivier Aballain