Bernard Dubreuil : «Il faut remédier à l'inégalité des chances»

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Bernard Dubreuil, physicien et nouveau recteur de l'académie de Lille.

Les chiffres publiés jeudi par Le Point sur la violence à l'école stigmatisent seize collèges et huit lycées de l'académie. Qu'en pensez-vous ?

Ces statistiques ne devaient servir qu'à suivre l'évolution du phénomène. Ce sont les établissements qui déclarent eux-mêmes les faits de violence. Pour certains, un bavardage en cours en est un. On se retrouve à stigmatiser des établissements qui sont, objectivement, loin d'être dangereux, y compris à Lille.

Quelles sont vos premières impressions sur l'académie ?

Sa taille est impressionnante. Lorsque j'ai réuni les personnels de direction, il a fallu un amphithéâtre !

Quelles sont vos priorités ?

Je suis frappé par le nombre de jeunes qui sortent sans aucune qualification du système scolaire. Cela concerne 9 % des élèves d'une classe d'âge [la moyenne nationale est de 8 %], soit 6 000 jeunes. Il faut changer cela car un diplôme, même un CAP, est un sésame pour l'emploi. Et il y a de grandes disparités : d'un bassin d'emploi à l'autre, il y a jusqu'à vingt points d'écart sur le taux de réussite au bac. Il faut remédier à ce que le conseil régional appelle « l'inégalité des chances ».

En aurez-vous les moyens ?

La relance de l'éducation prioritaire nous en apporte, avec la mise en place des réseaux « Ambition réussite ». Avec vingt-huit réseaux, Lille est la mieux dotée. Près de 340 assistants pédagogiques ont été embauchés et 113 postes d'enseignant ont été créés dans les collèges. Je revendique aussi un devoir d'expérimentation. Aux enseignants, j'ai envie de dire : « Osez, n'ayez pas peur des blocages. »

La précédente rectrice a dû partir au bout d'un an. Espérez-vous rester plus longtemps ?

Oui. En un an, on a juste le temps de connaître une académie. Le temps idéal, c'est quatre ans.

Recueilli par O. A.