le patois picardse fait rare

Gilles Durand & Joël Métreau

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Si le patois disparait, les livres en picard se vendent plutôt bien.
Si le patois disparait, les livres en picard se vendent plutôt bien. — M.Libert / 20 Minutes

Le patois du Nord est en danger. Le récent livre Ces mots qui meurent, du chercheur australien Nicholas Evans, le confirme. « Il peut s'éteindre en une génération si les enfants qui l'apprennent ne le parlent qu'avec leurs parents », souligne-t-il. Mais ce picard adapté, baptisé improprement Ch'ti, connaît tant de variations qu'il est difficile à cerner. « Il faudrait d'abord définir ce qu'est le parlé picard », souligne le linguiste lillois Alain Dawson. « On manque de moyens d'observation, c'est dommage », renchérit l'agence pour le picard, à Amiens, chargée de promouvoir cette langue en Picardie.

Chaîne de transmission rompue
Naguère, dans une enquête, un quart des adultes déclarait avoir parlé ou entendu le patois dans le Pas-de-Calais. Dans le Nord, ils n'étaient que 10 %. «  Les lieux où on le parlait traditionnellement, l'usine ou la mine, disparaissent », explique Alain Dawson qui se veut néanmoins rassurant, en constatant un regain d'intérêt, « ne serait-ce que dans la vente de livres en picard ». Professeur de picard à l'université de Lille-3, Jacques Landrecies est plus pessimiste. « La chaîne de transmission s'est rompue dans les années 60. Il fallait se débarrasser du patois pour faire des études », note-t-il. « Voilà deux siècles qu'on dit qu'il est en voie de disparition, rétorque Pierre Guilgot, enseignant patoisant, alors, il reste de l'espoir ».