Kucheida, père et maire

EXCLUSIF La fille de l'élu sera entendue pour recel d’abus de biens sociaux...

Olivier Aballain

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Jean-Pierre Kucheida, ancien député-maire de Liévin, en juin 2012.
Jean-Pierre Kucheida, ancien député-maire de Liévin, en juin 2012. — M.LIBERT/20 MINUTES

Jean-Pierre Kucheida aura probablement du mal à éviter un procès en correctionnelle. Le maire de Liévin est convoqué mercredi matin avec sa fille Marie au commissariat de police de Douai. Et cette double audition sous le régime de la garde-à-vue n’est pas une bonne nouvelle pour l’élu. Selon nos informations, l’enquête préliminaire ouverte le 6 mars a identifié deux irrégularités à la Soginorpa en plus de l’utilisation de la carte bleue de l’organisme à des fins personnelles. L’un des soupçons implique directement la fille de l’ancien député du Pas-de-Calais.

Jean-Pierre Kucheida a dirigé la Soginorpa (qui gère 62 000 anciens logements miniers) de 2004 à juin 2012. Il était donc en poste en 2006 lorsque l’organisme a financé une exposition photo et un livre «de prestige» conçus par Marie Kucheida. Baptisé «Les enfants dans la cité», le projet est signé MaryKa, nom d’artiste de la «fille de».

Tour de passe-passe?

Le budget global de cette «exposition de qualité», comme s’en vantait en 2008 la Soginorpa, atteint plusieurs dizaines de milliers d’euros. Mais l’attention des enquêteurs de la DIPJ de Lille a été attirée par un tour de passe-passe plus modeste: pour éviter de rémunérer directement Maryka, la Soginorpa a versé 12.000 euros à l’association culturelle Apepac. Cette dernière était ensuite priée de régler une facture émise par Marie Kucheida, pour un montant de... 12.000 euros.

«Ainsi le nom de Marie Kucheida n’apparaît pas directement sur les comptes de la Soginorpa», explique une source proche de l’enquête, évoquant des documents «très clairs» saisis au cours des perquisitions. Une autre somme dévolue à MaryKa a d’ailleurs transité par la société Imagence, partenaire habituel de la Soginorpa, et dont l’artiste est une collaboratrice régulière. En plus de l’abus de biens sociaux dont est soupçonné Jean-Pierre Kucheida, la justice pourrait donc poursuivre sa fille pour recel d’abus de biens sociaux. Contacté, Frank Berton, l’avocat de l’élu, s’est refusé à tout commentaire.

Cartes

Jean-Pierre Kucheida a déjà dû s’expliquer sur les 47.000 euros de frais personnels réglés avec une carte de la Soginorpa entre 2004 et 2011. Une somme qu’il a remboursée au tiers, selon une source judiciaire. Il devrait aussi rendre des comptes sur 4.000 euros réglés avec une carte essence pour des déplacements paraissant n’avoir «aucun lien avec l’organisme».