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procèsVingt ans après la pose de deux bombes, « mon gros loup » au tribunal

Groupe AZF : Vingt ans après deux bombes et des menaces contre le réseau ferré, « mon gros loup » face à la justice

procèsMichel D., 77 ans, et Perrine R., 61 ans, doivent répondre devant le tribunal correctionnel de Paris d’association de malfaiteurs et fabrication et détention sans autorisation
Le groupe AZF avait assuré avoir enfoui « une série de bombes » sous le ballast de voies ferrées et promettait de les faire exploser à défaut du versement par l'Etat d'une rançon de 4 à 8 millions d'euros (illustrations).
Le groupe AZF avait assuré avoir enfoui « une série de bombes » sous le ballast de voies ferrées et promettait de les faire exploser à défaut du versement par l'Etat d'une rançon de 4 à 8 millions d'euros (illustrations). - O. Aballain  /  20 Minutes
Thibaut Chevillard

Thibaut Chevillard

L'essentiel

  • Il y a vingt ans, le groupe « AZF » avait défrayé la chronique en affirmant avoir posé des bombes sur les voies ferrées et menacé de les faire exploser si l’Etat ne lui versait pas une rançon. Ses deux membres sont jugés à partir de mardi à Paris.
  • Michel D., 76 ans, chef d’entreprise à la retraite, et une de ses anciennes employées, Perrine R., 61 ans, formatrice en bâtiment, doivent répondre devant le tribunal correctionnel d’association de malfaiteurs et fabrication et détention sans autorisation d’engins explosifs.
  • L’affaire avait été également marquée par la rocambolesque correspondance, via la rubrique « Messages personnels » du quotidien Libération, entre « Mon gros loup » (AZF) et « Suzy » (police) afin d’organiser comme un jeu de piste le largage de la rançon par hélicoptère.

Pendant plus de treize ans, l’identité des membres du groupe AZF est restée mystérieuse. Mais le 13 septembre 2017, un témoignage inespéré parvient enfin aux enquêteurs. Un homme se présente à la gendarmerie de Fameck, en Moselle, pour dénoncer son ex-compagne, Perrine R. Ce commercial l’a rencontrée lorsqu’il travaillait, tout comme elle, pour Clairefontaine, une société spécialisée dans le traitement de l’eau, installée dans l’Yonne. Perrine R. lui aurait confié, en 2004, faire partie de cet étrange groupuscule qui proférait des menaces contre le réseau ferré français. Leur chef serait Michel D., l’ancien dirigeant de l’entreprise Clairefontaine.

Les investigations ont démontré que Michel D. et Perrine R. étaient les uniques membres de ce groupe qui a tenté, au début des années 2000, de rançonner l’Etat. Six années se sont écoulées depuis l’interpellation du duo, en juin 2018. Cet ex-chef d’entreprise à la retraite de 76 ans, et son ex-salariée, âgée de 61 ans, comparaissent à partir de mardi, devant le tribunal correctionnel de Paris, pour association de malfaiteurs et fabrication et détention sans autorisation d’engins explosifs.

La qualification terroriste, un temps envisagée, a été finalement abandonnée au cours de l’instruction. Pourtant, le groupe AZF s’était présenté, dans une lettre adressée à l’Elysée en décembre 2003, comme « un groupe de pression à caractère terroriste secrètement créé au sein d’une confrérie laïque à spécificité éthique et politique ».

« Mon gros loup, ne prenons pas de risques inutiles »

Au total, neuf lettres ont été envoyées à la présidence de la République et au ministère de l’Intérieur. A l’époque, le groupe menace de faire exploser des trains et réclame le versement d’une somme de 4 millions d’euros. Pour négocier avec la police, les membres d’AZF souhaitent qu’un numéro de téléphone leur soit communiqué par le biais d’une petite annonce publiée dans Libération. Le 19 février 2004, le quotidien diffuse ce message codé : « Mon gros loup, ne prenons pas de risques inutiles, le plus tôt sera le mieux. Donne-moi tes instructions. Suzy. 07 25 36 56 11. »

Deux jours plus tard, une nouvelle missive parvient aux autorités. Cette fois, les malfaiteurs donnent des instructions précises. L’argent, réparti « dans deux sacs de type postaux », devra être largué depuis un hélicoptère qui décollera du haut de la tour Montparnasse, à Paris. Afin de prouver qu’ils sont sérieux, ils dévoilent l’emplacement d’une bombe qui a été dissimulée sous des rails. L’engin, qui se trouvait dans une boîte en plastique carrée, fermée par du ruban adhésif, a été retrouvé sous le ballast de la ligne Paris-Toulouse, à Bersac-sur-Rivalier, dans la Haute-Vienne.

Une rançon larguée depuis un hélicoptère

Le 1er mars 2004, la police est contactée par une femme qui appelle depuis une cabine téléphonique à Solterre, dans le Loiret. Elle annonce que l’argent devra être largué près de Montargis, sur une bâche bleue, accrochée dans un champ à proximité de l’autoroute. Mais l’opération échoue. Le 3 mars, la police envoie au groupe AZF un nouveau message, via Libération. « Mon gros loup, pas vu ton foulard bleu. Fait moi signe. Suzy. »

Les semaines suivantes, le groupe va envoyer d’autres lettres aux autorités, et en profite pour réclamer plus d’argent. Nouvel appel aux policiers. La femme au téléphone leur met la pression : « Vous aurez incessamment la preuve qu’on ne plaisante pas. » Le 24 mars 2004, une deuxième bombe est retrouvée fortuitement par un agent SNCF sous les rails de la ligne reliant Paris à Bâle (Suisse). Étrangement, le lendemain, le groupe AZF annonce aux autorités la suspension de son action le temps de remédier à ses « faiblesses » technologiques.

L’enquête pour retrouver les poseurs de bombes se poursuivra pendant des années. Plusieurs pistes ont été explorées. Les enquêteurs ont tenté d’établir l’origine des achats des différents composants des engins explosifs, ont mené des recherches auprès des bureaux de poste où les lettres avaient été postées, ont effectué des prélèvements ADN sur les scellés et dans les cabines téléphoniques utilisées. Mais toutes les recherches sont restées infructueuses. Jusqu’aux confessions inattendues de l’ancien compagnon de Perrine R., en 2017.

« La stratégie était d’avoir l’air plus gros que la réalité »

Durant l’instruction, Michel D. a expliqué que ses motivations étaient purement financières, sa société ayant été mise en liquidation judiciaire le 8 octobre 2003. « C’était une fausse entreprise terroriste qui était destinée à l’intimidation pour obtenir des fonds, dans le but de créer des choses qu’à mon sens, je ne pouvais pas financer autrement. » « Un peu inventeur », il n’avait prévu de fabriquer qu’une seule bombe, « destinée à rendre la menace crédible ». Mais « en réaction à la façon dont les choses s’étaient déroulées », il en avait préparé une deuxième « en urgence » qui devait « sauter juste après le passage d’un train ». Perrine R. devait juste l’aider « à poster des lettres » qu’il rédigeait et à « téléphoner » aux policiers. « La stratégie était d’avoir l’air plus gros que la réalité », a-t-il insisté.

« Aujourd’hui, mon client est impatient de comparaître vingt ans après les faits afin de s’expliquer devant le tribunal une dernière fois et tourner cette page qui est bien vieille maintenant », explique à 20 Minutes l’avocate de Michel D., Me Lucile Collot. Le prévenu « n’est pas un délinquant d’habitude, il a vécu sa première garde à vue à l’occasion de ce dossier », souligne la pénaliste, ajoutant qu’il est, « depuis son arrestation, dans une logique de coopération avec la justice ». L’avocate rappelle que la qualification terroriste a été abandonnée « car, si les prévenus se sont fait passer pour un groupe terroriste, ils n’en étaient pas un ». « Non seulement ils n’ont jamais voulu donner de publicité à leurs menaces, mais surtout ils n’ont jamais partagé une quelconque idéologie terroriste. »

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