20 Minutes : Actualités et infos en direct
AUDIENCE« C’est Michel Fourniret qui m’a abordée ce jour-là… »

Procès de Monique Olivier : « C’est Michel Fourniret qui m’a abordée… » Avant Estelle Mouzin, l’enlèvement raté de Megan

AUDIENCEEn décembre 2002, trois semaines avant l’enlèvement d’Estelle Mouzin, une fillette de 11 ans a relaté avoir été abordée par un homme à Guermantes, à quelques dizaines de mètres de là où a disparu la fillette
Monique Olivier est jugée pour trois crimes, parmi lesquels la complicité dans l'enlèvement et la séquestration d'Estelle Mouzin, en 2003.
Monique Olivier est jugée pour trois crimes, parmi lesquels la complicité dans l'enlèvement et la séquestration d'Estelle Mouzin, en 2003. - Miguel Medina / AFP / AFP
Caroline Politi

Caroline Politi

L'essentiel

  • Monique Olivier est jugée pour complicité dans l’enlèvement et la séquestration d’Estelle Mouzin en 2003, ainsi que dans l’enlèvement et le meurtre de Marie-Angèle Domèce en 1988 et de Joanna Parrish en 1990.
  • Ce jeudi matin, la cour d’assises de Nanterre a entendu une jeune femme qui affirme avoir échappé à un enlèvement à Guermantes fin 2002, trois semaines avant celui d’Estelle Mouzin.
  • Dès juin 2003, cette jeune femme – elle avait alors 11 ans – avait fait un signalement précis de l’homme qui l’a abordée. Un élément qui n’a été que très peu exploité.

A la cour d’assises de Nanterre,

19 décembre 2002. Il est presque 17 heures lorsque Megan, 11 ans, remonte la rue principale de Guermantes, en Seine-et-Marne. Le bus qui la ramène du collège l’a déposé à environ un kilomètre de là. « Sur le chemin pour rentrer chez moi, une petite camionnette blanche arrive sur ma droite et un monsieur, seul, me dit que ça a l’air bien lourd ce que je porte et il propose de me ramener », retrace, vingt ans plus tard, la jeune femme devant la cour d’assises de Nanterre. Elle a aujourd’hui 32 ans, de longs cheveux châtains entourent son visage fin. Mais elle n’a rien oublié de ce jeudi-là. Elle avait « son gros cartable carré » et, à l’épaule, son sac de sport. Elle refuse de monter, mais l’automobiliste insiste. « Il me dit que ça a vraiment l’air lourd, que ça ne le dérange pas. » Elle sent la panique la gagner, elle se « fige », craint que l’homme ne la suive jusque chez elle. Au bout de deux minutes – « mais ça m’a paru plus long » – il finit par partir. Il semble « déçu », note-t-elle.

Ce récit prend tout son relief lorsqu’on le met au regard de la disparition d’Estelle Mouzin, trois semaines plus tard, dans la même rue, à quelques dizaines de mètres. Les deux fillettes étaient voisines et amies. Et même si Megan avait deux ans de plus qu’Estelle, elles se ressemblaient. Même corpulence, même cheveux châtains souvent retenus par une couette. Michel Fourniret – décédé en mai 2021 – n’a jamais évoqué cette affaire, mais Monique Olivier a indiqué lors d’auditions en 2019 et 2020 que son ex-mari lui a raconté qu’une jeune fille a refusé de monter. Selon son récit, le tueur en série lui aurait dit avoir repéré la ville et deux petites filles mais qu’il avait subi « un échec ». Il comptait y retourner, a précisé Monique Olivier.

« Ça n’avait pas d’intérêt particulier »

Ce témoignage capital a pourtant longtemps été sous-estimé. Megan a raconté cette histoire à sa mère le soir-même, à son père quelques semaines plus tard. En mars 2003 – soit deux mois après la disparition d’Estelle Mouzin – ce dernier raconte les confidences de sa fille à un policier. Ce n’est pas le service de police saisi de l’enquête, et le fonctionnaire ne fait pas le lien. « La personne qui m’a reçue a dit que c’était trop flou et que ça n’avait pas d’intérêt particulier », retrace, droit comme un « i » à la barre, cet homme. A la mi-juin 2003, alors que la PJ de Versailles réinterroge tous les habitants du village, il évoque à nouveau cette histoire. Cette fois, la jeune adolescente est entendue.

Megan livre un portrait précis de l’homme au volant de la camionnette. Entre 40 et 50 ans, pas rasé, des cheveux raides jusqu’aux oreilles, des lunettes rondes, d’épais sourcils. On lui demande de le dessiner. L’image projetée à l’audience est saisissante. Il s’agit certes d’un dessin d’enfant, les traits sont malhabiles, mais lorsqu’on le compare aux photos de Fourniret de l’époque, la ressemblance est frappante. « Il commençait à avoir des cheveux blancs et il avait des yeux bleu acier [elle les décrit marron] », fait toutefois remarquer Me Richard Delgènes, l’avocat de Monique Olivier. On l’aurait presque oubliée tant elle est impassible dans le box. Jugée notamment pour l’enlèvement et la séquestration d’Estelle Mouzin, elle ne réagit pas, semble presque absente des débats.

« C’est frappant la ressemblance avec l’homme que j’ai vu »

Megan livre également une description précise de la camionnette. Blanche, trois sièges à l’avant, les fenêtres des portières arrière sont recouvertes d’un filtre qui ne permet pas de voir ce qu’il se passe à l’intérieur. Elle désigne trois modèles ressemblant. Parmi eux, un Citroën Jumpy. Un modèle que Michel Fourniret possède. Lorsque la collégienne est entendue, le tueur en série court toujours. Il sera interpellé en Belgique quelques jours plus tard alors qu’il venait d’enlever une adolescente de 13 ans qui est parvenue à s’échapper du véhicule. Un Citroën Jumpy.

Rapidement, les enquêteurs belges confient à leurs homologues français leurs suspicions sur l’affaire Mouzin. D’après eux, l’alibi de Michel Fourniret – il dit avoir passé un coup de téléphone à son fils pour son anniversaire – ne tient pas. Mais cette piste est rapidement évacuée. Megan, elle, ne sera plus entendue avant… 2018. Et c’est en 2019 qu’on lui présentera des photos du tueur en série pour la première fois. La ressemblance lui saute aux yeux. « C’est Michel Fourniret qui m’a abordée ce jour-là », assure-t-elle. Maladroit, d'un ton presque accusateur, le président l’assaille de questions. Pourquoi n’a-t-elle pas noté la plaque d’immatriculation ? Pourquoi ne s’est-elle pas investie dans l’association d’Eric Mouzin ? Pourquoi n’a-t-elle pas contacté les enquêteurs lorsqu’elle a vu le visage de Fourniret dans des reportages ?

La jeune femme se triture les mains, s’essuie discrètement les yeux. Sa voix tremble. On la sent bouleversée. Estelle et elle étaient amies. Encore cinq jours avant la disparition de la fillette, elles avaient passé l’après-midi à faire un bonhomme de neige. « J’ai longtemps culpabilisé de ne pas être montée dans la voiture », confie-t-elle, des sanglots étranglés dans la gorge. Et d’insister : « Ça aurait pu être moi et pas ma copine. Je me disais que ça aurait été moins grave parce que mes parents avaient toujours mon frère et ma sœur. Alors que la mère d’Estelle, il n’y avait qu’elle à la maison. » Furieux contre l’interrogatoire du président qui donne « l’impression qu’elle est coupable », Me Didier Seban, l’avocat d’Eric Mouzin, la rassure : « Vous vous étiez une petite fille, vous n’auriez pas pu la protéger. »

Sujets liés