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COMPTE-RENDUAu procès de Monique Olivier, la douleur du père de Joanna Parrish

Procès de Monique Olivier : « Personne ne devrait survivre à ses enfants »… La douleur du père de Joanna Parrish

COMPTE-RENDULe corps de la jeune Britannique de 20 ans a été découvert immergé dans l’Yonne, en mai 1990. Dès années plus tard, le couple Fourniret a reconnu l’avoir enlevée et tuée
Seule dans le box, Monique Olivier reste impassible, comme les jours précédents.
Seule dans le box, Monique Olivier reste impassible, comme les jours précédents.  - Miguel Medina / AFP
Thibaut Chevillard

Thibaut Chevillard

L'essentiel

  • Monique Olivier est jugée depuis mardi dernier pour complicité dans l’enlèvement et la séquestration d’Estelle Mouzin en 2003, ainsi que dans l’enlèvement et le meurtre de Marie-Angèle Domèce en 1988 et de Joanna Parrish en 1990.
  • Les proches de Joanna Parrish ont évoqué, ce mardi à la barre, le drame qui a frappé cette famille « unie ». « La douleur n’a jamais disparu, de même qu’elle n’a jamais faibli », a expliqué le père de la jeune fille, âgée de 20 ans au moment de sa mort.
  • Une nouvelle fois, le président de la cour, Didier Safar, a refusé que les avocats des parties civiles interrogent l’accusée, en dehors des trois demi-journées prévues.

A la cour d’assises de Nanterre,

Les photos qui défilent sur le mur de la cour d’assises des Hauts-de-Seine respirent la nostalgie. Ces clichés, qui fleurent bon les années 1970 et 1980, retracent une partie de la vie de Joanna Parrish et de sa famille. Ils ont été pris à l’occasion d’un mariage ou de vacances passées dans l’ouest de l’Angleterre. « Quand elle était enfant, Joanna était une petite fille gaie, toujours de bonne humeur, qui se faisait des amis facilement », raconte son père, Roger, qui peine ce lundi à cacher son émotion.

Sur le pupitre devant lui, cet homme aux cheveux et à la barbe grisonnants, veste marron clair et col roulé gris, a posé une bouteille d’eau et un paquet de mouchoirs. La vie de sa fille s’est arrêtée en mai 1990, un mois avant son 21e anniversaire. « On avait commencé à préparer une fête avec elle », soupire cet octogénaire qui s’exprime en anglais, et dont les paroles sont traduites par une interprète.

Joanna « méritait une vie longue, heureuse et accomplie », poursuit-il. « Mais un psychopathe narcissique et sa partenaire ont mis cruellement fin à sa vie. » Le corps de la jeune Britannique a été retrouvé immergé dans l’Yonne, sur la commune de Monéteau, près d’Auxerre. L’autopsie a révélé qu’avant de décéder, elle a été droguée, étranglée, ligotée, violée et battue. Durant les années qui ont suivi, ses parents n’ont eu « presque aucune nouvelle » de l’enquête menée de ce côté de la Manche. « On ne pouvait pas rester comme ça, en Angleterre », souffle Roger Parrish. Le couple s’est rendu presque chaque année à Auxerre où Joanna exerçait, depuis septembre 1989, comme assistante d’anglais au lycée Jacques Amyot, dans le cadre de ses études. Elle aimait la France, « sa culture », et était « heureuse ».

« C’est de cette manière que Joahnna a été mise en confiance »

« On a fait imprimer la photo de Joanna et on l’a distribuée », raconte Roger Parrish. Lui et son ex-femme ont remarqué que leur présence dans l’Yonne attirait les médias. « Ce n’était pas notre intention première de faire ça, mais on a pensé que c’était une bonne chose de sensibiliser le public à cette affaire. » A l’époque, le père ne comprenait pas grand-chose à la procédure pénale française. Graham Tearse, un journaliste britannique qui habite en France, l’a aidé à comprendre « le fonctionnement de la justice » et à trouver un avocat. Il lui a aussi parlé, au début des années 2000, d’un meurtrier « arrêté dans l’est de la France et qui avait vécu près d’Auxerre à l’époque où Johanna s’y trouvait ». Michel Fourniret s’était en effet installé dans l’Yonne en 1987 avec son ex-femme, Monique Olivier. A l’époque, l’ogre des Ardennes était en liberté conditionnelle après une condamnation pour agressions sexuelles et viols.

Le tueur en série a été interpellé plus tard, en 2003, en Belgique, après l’enlèvement raté d’une adolescente. Quand Graham Tearse lui explique qu’il a été aidé par sa femme, les choses deviennent « claires ». « C’est de cette manière que Joahnna a été mise en confiance. » La jeune femme avait passé une petite annonce dans un journal local afin de proposer des cours d’anglais et ainsi de gagner un peu d’argent. Il semble que Michel Fourniret l’a contactée, en prétendant vouloir que son fils apprenne la langue de Shakespeare. Il lui avait donné rendez-vous le 16 mai, vers 19 heures, devant une banque, dans le centre-ville d’Auxerre. Il devait ensuite la conduire en voiture sur le lieu de la leçon. Joanna Parrish n’a plus été revue en vie ensuite. « Il est peu probable qu’elle ait accepté de monter en voiture avec un homme seul », assure Roger Parrish.

« Même trente-trois ans après, elle est toujours dans mes pensées »

Trente-trois ans se sont écoulés. « Mais la douleur n’a jamais disparu, elle n’a jamais faibli », souffle le père de Joanna, qui regrette que Michel Fourniret, décédé en 2021, « ne soit pas ici devant cette cour ». « Il n’y a pas de tragédie plus grande que de perdre un enfant, se désole-t-il. C’est contraire à l’ordre naturel des choses. Personne ne devrait survivre à ses enfants. »

Lorsqu’il cède sa place à la barre, Roger Parrish laisse le paquet de mouchoirs. Patrick Proctor s’avance à son tour pour témoigner devant la cour d’assises, qui juge Monique Olivier depuis cinq jours. Costume bleu, crâne chauve, cet homme de 55 ans s’exprime dans un bon français, avec un accent britannique. Il a rencontré « Jo » en 1987, alors qu’ils fréquentaient la même université, à Leeds. « On est devenu un couple, on était tout le temps ensemble », se remémore-t-il. A l’époque, les tourtereaux envisageaient de se marier. Elle était « le grand amour de sa vie ». « Même trente-trois ans après, elle est toujours dans mes pensées. » Il conserve le souvenir d’une fille « intelligente, drôle, très gentille ».

L’amateurisme du président

Alors qu’il passait une partie de sa troisième année d’étude en Tchécoslovaquie, il s’était rendu à Auxerre à deux reprises pour la voir. « Elle devait venir une semaine au mois de juin 1990 et avait effectué ses démarches pour obtenir un visa », ajoute-t-il. C’est pour gagner un peu d’argent et pouvoir le rejoindre que Joanna avait passé des petites annonces, proposant ses services comme professeur d’anglais.

Vient ensuite le tour de la sœur de Roger Parrish, Pauline, de s’avancer à la barre. Cheveux roses, cette enseignante à la retraite de 77 ans décrit sa nièce Joanna comme une bonne élève, un « modèle » pour ses cousins. « Son meurtre brutal nous hante comme un cauchemar dont on ne peut se réveiller », dit-elle.

Dans le box des accusés, Monique Olivier reste encore une fois impassible. Cette silhouette voûtée et tremblotante, vêtue d’un sweat gris clair, regarde les témoins se succéder, sans réagir. A quoi pense-t-elle ? Difficile de le savoir. Le président de la cour, Didier Safar, qui s’illustre depuis le début du procès par sa rigidité intellectuelle, refuse que les avocats des parties civiles l’interrogent en dehors des trois demi-journées prévues. Du jamais vu aux assises.

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