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PROCÈSMarie-Angèle Domèce, la victime invisible de l’ogre Fourniret

Procès de Monique Olivier : « Personne ne se souciait de nous »… Marie-Angèle Domèce, la victime invisible

PROCÈSMarie-Angèle Domèce a disparu en juillet 1988, à l’âge de 19 ans. Si son corps n’a jamais été retrouvé, le couple Fourniret a reconnu avoir enlevé et tué la jeune fille
Monique Olivier est notamment jugée pour sa complicité dans l'enlèvement et le meurtre de Marie-Angèle Domèce, tuée en 1988 à l'âge de 19 ans. Ses proches étaient entendus ce vendredi par la cour d'assises.
Monique Olivier est notamment jugée pour sa complicité dans l'enlèvement et le meurtre de Marie-Angèle Domèce, tuée en 1988 à l'âge de 19 ans. Ses proches étaient entendus ce vendredi par la cour d'assises.  - Benoit Peyrucq / AFP
Caroline Politi

Caroline Politi

L'essentiel

  • Monique Olivier est jugée depuis mardi pour complicité dans l’enlèvement et la séquestration d’Estelle Mouzin en 2003, ainsi que dans l’enlèvement et le meurtre de Marie-Angèle Domèce en 1988 et de Joanna Parrish en 1990.
  • Les proches de Marie-Angèle Domèce ont témoigné ce vendredi à la barre de la perte de la jeune fille de 19 ans. « On se disait que comme on n’a pas de famille, on pouvait disparaître sans que personne ne s’en inquiète », se remémore une ancienne pensionnaire du foyer d’accueil où vivait la victime.
  • Le premier jour de son procès, Monique Olivier a exprimé ses « regrets » et affirmé « s’en vouloir pour tout ça ». Difficile ce vendredi de capter la moindre émotion.

A la cour d’assises de Nanterre,

Ses proches ont eu beau fouiller dans leurs archives, ils ne sont parvenus à réunir qu’une dizaine de photos. Quelques clichés d’identité ou de groupe sur lesquels la jeune fille apparaît bien souvent au second plan. Marie-Angèle Domèce est considérée comme la troisième victime – tout du moins identifiée – de Michel Fourniret et Monique Olivier. C’est pourtant celle qu’on connaît le moins, celle dont on a le moins entendu parler. Presque une victime invisible. La jeune fille a disparu en juillet 1988, à l’âge de 19 ans, alors qu’elle se rendait à la gare d’Auxerre pour passer le week-end dans sa famille d’accueil. Le temps a fait son œuvre, certes. Mais pas seulement.

Écouter ses proches devant la cour d’assises de Nanterre qui juge depuis mardi Monique Olivier, c’est se replonger dans une courte vie cabossée. Véronique, sa sœur aînée, est la première à s’approcher de la barre. Cheveux bruns au carré, petites lunettes, elle peine à cacher son émotion. Tous les témoins le disent, les deux femmes étaient proches. Elles ne se sont connues, pourtant, que deux – peut-être trois ans – avant sa disparition. Véronique raconte à la cour n’avoir appris l’existence de cette petite sœur qu’à l’âge de 10 ou 12 ans. « J’ai reçu une lettre de ma génitrice avec une photo de ma sœur à l’intérieur », retrace-t-elle, des sanglots étranglés dans la voix.

« C’est pas la peine de venir »

Leur mère a fui le domicile familial quelques années auparavant, laissant ses quatre enfants derrière elle. Ces derniers sont immédiatement placés mais leur père leur rend régulièrement visite. A la réception de la lettre, Véronique l’interroge : savait-il pour ce cinquième enfant ? Savait-il que leur mère était enceinte lorsqu’elle est partie ? Il assure qu’il l’ignorait à son départ mais l’avoir appris, au cours de l’année 1970, quand Marie-Angèle avait quelques mois. Il n’a jamais cherché à la rencontrer. Devenue adulte, Véronique Domèce décide de retrouver cette petite sœur. Les dates, les chiffres lui échappent aujourd’hui. C’était peut-être en 86 ou 87. Sa sœur était adolescente, peut-être 16 ou 17 ans. Ce dont elle se souvient parfaitement, en revanche, c’était de la mise en garde du directeur du foyer : « Si c’est pour abandonner Marie-Angèle Domèce une deuxième fois, c’est pas la peine de venir. » A son tour, son père – décédé le week-end précédant l’ouverture du procès – tente de renouer avec cette enfant inconnue. Mais père et fille ne s’entendent pas du tout. Il est d'ailleurs sur le point de rompre toute relation lorsqu'elle disparaît.

Ce 8 juillet, c'est sa famille d'accueil, chez qui elle se rend tous les week-ends, qui donne l'alerte. Ne la voyant pas arriver ce vendredi soir, ils contactent le foyer de la jeune fille qui leur répond de « ne pas s’affoler ». « Elle a sûrement fait une petite fugue », assure le directeur. La famille n’y croit pas. « Ce n’était pas dans ses habitudes, elle était trop contente de rentrer », assurera l’une des filles de sa nourrice aux enquêteurs. Sa sœur de lait, qui a partagé sa chambre pendant quatorze ans, n’envisage pas une seconde une disparition volontaire. Pas plus que ses copines du foyer. D’autant, que si Marie-Angèle Domèce est parfaitement autonome, elle a un léger retard intellectuel. Tous ses proches la décrivent comme « timide », « réservée », « vulnérable ».

« Nous les enfants de la Ddass, on était très mal vu »

La gendarmerie, pourtant, ne prend pas l’affaire au sérieux, fait remarquer à ses proches qu’elle est majeure. Ni son foyer d’accueil ni sa famille biologique ne sont entendus. Pas plus que ses amies. Des années plus tard, quand elles seront auditionnées, nombre d’entre elles pourtant raconteront avoir vu un rôdeur devant le foyer. Certaines reconnaîtront sur des planches photographiques Michel Fourniret. Une amie de Marie-Angèle Domèce précisera que cette dernière avait le sentiment d’être suivie.

Ses proches en sont persuadés, le fait d’être une enfant placée a joué contre elle. « Nous les enfants de la Ddass, on était très mal vu. On était des putes, des voleuses ou des droguées, personne ne se souciait de nous », confie l’une d’elles à la barre. Moins de huit mois après sa disparition, l’information judiciaire est classée sans suite, faute d’éléments. Pour Véronique, sa sœur, c’est un coup de massue. Mais à l’époque, elle n’a pas d’avocat, ne sait pas vers qui se tourner. « Pour moi, tout tombe à l’eau alors j’ai laissé tomber », explique-t-elle, dépitée. Dans le foyer aussi, cette décision est très mal vécue. « On se disait que comme on n’a pas de famille, on pouvait disparaître sans que personne ne s’en inquiète », se remémore une autre pensionnaire.

Monique Olivier impassible

Assise dans le box, Monique Olivier, silhouette voûtée, cheveux gris coupés court, écoute, impassible. Aucune émotion ne transparaît. Ni en écoutant les témoignages, ni en regardant les quelques photos de la victime. Elle ne cille pas quand tous la supplient de dire où est le corps. Si le premier jour de son procès, elle a exprimé ses « regrets », a affirmé « s’en vouloir pour tout ça », difficile ce vendredi de capter la moindre émotion. D’autant que le président, Didier Safar, refuse de l’interroger, préférant une longue audition à des réactions sur le vif. Reconnaît-elle la victime sur les clichés ? Qu’a-t-elle à répondre à cette ancienne amie de la victime qui assure l’avoir vue avec Michel Fourniret devant le foyer ? Quid également de cette liste dressée par le tueur laissant sous-entendre qu’il y aurait 35 victimes. Dépité, Eric Mouzin, le père d’Estelle, l’une des trois victimes, quitte la salle.

Monique Olivier sera entendue mardi matin sur le fond de l'affaire. Si elle a reconnu « tous les faits » au deuxième jour du procès se montrera-t-elle bavarde ? Devant la juge d’instruction, en 2018, Monique Olivier avait reconnu être présente dans la voiture avec Michel Fourniret lorsque Marie-Angèle Domèce a été enlevée, violée puis tuée. Elle était alors enceinte de sept mois et savait bien que sa présence avait pour unique but de rassurer la victime et la pousser à se jeter dans la gueule de l’ogre.

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