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SEPT ANS APRESBernard Cazeneuve visé par une plainte sur l’attentat du 14-Juillet à Nice

Attentat du 14-Juillet à Nice : Bernard Cazeneuve visé par une plainte devant la Cour de justice de la République

SEPT ANS APRESL’avocat Juan Branco a saisi la Cour de justice de la République, la seule juridiction à pouvoir juger un membre du gouvernement, contre l’ancien ministre de l’Intérieur
Bernard Cazeneuve à Nice, dans la nuit du 14 juillet 2016.
Bernard Cazeneuve à Nice, dans la nuit du 14 juillet 2016. - B. Bebert / Sipa / Sipa
Fabien Binacchi

Fabien Binacchi

L'essentiel

  • L’avocat et activiste politique franco-espagnol Juan Branco a saisi la Cour de justice de la République (CRJ) d’une plainte contre l’ancien ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, concernant la sécurisation de la promenade des Anglais le soir de l’attentat du 14 juillet 2016.
  • II agit au nom d’un policier en première ligne, et pour qui les conséquences de l’attaque sont toujours « inimaginables » sept ans après.
  • « Il est nécessaire d’aller chercher à savoir s’il n’y a pas eu une omerta d’Etat qui a été construite dans ce dossier-là », avance l’avocat, partisan de certaines idées révolutionnaires.

II agit au nom d’un policier en première ligne le soir du 14 juillet 2016 à Nice, et pour qui les conséquences de l’attentat sont toujours « inimaginables » sept ans après. Me Juan Branco vient de saisir la Cour de justice de la République (CRJ) contre Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur à l’époque des faits. Une plainte a été déposée pour homicides involontaires et mise en danger de la vie d’autrui, a appris 20 Minutes auprès de l’avocat et activiste politique franco-espagnol, confirmant une information de Nice-Matin.

Le conseil et son client, qui « alterne depuis entre arrêts de travail et congés sans solde », espèrent le lancement d’une procédure parallèle à celle ouverte par le parquet de Nice sur le dispositif de sécurisation de la promenade des Anglais. Un encadrement que le policier de 45 ans avait lui-même jugé, dès son arrivée sur les lieux, « trop léger ». Le préfet de l’époque et son directeur de cabinet, mais aussi Christian Estrosi et Philippe Pradal, adjoint à la sécurité et maire de Nice en juillet 2016, ont été placés sous le statut de témoins assistés dans le cadre de cette information judiciaire dont les conclusions sont très attendues par les parties civiles. Mais l’ex-premier flic de France, lui, n’a pas été entendu. Un membre du gouvernement ne pouvant être poursuivi que par la cour aujourd’hui saisie par l’avocat, controversé pour certaines de ses prises de position.

Dans le contexte d’un appel de l’Etat islamique

Il y a un an, lors du procès organisé pour juger les complices de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, l’assaillant, Me Juan Branco avait lancé une plaidoirie acide pour qu’une autre audience se tienne contre « ceux qui avaient la lourde charge de protéger les citoyens ». Il dénonçait alors sans ménagement une certaine « impunité », « construite par un jeu de faveurs ». Aujourd’hui, il explique que le ministre de l’Intérieur avait de fait « une responsabilité à la fois de supervision hiérarchique des opérations de sécurisation mais aussi une responsabilité politique majeure ».

« Dès septembre 2014, quand on participe aux campagnes de bombardement en Syrie, le porte-parole de l’État islamique appelle à attaquer des Français et mentionne l’utilisation de voitures bélier. Et ça, Bernard Cazeneuve en est parfaitement conscient puisqu’il répond quelques jours plus tard que la France n’a pas peur, rappelle-t-il encore, interrogé par 20 Minutes. Pourtant, il ne va pas ordonner la prise de mesures qui vont permettre aux Français d’être sécurisés par rapport à ces menaces. Il ne va pas s’assurer auprès des préfectures que des événements comme celui qui a lieu le 14 juillet sur la promenade des Anglais soient suffisamment encadrés. »

« L’élément intentionnel est donc ici caractérisé »

La fermeture des routes « n’a pas été ordonnée » ce soir-là, pas plus que la mise en place de « plots en béton », « permettant de réduire la vitesse du camion », rappelle sa plainte. Et ce, alors même que cette « organisation d’un dispositif fermé » avait été discutée par les représentants de l’Etat et de la ville avant l’événement. Et que celle-ci avait finalement été écartée quelques jours plus tôt et « en toute connaissance de cause ». « L’élément intentionnel est donc ici caractérisé, appuie le texte. Cette négligence de la part du ministre de l’Intérieur, par l’absence de mesures prises, a permis à Mohamed Lahouaiej-Bouhlel de se rendre sur la promenade des Anglais à Nice avec un camion sans aucune difficulté, et de percuter des centaines de personnes. »

L’attentat, relevant d’un « terrorisme d’inspiration » selon les enquêteurs, qui n’ont pu établir « aucun lien direct entre l’Etat islamique et l’auteur de l’attaque », a fait 458 blessés et 86 morts. Sans compter celle du Tunisien de 31 ans abattu par la police au terme de sa course meurtrière. Le procès organisé devant la cour d’assises spéciale de Paris s’était achevé en décembre 2022 avec des condamnations de deux à dix-huit ans d’emprisonnement pour huit de ses complices. Deux hommes, qui ont fait appel de ce verdict, seront rejugés du 22 avril au 14 juin 2024.

NOTRE DOSSIER SUR L'ATTENTAT DE NICE

Pour « relancer » l’information judiciaire ouverte à Nice

Mais les parties civiles attendent aussi des réponses sur les éventuelles responsabilités des pouvoirs publics ce soir-là. Et Me Juan Branco espère que la saisine de la cour de justice de la République « relance » l’information judiciaire ouverte à Nice, « qui patine et qui semble s’orienter vers un non-lieu », selon lui. « Il est nécessaire d’aller chercher à savoir s’il n’y a pas eu une omerta d’Etat qui a été construite dans ce dossier-là », conclut l’avocat, partisan de certaines idées révolutionnaires.

La CRJ a confirmé à Nice-Matin avoir en tout cas bien réceptionné sa plainte. Celle-ci doit désormais passer entre les mains de la commission des requêtes de la juridiction, qui devra statuer sur l’opportunité de lancer ou non des poursuites. Ce ne sera en tout cas pas avant l’année prochaine. Contacté par mail ce mardi, Bernard Cazeneuve n’avait pas donné suite à l’heure de la publication de cet article.

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