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Assises de la GirondeSur le Darknet, le cantonnier girondin était « Kali » pédocriminel recherché

Le procès de « Kali », l’un des pédocriminels les plus recherchés du Darknet, s’ouvre ce mercredi

Assises de la GirondeDès demain et jusqu’à vendredi, un quadragénaire est jugé pour « viols et agressions sexuelles » sur ses deux filles mais aussi pour l’enregistrement, la détention et la diffusion d’images pédopornographiques
Illustration Darknet
Illustration Darknet - Pixabay / Pixabay
Elsa Provenzano

Elsa Provenzano

L'essentiel

  • Un homme de 43 ans est jugé devant la cour d’Assises de la Gironde, de mercredi à vendredi, pour des viols et des agressions sexuelles sur ses deux fillettes.
  • Le quadragénaire était connu sous le pseudonyme de « Kali » sur le Darknet et se servait des enregistrements d’abus sur ses filles pour alimenter des réseaux pédopornographiques. Plusieurs dizaines de milliers de fichiers ont été saisies chez lui.
  • La mère des fillettes, partie civile au procès, souhaite « que la justice constitue une étape supplémentaire pour essayer de restaurer un peu ses enfants ». Elle demande une audience à huis clos.

Les faits confinent à l’horreur. De mercredi à vendredi, un homme de 43 ans incarcéré à la prison de Mont-de-Marsan depuis le 9 juillet 2020, est jugé devant la cour d’Assises de la Gironde pour des viols et des agressions sexuelles sur ses deux fillettes, âgées de 2 et 5 ans. Il est aussi poursuivi pour l’enregistrement, la détention et la diffusion de « dizaines de milliers » d’images de mineurs de moins de 15 ans présentant un caractère pornographique, en utilisant un réseau de communications électroniques. Des dizaines de milliers de photos et vidéos pédopornographiques ont été saisies à son domicile.

Sur le Darknet, ce cantonnier qui vivait à Frontenac (Gironde), était connu sous le pseudonyme de « Kali ». Il était « l’une des dix cibles prioritaires », l’un des pédocriminels les plus recherchés à l’international au moment de son arrestation, en juillet 2020. « Il a toujours fait très attention et, en 2020, alors qu’il est déjà ciblé par Interpol comme l’une des cibles les plus importantes en matière de pédocriminalité, il commet une imprudence et on peut remonter à son adresse IP », rapporte Me Rémy Legigan, l’avocat de la mère des deux fillettes victimes.

« Elle pensait vivre avec un mari aimant ses enfants »

Ce « Kali » était activement recherché depuis 2017 par les autorités, au regard de son activité sur le Darknet. Employé de mairie dans un village d’à peine 800 âmes, à 45 minutes de Bordeaux, l’accusé aurait été lui-même victime d’abus quand il était enfant, comme de nombreux agresseurs sexuels.

L’ex employé de mairie n’a pas éveillé les soupçons de ses proches ou de ses connaissances avant 2020. « Rien ne laisser penser que ce type-là qui n’avait pas de compétence particulière en informatique et qui ne parlait pas particulièrement anglais, s’adonner à une activité aussi systématique et grave », estime l’avocat de la mère de famille. Et c’est à l’occasion de l’enquête se penchant sur ses activités pédocriminelles sur le Darknet que les petites filles de « Kali » ont fait part des abus dont elles ont été victimes. « La maman les découvre à ce moment-là, précise son conseil. Elle pensait vivre avec un mari aimant ses enfants. Normal. » « Kali », lui, passait beaucoup de temps sur l’ordinateur, notamment la nuit, mais sans qu’elle ne se doute de quoi que ce soit.

La particularité du dossier, c’est que ce père de trois enfants a diffusé ses propres abus sur les deux fillettes. Son fils aîné, âgé de 17 ans, n’aurait pas été concerné. « Beaucoup d’individus poursuivis pour de la pédopornographie se défendent en disant qu’ils se contentent de visionner voire de diffuser mais qu’ils ne passeraient jamais à l’acte eux-mêmes, rapporte à 20 Minutes Florence Pelé, l’avocate de l’Association la voix de l’enfant, partie civile au procès. Ici, on a affaire à une situation assez particulière : cet individu s’est livré à des abus sexuels pour alimenter les réseaux. » Selon Me Legigan, la plus âgée des deux victimes évoque des faits répétés depuis au moins 2017, sans que l'on sache exactement quand ils ont commencé.

Mis en examen et détenu depuis, l’accusé, décrit comme « immature » sur le plan affectif, avec une tendance égocentrique voire narcissique, reconnaît avoir agressé sexuellement ses filles mais en « minimisant l’impact » de ses agissements, estime l’accusation, un expert psychologique évoquant un « déni de souffrance ».

« Restaurer un peu ses enfants »

La mère des deux fillettes n’est pas dans un esprit de vengeance vis-à-vis de l’accusé et pense avant tout à l’avenir de ses enfants. « Après l’émotion passée, elle a pour seul souci de faire en sorte que la justice constitue une étape supplémentaire pour essayer de restaurer un peu ses enfants, en plus de l’accompagnement éducatif important les concernant », commente son conseil auprès de 20 Minutes.

L’accusé, décrit comme « immature » sur le plan affectif, avec une tendance égocentrique voire narcissique, a reconnu avoir agressé sexuellement ses filles mais en « minimisant l’impact » de ses agissements, un expert psychologique évoquant un « déni de souffrance ». Et s’il a essayé de se manifester auprès de sa famille par le biais de lettres, interceptées par le juge d’instruction, le quadragénaire n’a plus du tout de contact avec elle depuis son arrestation. « Ses premiers mots ont été des mots de regrets », rapportait son avocat Simon Takoudju auprès du Figaro, le 23 juillet 2020. Ce dernier insiste sur le fait que dès sa garde à vue, son client ne s’était pas déresponsabilisé et a voulu « aider la justice à mettre la main sur différents protagonistes qui pourraient sévir encore sur le Darknet. » Sollicité par 20 Minutes, maître Simon Takoudju n’a pas donné suite.

L’accusé encourt vingt ans de réclusion criminelle pour les faits de viols et d’agressions sexuelles. Le huis clos va être sollicité pour cette audience par l’avocat de la mère des deux fillettes victimes, parties civiles à l’audience. Trois autres associations de protection de l’enfance se sont aussi constituées parties civiles.

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