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procèsAmende pour le supporteur girondin qui avait poussé un joueur de Rodez

Bordeaux : Tendu par « un match à enjeux », le fan des Girondins qui a poussé un joueur de Rodez écope d’une amende

procèsLe tribunal correctionnel, qui jugeait un supporteur des Girondins de Bordeaux lundi, a requalifié en contravention de 5e classe le chef de « violence avec préméditation ». Le prévenu a été condamné à 2.000 euros d’amende
Lucas Buades, joueur de Rodez, s'est retrouvé au sol après l'agression par un supporter des Girondins de Bordeaux.
Lucas Buades, joueur de Rodez, s'est retrouvé au sol après l'agression par un supporter des Girondins de Bordeaux.  - THIBAUD MORITZ  / AFP
Elsa Provenzano

Elsa Provenzano

L'essentiel

  • Un supporteur des Girondins a été condamné à 2.000 euros d’amende pour intrusion et violences légères, après son interruption de la rencontre du 2 juin 2023 face à Rodez. Il lui est aussi interdit de fréquenter les stades pendant deux ans.
  • Le tribunal correctionnel semble avoir été sensible aux arguments de la défense puisqu’il a requalifié en contravention de 5e classe le chef de « violence avec préméditation ».
  • L’intrusion remarquée sur la pelouse du stade Matmut, le 2 juin 2023 avait conduit le joueur de Rodez Lucas Buades à terre. On suspectait une commotion chez le Ruthénois.

Les nombreux ultramarines présents à l’audience sont repartis le sourire aux lèvres. Un membre du directoire de cette association de supporteurs des Girondins, un restaurateur de 45 ans, jugé lundi par le tribunal correctionnel de Bordeaux, a échappé à la prison avec sursis. Son intrusion remarquée sur la pelouse du stade Matmut, le 2 juin 2023, avait conduit le joueur de Rodez Lucas Buades à terre et la rencontre sportive avait été définitivement interrompue. Dans le même temps, les espoirs de remontée du club bordelais en Ligue 1 avaient été balayés.

Le tribunal correctionnel semble avoir été sensible aux arguments de la défense puisqu’il a requalifié en contravention de 5e classe le chef de « violence avec préméditation ». Le supporteur des Girondins a ainsi été condamné à 2.000 euros d’amende pour l’intrusion et les violences légères. Il lui est aussi interdit de fréquenter les stades pendant deux ans, quand le procureur de la République en requérait trois. Il devra par ailleurs pointer au commissariat à chaque match des Girondins.

« Je descends sous le coup de son but »

Le prévenu est le plus bordelais des Savoyards. Depuis trente ans, il est un fan passionné du club marine et blanc alors qu’il vit près d’Annecy. Ce chef d’entreprise aux cheveux poivre et sel a deux enfants, adolescents, et un casier judiciaire vierge. Mais ce jour-là, il n’a visiblement pas su garder son calme à la 23e minute, à laquelle Lucas Buades marque un but. Le buteur fête son geste avec deux autres coéquipiers, près de la tribune des Ultramarines, ce que le supporteur bordelais considère comme de la provocation. Il déboule sur la pelouse, enjambant la barrière et passant sous une banderole, pour finir par pousser Lucas Buades.

« Je regrette d’être descendu de la tribune, se défend à la barre le prévenu. Je descends sous le coup de son but, leur dire de ne pas rester là. Il y avait une grosse tension et cela s’est passé très vite. » L’arbitre de la compétition estime lui au cours de l’enquête qu’il a vu le mis en cause « pousser violemment » le joueur de Rodez. Comme on suspecte une commotion chez lui, on ne le juge pas en état de reprendre le match. Les autorités décident de suspendre définitivement la rencontre. Un jour d’interruption totale de travail (ITT) est attribué au joueur ruthénois après un examen médico-légal.

Comme le souligne l’un des assesseurs, le prévenu n’a pas vraiment le profil d’un hooligan. L’intéressé tente d’expliquer son comportement en avançant une forte tension avec « un match à enjeux », regrettant son geste à la barre. L’avocat du prévenu, maître Hazera, attire l’attention du tribunal sur l’intervalle très court entre la célébration du but et l’intervention de son client sur le terrain : en quelques secondes, il n’a pas réfléchi ni calculé, mais réagi. La requalification montre que le tribunal a été sensible à cet argumentaire.

Des préjudices à verser aux parties civiles

Le tribunal a condamné le supporteur un peu trop passionné à verser des préjudices de plusieurs centaines d’euros à chaque partie civile, bien en deçà des sommes demandées par leurs conseils. Le club des Girondins de Bordeaux demandait 10.000 euros par exemple, réfutant toute « complaisance avec ce type de comportement ». Il a reconnu par la voix de son avocat maître Benjamin Peyrelevade des « failles » dans l’organisation de la sécurité, tout en pointant des pertes économiques pour le club et déplorant un « résultat sportif confisqué ». « On ne tolère pas ce type de comportement, mais l’ensemble des acteurs n’a pas été à la hauteur des enjeux », a conclu le conseil du club.

L’avocate du joueur de Rodez Lucas Buades, 25 ans, a fait valoir que son client « s’est juste fait frapper alors qu’il faisait son métier » et a mentionné des milliers de lettres de menaces après l’incident. En plus d’un jour d’ITT, elle a mis en avant un arrêt de travail de treize jours. Si les partisans des Girondins ont laissé entendre que le joueur simulait, le procureur a lui évoqué une poussée de « testostérone puérile », de la part du quadragénaire.

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