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procès« Drague lourde » … Jugés pour agression sexuelle, ils minimisent les faits

« Drague lourde » ou « maladresses », des cadres jugés pour agressions sexuelles minimisent les faits

procèsCe jeudi, cinq cadres de l’entreprise girondine de transports Veynat étaient jugés pour des faits de harcèlements sexuels et d’agressions sexuelles à l’encontre de salariées de la société
Vue sur le tribunal judiciaire de Bordeaux.
Vue sur le tribunal judiciaire de Bordeaux.  - UGO AMEZ / SIPA
Elsa Provenzano

Elsa Provenzano

L'essentiel

  • Cinq prévenus, employés de la société de transport Veynat, étaient jugés devant le tribunal correctionnel pour des faits de harcèlement sexuel et, pour deux d’entre eux, d’agressions sexuelles commis entre le 1er janvier 2015 et le 6 juillet 2022.
  • Dans ce dossier, une victime s’est constituée partie civile et 12 autres se sont plaint du comportement inapproprié de la part de leurs homologues masculins.
  • Les prévenus nient en bloc et minimisent les faits en parlant de « drague lourde » et de traits d’humour qui ont été mal interprétés.

Ils ne comprennent pas vraiment pourquoi ils sont là ce jeudi, devant le tribunal correctionnel de Bordeaux, reconnaissant à la rigueur de « mauvaises blagues » entre collègues. Cinq prévenus, tous employés de la société de transport Veynat, comparaissaient pour des faits de harcèlement sexuel et, pour deux d’entre eux, d’agressions sexuelles commis entre le 1er janvier 2015 et le 6 juillet 2022 au siège de la société à Tresses, en Gironde. La société et son dirigeant, en tant que personnes morales, sont poursuivis pour « blessures involontaires » (lire encadré).

Reconnaissant simplement des « maladresses », de « l’humour pourri » ou de la « drague lourde » vis-à-vis de leurs collègues féminines, aucun des prévenus n’a exprimé de regrets à la barre. Et seul l’un d’entre eux aurait présenté des excuses après avoir tenté d’avoir un rapport sexuel avec une employée de ménage. Dans ce dossier, une victime s’est constituée partie civile et 12 autres, parmi lesquelles l’employée de ménage, se sont plaint de comportements inappropriés de la part de leurs homologues masculins. Pour certains de ces témoignages et en l’absence de constitution de partie civile, le parquet s’est autosaisi du dossier dans lequel la procureure de la République, Perrine Lannelongue, va jusqu’à parler « d’acculturation au harcèlement sexuel chez Veynat ».

Faire dire « camion » aux salariées pour leur toucher la poitrine

Les prévenus sont des cadres, hormis l’un d’eux qui est agent d’exploitation, avec des salaires compris entre 3.100 et 12.000 euros et tous sont pourvus d’un humour bien particulier. L’un des jeux prisés de cette bande était par exemple de faire dire « camion » aux salariées pour leur toucher la poitrine. Bernard*, poursuivi pour « harcèlement sexuel » et « agression sexuelle », avait déclaré pendant son audition que « des comportements déplacés pouvaient avoir lieu mais sous le coup de l’humour ». A la barre, il parle de « relations grivoises et taquines ». Poursuivi pour un attouchement sur la poitrine d’une salariée, il explique qu’il a maladroitement voulu regarder son collier mû par une « curiosité spontanée » mais « qu’avec le recul, c’était intrusif ».

Poursuivi pour les mêmes faits, Michel* nie les faits de harcèlement sexuel mais reconnaît un comportement « un peu lourd » vis-à-vis d’une jeune femme qui venait faire le ménage dans les locaux de l’entreprise. Interrogé par le président Cyril Vidalie, il finira par reconnaître du bout des lèvres qu’il lui faisait des compliments répétés et que, n’étant pas bien avec sa femme, il « essayait de la séduire ». De son côté, elle expliquera l'avoir repoussé à plusieurs reprises, avoir reçu une photo de lui à caractère sexuel et qu’il a essayé, un jour, de la plaquer contre un mur pour aller plus loin. Le 30 avril 2021, elle signalera les faits. Ce jeune cadre sera sanctionné le 4 mai par les ressources humaines (un avertissement).

« Une mise en insécurité du personnel féminin dans l’entreprise »

Les prévenus poursuivis pour harcèlement sexuel ont également massivement eu recours à l’euphémisme. Robert * a par exemple échangé sur la messagerie professionnelle des propos qui l’étaient très peu. Il l’a assailli de propositions sexuelles (un « cunni » très explicite). Il écopera d’un avertissement le 11 juin 2021 pour « faute managériale » après un passage dans le bureau du directeur des ressources humaines. « C’était potache, graveleux et stupide mais on savait qu’il n’y aurait rien d’autre, cela n’a jamais été plus loin », se défend-il ce jeudi.

Roger * était quant à lui dans l’entreprise connu pour émettre des « grognements suggestifs à la De Funès », détaille le président, parfois au passage de salariées. Pendant le confinement, ce directeur commercial à la carrure imposante, aujourd’hui suivi par une psychologue, a envoyé une vidéo de lui se masturbant dans son bureau, non pas comme il le voulait à une cliente de longue date mais, par mégarde, à une liste de contacts de l’entreprise. « On n’est pas toujours fin dans le métier », déclare à la barre, Emile*. S’il renie vivement la paternité d’un classement des « filles baisables de l’entreprise », le cadre reconnaît, quant à lui, avoir envoyé des photos de tenues sexy qu’il suggérait à sa collègue de porter pour le Hellfest. « L’humour que j’ai utilisé a été mal perçu. »

Sur ordre du parquet, l’inspection du travail a oeuvré en cosaisine avec la gendarmerie sur cette « affaire Veynat », et son rapport montre qu’elle goûte peu l’humour en vigueur. Elle pointe « une mise en insécurité du personnel féminin dans l’entreprise » et en matière de prévention du harcèlement sexuel, elle estime que « l’entreprise est très très loin des attendus réglementaires ». Exemple, selon le président du tribunal : en mai 2021, apparaît une nouveauté dans le règlement intérieur qui stipule désormais l’interdiction des minijupes « pour éviter les troubles ». Une version démentie par Veynat qui y voit simplement une tenue inappropriée pour travailler sur des citernes, tout comme les shorts, les débardeurs et les tongs.

La procureure a requis dix-huit mois de prison avec sursis contre les prévenus poursuivis pour harcèlement sexuel et, 20 et 24 mois contre les deux autres, jugés également pour agressions sexuelles. Le tribunal rendra son délibéré dans cette affaire le 25 janvier.

*Tous les prénoms ont été changés.

Prévention

La société Veynat et son dirigeant sont poursuivis en tant que personnes morales pour « blessures involontaires » au sens d’un manquement dans la prévention des faits de harcèlements sexuels et d’agressions sexuelles au sein de l’entreprise qui compte 500 salariés.

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