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MAL-LOGEMENTLe marchand de sommeil « exorciste » voulait « être un exemple de réussite »

Marseille : Le marchand de sommeil « exorciste » voulait « être un exemple de réussite »

MAL-LOGEMENTCe lundi marquait l’ouverture du procès de Gérard Gallas, ancien policier dans un centre de rétention administrative, par ailleurs exorciste, accusé d’avoir loué 122 logements insalubres dans les quartiers nord de Marseille à des sans-papiers
Gérard Gallas comparaît pour avoir loué plus de 122 taudis à des sans-papiers .
Gérard Gallas comparaît pour avoir loué plus de 122 taudis à des sans-papiers . - Nicolas Tucat / AFP / AFP
Mathilde Ceilles

Mathilde Ceilles

L'essentiel

  • Ce lundi s’est ouvert devant le tribunal correctionnel de Marseille le procès de Gérard Gallas, accusé d’avoir loué 122 taudis à des sans-papiers et demandeurs d’asile.
  • L’ancien policier a pour le moins un profil atypique, « responsable du service exorcisme de l’Église catholique traditionnelle », et justifie cette course effrénée à l’argent par son envie d’être « une lumière pour autrui ».
  • L’homme qui se dit aujourd’hui criblé de dettes encourt jusqu’à dix ans de prison.

Au tribunal correctionnel de Marseille,

« Je veux être une lumière pour autrui. » A la barre du tribunal correctionnel de Marseille, impeccable dans son costume cravate, les cheveux en brosse, Gérard Gallas explique dans un débit rapide sa philosophie de vie, entre deux mouvements d’épaule qui font penser à des tics. « Je veux être un exemple, un effet de lumière, ajoute-t-il. Au plus, je gagnais de l’argent, au plus j’aurais de la crédibilité. Il faut des objectifs hauts pour inspirer les gens. Mon objectif premier, c’était ça. Réussir, inspirer, former. Je suis passionné de développement personnel. Je voulais être un exemple de réussite non pas à titre personnel, mais surtout pour inspirer. »

Si le discours de Gérard Gallas est emprunté d’un certain spiritisme, c’est peut-être en raison du profil pour le moins atypique de ce prévenu. Destiné à une carrière de prêtre, abandonnée en raison d’un vœu de chasteté qui ne lui convenait pas, le quinquagénaire était devenu « évêque, responsable du service exorcisme de l’Église catholique traditionnelle, filiation apostolique, vieille catholique ». A la barre, il explique avoir voulu « prouver aux gens qu’on peut partir de rien avec quasi aucun diplôme et créer de grandes choses ».

Des appartements de petite surface divisés en plus petites surfaces encore

Grand admirateur de Mère Teresa dont il clame vouloir suivre la trace, Gérard Gallas a toutefois une méthode qui diffère un tout petit peu de celle de la Prix Nobel de la paix 1979. Une méthode qui vaut à ce quinquagénaire de comparaître devant la sixième chambre, accusé d’être un des plus importants marchands de sommeil qu’a connu Marseille, déjà largement touchée par le fléau du mal-logement. Dans ce procès emblématique de l’habitat dégradé, l’homme doit notamment répondre de mise en danger d’autrui et de soumission de plusieurs personnes vulnérables ou dépendantes, dont des mineurs, à des conditions d’hébergement indignes.

Combles aménagés, présence de détritus dans la cour immeuble, absence d’eau chaude… Quelques heures plus tôt, le président de la sixième chambre avait énuméré longuement les dysfonctionnements dans les appartements très rémunérateurs que Gérard Gallas louait dans des immeubles délabrés, au point que l’un d’entre eux ait été victime d’un important incendie, déclenchant l’ouverture de l’enquête. Des appartements de petite surface que l’« investisseur » divisait en plus petites surfaces encore, pour arriver à un total de… 122 logements insalubres dans quatre immeubles différents.

Objectif : 100 appartements par an

D’abord agent de sécurité dans un supermarché à Carrefour, Gérard Gallas est devenu policier, après avoir réussi « brillamment », tient-il à souligner, le concours. En parallèle, selon ses propres termes, il embrasse « une carrière d’investisseur » dans l’immobilier. En 2017, Gérard Gallas rend son uniforme de gardien de la paix avec un objectif : devenir rentier en multipliant les investissements immobiliers lucratifs, à raison de 100 appartements par an. Pour ça, Gérard Gallas a d’abord un terrain de prédilection, dont il parle dans un langage de businessman aguerri : les quartiers Nord de Marseille.

« Théoriquement, j’avais une rentabilité relativement forte dans les quartiers Nord de 10 ou 15 %, détaille-t-il. Avec ça, on dégage du cash-flow. Et c’est aussi une question d’offre et de demande. Dans le 15e arrondissement, un immeuble peut être acheté 500.000 euros. Le même dans le centre-ville coûte 300.000 euros de plus. » L’ancien policier longtemps en poste dans un centre de rétention administrative, une fois reconverti en propriétaire, loue ses taudis à… des demandeurs d’asile et des sans-papiers, le tout sans bail.

Logement aux murs décrépis et sans électricité

Une méthode qu’il avait rassemblée dans un livre écrit dans son appartement vue mer sur la Côte bleue, intitulé sobrement Comment je suis devenu multimillionnaire en deux ans grâce à mes stratégies immobilières. Interloqué, le procureur Guillaume Bricier demande à en lire un extrait durant l’audience. « L’univers peut s’appuyer sur moi pour canaliser sa lumière. Je gagne plusieurs millions d’euros par an. Si j’ai pu le faire, vous pouvez le faire. A votre tour, répandez cette lumière autour de vous. Et tous ensemble, nous pouvons changer le monde. » « Je voulais être une source d’inspiration, justifie Gérard Gallas. C’est plus qu’une intention. C’est le but de ma vie. »

A la barre, alors qu’il se dit aujourd’hui criblé de dettes au point de faire actuellement l’objet d’une procédure d’expulsion de son logement, Gérard Gallas esquisse quelques regrets. Le premier, c’est son envie débordante de réussite. « J’ai été trop ambitieux, soupire-t-il. J’ai acquis trop d‘immeubles simultanément. » Le second, selon lui, c’est d’avoir fait trop confiance à son homme de main et également coprévenu, absent lors de l’audience. « C’est ma stratégie maintenant, clame-t-il. Je ne délègue plus à 100 %. Je veux être irréprochable. »

A l’écouter, irréprochable, il l’est, et c’est là son dernier regret : celui d’avoir d’après lui des locataires indélicats, qui dégradent des appartements impeccables. A la barre, un de ses locataires, Adam, d’origine comorienne, raconte sa vie dans 9 m² avec sa femme et ses trois enfants, dans un logement où il n’y avait « pas de fenêtre, pas de compteur », le tout pour 370 euros mensuels réclamés manu militari, en espèces. « Je vivais difficilement parce qu’il n’y avait pas d’électricité, soupire-t-il. J’avais acheté une rallonge et je prenais l’électricité chez le voisin qui s’absentait souvent. » Le président fait projeter des images de l’appartement en question, aux murs décrépis. « Cet appartement, je l’ai entièrement rénové, s’agace Gérard Gallas, état des lieux à l’appui, provoquant des cris d’indignation dans la salle. Les toilettes sont neuves. L’évier est neuf. Le bac à douche est neuf. » Des arguments qui agacent le ministère public. « Il est très intéressant de voir ce que Monsieur Gallas considère comme neuf, note Guillaume Bricier. Beaucoup des réactions dans la salle montre que personne n’y croit. Et regardez la mise en demeure de la mairie : à chaque fois, on prend en compte l’humidité dans l’immeuble. Vous pouviez très bien passer un coup de peinture et dire que c’était neuf avant la signature du bail… » Gérard Gallas encourt jusqu’à dix ans de prison.

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