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compte renduViol, zoophilie… Le récit du « pire » d’une victime devant la cour d’Isère

Grenoble : « Je souhaite que ce monstre pourrisse en prison », implore une victime au procès de « toutes les horreurs »

compte rendu
Un homme de 34 ans est jugé toute la semaine à Grenoble pour avoir violé deux de ses partenaires en leur imposant des relations sexuelles avec des animaux et pour détention de fichiers pédopornographiques
Grenoble : Un homme jugé pour viols, zoophilie et actes de torture
Caroline Girardon

Caroline Girardon

L'essentiel

  • Un homme de 34 ans est notamment jugé cette semaine, devant la cour d’assises de l’Isère, pour les viols de trois de ses anciens conjoints et conjointes, dont deux qu’il a forcés à avoir des relations sexuelles avec des chiens.
  • La troisième journée du procès a été consacrée ce mercredi aux témoignages des victimes.
  • L’une d’entre elles a exprimé le souhait que l’accusé soit lourdement condamné.

De notre envoyée spéciale à Grenoble

« Je me sens coupable ». Coupable d’avoir malgré lui « fait du mal aux animaux » alors qu’il n’a « jamais voulu ». La voix entrecoupée de sanglots, Justin (1) raconte à la barre en détail le cauchemar vécu aux côtés de son ancien compagnon. Julien, 34 ans, jugé devant les assises de l’Isère notamment pour viols, précédés, accompagnés ou suivi d’actes de torture ou de barbarie. Car il s’agissait « clairement » de barbarie, confirme la victime en direction des jurés. Comme ce jour-là de mars 2018, où son petit ami l’a forcé à pénétrer Dotty, une chienne que le couple était allé chercher à Brive. En lui lançant un ultimatum : s’il ne le faisait pas sur-le-champ, il tuait l’animal sous ses yeux (ce qu’il a fait quelques jours après).

« C’était la goutte d’eau, la fois de trop, relate dignement le garçon au cours d’un récit de deux heures et demie. A ce moment-là, j’ai atteint un point où l’emprise qu’il avait sur moi ne pouvait plus marcher. » Le regard embué derrière ses lunettes, le doux Justin peine à comprendre comment il a pu endurer des tels sévices durant cinq années : les « colères glaciales », les « accès de fureur » débouchant sur une pluie de coups portés à la tête et au ventre, les brimades, les remarques sur son physique. « Comme j’étais un peu rond et poilu, il me disait que ça ne lui convenait pas. Il n’avait de cesse de dévaloriser mon corps. »

« Qui m’aurait cru ? »

Tout est allé crescendo dans l’horreur la plus absolue. « Il me mettait la pression pour que je passe à l’acte avec mon propre chien mais je ne cédais pas. Pourtant, au bout d’un moment, je ne pouvais plus lutter, témoigne douloureusement le jeune homme. Il a forcé mon chien à me sodomiser ». Face aux pleurs et aux cris de douleurs de son compagnon, Julien, gagné par l’excitation, préfère filmer la scène pour faire chanter son partenaire et le dissuader d’aller porter plainte. « Il y avait cette vidéo. Qui m’aurait cru ? »

Pourtant, Justin est resté. « Pourquoi ? », s’enquiert la présidente de la cour. « Au début, j’étais amoureux. Avec le recul, je ne sais même pas comment j’ai pu développer des sentiments pour lui. ». Et de s’interroger à voix haute : « Peut-être que je suis resté car je me suis imposé ce devoir. Je me suis dit que ma présence allait le limiter dans ses actes puisque j’étais là. Comme ça, il ne pouvait pas aller plus loin. » Comme aller jusqu’à abuser des enfants, « la barrière » que l’accusé confesse n’avoir « jamais voulu franchir ».

« Tout ce que vous imaginez de pire, je le considère comme possible »

« Pour moi, il s’agit clairement d’un pédocriminel », pointe le jeune homme. Et d’étayer : « La déviance est claire, nette, précise. S’il a violé sa demi-sœur, ce n’est pas anodin. S’il m’a proposé d’adopter une petite fille pour en abuser, ce n’est pas anodin. S’il traînait sur des forums pédophiles pour être en lien avec ces gens-là, ce n’est pas anodin. Oui, je suis convaincu que ça va arriver. »

Pressé de se lever, l’accusé au visage rond et à la longue queue-de-cheval noire, s’exécute. « Y avait-il un risque de commettre le pire ? », lui demande Françoix-Xavier Kozan, avocat des parties civiles. « Tout ce que vous imaginez de pire, je le considère comme possible », répond l’intéressé, les bras croisés sur son ventre rond et sa chemise bleu ciel. « Mais le risque [de passer à l’acte] existe ? », rebondit le magistrat. Long silence. « Oui », finit par concéder Julien d’une voix basse mais ferme.

« Je n’ai pas envie qu’il brise d’autres vies », conclut cette fois Justin qui « aspire à retrouver une vie normale ». Alors, son souhait le plus cher ? « Qu’il pourrisse en prison. C’est un monstre, répond-il en fixant son ancien compagnon. S’il n’est pas condamné, il va continuer d’agir. » L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

(1) Les prénoms ont été changés


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