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sévicesA Grenoble, un procès qui « balaie toutes les horreurs du droit pénal »

Grenoble : Viols, zoophilie, actes de torture… Un procès qui « balaie toutes les horreurs du droit pénal » aux assises

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Un homme de 34 ans sera jugé toute la semaine devant la cour d’assises de l’Isère pour avoir violé deux de ses partenaires en leur imposant des relations sexuelles avec des animaux. Mais pas seulement
Grenoble : Un homme jugé pour viols, zoophilie et actes de torture
Caroline Girardon

Caroline Girardon

L'essentiel

  • A partir de lundi, les jurés de la cour d’assises de l’Isère vont se pencher sur le cas d’un homme de 34 ans ayant un profil qui présente « une dangerosité majeure criminologique », selon les experts psychiatriques.
  • L’accusé est poursuivi pour avoir violé deux de ses partenaires en leur imposant notamment des relations sexuelles avec des chiens.
  • Zoophile, il sera également jugé pour les viols et actes de torture sur des animaux ainsi que pour la détention de près de 150.000 fichiers ou vidéos pédopornographiques.

Son « état est aujourd’hui irréparable ». A peine âgée de 23 ans, Salomé (1) est déjà complètement « détruite », souligne son avocate Alice Berthet. Alors la semaine de débats à venir s’annonce « particulièrement éprouvante » pour elle. A partir de ce lundi, la cour d’assises de l’Isère va se pencher sur le cas de Julien (1), ancien petit ami de la jeune femme. Un homme de 34 ans poursuivi pour « dix infractions toutes plus dégueulasses les unes que les autres », lâche-t-on dans les rangs des parties civiles. « Il balaie toutes les horreurs du droit pénal », résume à son tour l’avocat François-Xavier Kozan. A savoir, des viols précédés ou accompagnés d’actes de torture ou de barbarie sur ses anciens et anciennes partenaires ainsi que sur des animaux. Mais aussi la détention d’une centaine de milliers de fichiers ou vidéos pédopornographiques mettant parfois en scène des enfants et des animaux.

« Ce procès sera avant tout tourné vers les victimes, il n’y a aucune raison de mettre en doute leurs paroles, d’autant que mon client a reconnu l’intégralité des faits qui lui sont reprochés », annonce d’emblée Maxence Pascal, l’avocat de l’accusé. Julien a su très jeune qu’il avait des pulsions sexuelles envers les bêtes. Animaux qu’il décapitait ou tuait après être passé à l’acte.

Des rats torturés

Devant les enquêteurs, il révèle éprouver la nécessité « d’avoir la notion de vie ou de mort sur un animal ». Les rats, admet-il, il les pend à un crochet avant de les éventrer, les colle parfois sur une toile pour les dépecer vivants, les jette dans une casserole d’eau bouillante afin de les faire souffrir, les brûle au briquet ou leur coupe les pattes. Il parle de ses relations sexuelles avec des chiens, achetés sur Leboncoin à cet effet, et comment il leur attache les pattes afin de les empêcher de fuir ou les étrangle avec une corde. Il confirme aussi les relations avec les chevaux, les poneys ou les chèvres. De tout cela, il ne cache rien à ses partenaires. A commencer par Justin (1) rencontré en 2012 sur un forum Internet.

A cette époque, Julien est sur le point d’être hospitalisé dans une clinique de la région parisienne pour soigner ses pulsions. A sa sortie, cinq ans plus tard, il trouve refuge chez son compagnon, un homme « introverti », « timide », en conflit avec sa mère qui n’accepte pas son homosexualité. D’abord « prévenant et protecteur », le garçon va rapidement « changer de comportement ». Et terroriser son amoureux qu’il oblige à le regarder torturer des rats. La suite ne sera qu’un très long cauchemar. A deux reprises, Julien contraint son concubin à se faire sodomiser par un chien ou à le pénétrer, filmant la scène pour le forcer à subir d’autres actes sexuels tout aussi malsains. Puis, le menace d’avoir ainsi des preuves si l’idée lui venait de porter plainte.

« La question du consentement n’existe plus »

« C’est complètement inimaginable. C’est absolument terrifiant », commente Guillaume Laverdure, l’avocat de Justin. « Comprenez que mon client était dans un état de sidération. Dans un cas comme celui-ci, la question de consentement n’existe plus. Il était dans l’incapacité de réagir. » Jusqu’au jour, où le jeune homme, enfermé dans « une relation d’emprise psychologique », parvient à rompre. Et à porter plainte quelques années plus tard. « Aujourd’hui, il se remet, il travaille. Il suit une thérapie. Il est entouré et aborde le procès avec une certaine sérénité », confesse encore l’avocat.

Ce qui ne sera pas le cas de la jeune Salomé. A elle aussi, Julien avait confié ses pulsions sexuelles. Mais encore mineure au moment de leur rencontre sur les réseaux sociaux, la Grenobloise a voulu « l’aider et le soutenir », persuadée que son boy-friend allait vaincre ses démons. Et puis, elle se sentait redevable. Il lui avait tendu la main à une « période très difficile de sa vie » où elle ne pensait qu’à mettre fin à ses jours. Mais là encore, le piège va se refermer. De relations sadomasochistes, l’amant va progressivement exiger des pratiques de plus en plus trash, jusqu’à inviter une chienne dans leur lit. « Tétanisée », la jeune femme se sent « sale » mais se laisse faire. Elle « vit dans la crainte » de voir Julien « commettre de nouveaux sévices sur des animaux si elle se refuse à lui ».

« C’était très compliqué pour elle de dénoncer les faits. Dès le début de la procédure, les enquêteurs ont eu du mal à la croire. Ils étaient autant sidérés qu’elle », commente son avocate Alice Berthet, espérant que le procès permettra de livrer « des clés de compréhension ». Car jusque-là, les experts psychiatriques, qui ont examiné l’accusé, ne sont pas parvenus à établir de diagnostic.

Une « dangerosité criminologique majeure »

« Il ne souffre d’aucune pathologie mentale avérée », souligne l’un d’eux. Mais d’un « trouble grave de la personnalité » avec des « perversions sadiques et sexuelles ». Il est animé d’un sentiment de « toute puissance » et d'« une absence d’empathie ». « Il présente une dangerosité majeure criminologique », appuie-t-il dans son rapport. Des caractéristiques qui sont « régulièrement retrouvées chez les tueurs en série », observe un autre expert. Et de s’interroger : « Julien assure qu’il tuait des animaux avec de moins en moins de plaisir. La question qui se pose alors est : Jusqu’où va-t-il aller et vers qui va-t-il se tourner pour retrouver ce plaisir ? ». Selon le psychiatre « aucune démarche thérapeutique ne paraît opportune ».

A sa sortie d’hôpital en 2017, l’accusé n’a bénéficié d’aucun suivi médical. Deux ans plus tard, il a pourtant demandé « en vain » à être de nouveau pris en charge. « Il s’est présenté à l’hôpital pour évoquer la réitération de ses actes. Il a demandé de l’aide mais il a été renvoyé. C’est effarant. Quand on présente un profil comme celui-ci, on ne devrait pas être renvoyé mais on devrait bénéficier d’un suivi très strict », souligne son avocat qui entend soulever cette question lors des débats.

Au cours de l’une de ses auditions devant les enquêteurs, l’intéressé, conscient de ses déviances, a d’ailleurs confié avoir expliqué aux médecins se trouver dans une impasse : « Je leur ai dit qu’il ne fallait pas que je sois libre car je ne m’arrêterai pas. A moins qu’un psychiatre magique me dise comment être heureux sans cela, je n’ai aucune raison de changer ou d’avoir ma place dans une société normale ». Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu le 10 novembre.

(1) Les prénoms ont été changés.

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