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enquetePourquoi Dupond-Moretti est-il autant apprécié par Emmanuel Macron ?

Procès Dupond-Moretti : Pourquoi Emmanuel Macron apprécie-t-il autant son ministre de la Justice ?

enqueteDepuis sa mise en examen en juillet 2021, le garde des Sceaux peut compter sur le soutien indéfectible du chef de l’Etat
Le président de la République, Emmanuel Macron, et le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, à l'Elysée, le 14 juillet 2022.
Le président de la République, Emmanuel Macron, et le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, à l'Elysée, le 14 juillet 2022. - Ludovic MARIN / AFP
Thibaut Chevillard avec Thibaut le Gal

Thibaut Chevillard avec Thibaut le Gal

L'essentiel

  • Éric Dupond-Moretti est jugé pour prise illégale d’intérêts à partir de lundi. Le garde des Sceaux comparaît devant la Cour de justice de la République, seule instance habilitée à juger un ministre en exercice.
  • Il est soupçonné d’avoir usé de ses fonctions de ministre pour régler des comptes avec des magistrats avec lesquels il avait eu des différends quand il était avocat. Ce qu’il dément.
  • Bon élève au sein du gouvernement, il peut compter, depuis sa mise en examen en juillet 2021, sur le soutien indéfectible du chef de l’Etat.

Sa nomination place Vendôme a été une vraie surprise. Et a fait grincer des dents les syndicats de magistrats. En juillet 2020, Emmanuel Macron fait un coup politique en proposant à Éric Dupond-Moretti le poste de ministre de la Justice. Le célèbre pénaliste, fort de trente-cinq années d’expérience, avait pourtant juré en 2018, sur le plateau de LCI, que « jamais » il n’accepterait « un truc pareil » si l’occasion se présentait. Mais le président de la République a trouvé les mots pour le convaincre de mettre sa carrière d’avocat entre parenthèses et d’entrer au gouvernement, et ne l’a pas lâché depuis.

Le garde des Sceaux assure désormais ne pas regretter son ancienne vie et juge ses fonctions « enthousiasmantes ». « J’ai adoré mon métier mais je ne suis pas passéiste, je veux être dans l’action et je me battrai jusqu’au bout pour faire bouger les lignes de l’institution judiciaire et de la justice. Si je ne me sentais pas bien à place, je serais reparti faire l’avocat. Je ne m’imposerai pas de vivre mal ma fonction ministérielle », confiait-il récemment à 20 Minutes.

« Une place importante sur l’échiquier politique »

Au sein du gouvernement, le ministre de la Justice fait office d’élève appliqué à la tâche. « Il a mené des réformes importantes et difficiles que d’autres n’ont pas faites : les états généraux, la réforme de la justice des mineurs… Il s’est battu sur son budget comme personne. Au ministère, il fait un sans-faute », nous confie son « copain » François Patriat, patron des sénateurs Renaissance et proche d’Emmanuel Macron.

Le style de l’ancien ténor, parfois explosif, tranche avec celui de sa prédécesseure place Vendôme, Nicole Belloubet, jugée souvent trop « techno ». « Eric est un bon vivant, avec une grande gueule, qui aime la chasse… Je crois que les Français apprécient son franc-parler. Il a un vrai sens politique, c’est un combattant, courageux, qui n’a pas peur d’affronter le RN. C’est un ministre qui occupe une place importante sur l’échiquier politique », ajoute François Patriat.

Un ministre pas « techno »

« Trois ans et demi après sa nomination, le garde des Sceaux a un vrai bilan », insiste son entourage, rappelant les principales mesures prises depuis sa prise de fonction : loi facilitant le changement de nom, réforme des pensions alimentaires, réouverture de tribunaux, augmentation « historique » du budget de la justice. « Il n’a pas de vision technocratique, c’est ce qui lui a permis de faire bouger les lignes. Quand l’administration peut avoir, parfois, certaines réticences, il peut la secouer un peu. C’est quelqu’un qui a compris rapidement le monde politique et qui s’est adapté pour réussir, qui a fait passer ses textes au Parlement. Il incarne le pari réussi de la société civile », poursuit cette même source.

L’ombre au tableau : ses ennuis judiciaires. Depuis sa mise en examen en juillet 2021, Éric Dupond-Moretti peut compter sur le soutien indéfectible du chef de l’Etat, qui l’a reconduit dans le gouvernement Borne en mai 2022. Selon Bruno Cautrès, politologue associé au Cevipof, le centre de recherches de Sciences Po, Emmanuel Macron aurait difficilement pu « se séparer de lui trop tôt, compte tenu de sa notoriété ». « Ce n’est pas comme se séparer d’un ministre dont l’opinion peine à se rappeler le nom et l’existence. Ça aurait été interprété comme une erreur de casting », analyse-t-il.

Le politologue remarque par ailleurs qu’Emmanuel Macron a par le passé, à plusieurs reprises, « soutenu les ministres ou les gens qui travaillent avec lui s’ils sont mis en cause ». Il explique « que cela fait partie d’un trait de personnalité du président de la République. Il veut montrer qu’il n’enlève pas sa confiance facilement, qu’il est loyal avec son équipe ».

« Plutôt serein » à l’approche de son procès

« Quand on fait venir au gouvernement des personnalités aussi connues et installées dans leur vie professionnelle qu’Éric Dupond-Moretti, qui est une véritable star de la justice française, ce n’est pas pour les lâcher aussi facilement », poursuit Bruno Cautrès. Et d’insister sur le fait que le garde des Sceaux « incarne très bien » le projet du chef de l’Etat pour la justice, à savoir « le rapprochement et la simplification du rapport entre les justiciables et la justice ».

En marge d’un déplacement au centre pénitentiaire de Troyes-Lavau, dans l’Aube, le ministre confiait à 20 Minutes être « plutôt serein » à l’approche de son procès devant la cour de justice de la République, pour prise illégale d’intérêts. « Il y a trois ans et demi que je n’ai pas livré mes explications. Vous comprenez que j’ai hâte de pouvoir m’expliquer », nous assurait-il. Les ennuis judiciaires du ministre ne semblent pour l'instant pas avoir d'impact sur sa notoriété. « Eric Dupond-Moretti garde une popularité correcte, avec 36 % d’opinions favorables en octobre, (+ 4 points en un an), à 5 points de son collègue Gérald Darmanin », assure Frédéric Dabi, directeur Général Opinion de l'Ifop. « Il reste un personnage important de la Macronie, avec une notoriété forte, bien que les Français soient très sévères sur les institutions judiciaires, qu’ils estiment être responsables de l’insécurité », ajoute le sondeur.

« La limite est là »

Éric Dupond-Moretti sait pourtant qu’il joue son avenir politique. Malgré tout le respect que lui porte Emmanuel Macron, il devra démissionner en cas de condamnation. « C’est la règle générale qui s’applique », avait en effet rappelé la Première ministre, Élisabeth Borne, sur BFMTV le 8 octobre.

« Il n’y aura pas de discussion là-dessus, tranche Bruno Cautrès. Je n’imagine pas le chef de l’Etat nous expliquer qu’un ministre condamné est maintenu au gouvernement. Surtout quand il s’agit du garde des Sceaux. Je pense que la limite est là. Il n’est pas irremplaçable. On ne manque pas en France de gens talentueux, spécialistes de la justice, qui partagent les objectifs fixés par Emmanuel Macron. »

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