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PROCESA son procès, Jean-Georges Betto reconnaît des « erreurs » de « manager »

Paris : « Je ne sais pas très bien être patron »… L’avocat Jean-Georges Betto reconnaît des « erreurs » de « manager »

PROCESJugé pour avoir harcelé sexuellement et moralement plusieurs anciens collaborateurs, l’avocat d’affaires Jean-Georges Betto a reconnu vendredi avoir eu un « comportement parfaitement stupide »
L'avocat Jean-Georges Betto est jugé pour harcèlement moral et sexuel sur des collaboratrices au tribunal judiciaire de Paris
L'avocat Jean-Georges Betto est jugé pour harcèlement moral et sexuel sur des collaboratrices au tribunal judiciaire de Paris - Clément Follain / 20 Minutes
Thibaut Chevillard

Thibaut Chevillard

L'essentiel

  • Jean-Georges Betto, qui fut notamment l’avocat de Bernard Tapie et de l’ex-oligarque Sergueï Pougatchev, est jugé pour avoir harcelé sexuellement entre 2012 et 2017, cinq stagiaires ou collaboratrices, en ayant instauré un « climat sexualisé permanent ».
  • Il est reproché à ce spécialiste de l’arbitrage, âgé de 53 ans d’avoir fait des dédicaces à connotation sexuelle de ses livres, posé des questions intrusives sur leur intimité, fait des commentaires sur leurs tenues vestimentaires, des réflexions à connotation sexuelle, des commentaires sur sa propre vie sexuelle.
  • Il est aussi jugé pour harcèlement moral envers quatre de ces mêmes collaboratrices et un autre avocat : il est soupçonné d’avoir exprimé en public des moqueries et des propos humiliants sur leurs compétences professionnelles, d’avoir eu une gestion erratique et créé un « climat de peur ».
  • Ce vendredi, Jean-Georges Betto a reconnu à la barre avoir eu « comportement complètement stupide ». Il a, en revanche, contesté toute connotation sexuelle aux propos ou gestes qui lui sont reprochés.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Coudes posés sur le pupitre, Jean-Georges Betto répond calmement aux questions du tribunal. Le ton de l’avocat d’affaires, âgé de 53 ans, est posé. Ce spécialiste de l’arbitrage, qui est jugé pour harcèlement moral et sexuel sur d'anciennes stagiaires et collaboratrices, tente ce vendredi de faire (un peu) amende honorable.

« Tout ce qui est vrai, je le reconnais », explique celui qui est associé à l’ancien ministre de la Justice, Dominique Perben, au sein de son cabinet. « J’ai pris du recul sur mon comportement de l’époque », assure le quinquagénaire, costume gris bronze, chemise blanche, cravate noire, mocassins marron. Son attitude, concède-t-il, était « complètement stupide » et il regrette d’avoir « blessé des gens que j’aimais ». A l’entendre, l’homme est désormais complètement « déconstruit », et a pris conscience de ses erreurs passées.

Les parties civiles qui ont témoigné ont en effet dressé le portrait d’un patron « colérique », provocateur, qui humiliait ses collaborateurs, qui « soufflait le chaud et le froid ». Selon elles, Jean-Georges Betto avait instauré, au sein du cabinet, « un climat de peur », « très chargé sexuellement », rappelle la présidente de la 31e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris.

« Il y a des fessées qui se perdent »

Le prévenu dit avoir « pris la mesure de la souffrance » des parties civiles en les écoutant. Mais il assure qu’il n’était pas mal intentionné. Cette affaire, selon lui, ne se résume qu'à des « erreurs » de « manager », de maladresses. Surtout, il n’y avait, dans son attitude envers les plaignantes, « rien de sexuel ». Enfin, presque.

Il y a bien ces blagues douteuses qu’il faisait lors de pots qu’il organisait. « Je constate que des gens ne supportaient pas mon comportement lors de ces évènements, souffle-t-il. Ça n’avait aucun sens de faire ces blagues. » Mais il était, à l’époque, dans un « show permanent ».

En tout cas, son attitude envers les femmes qui travaillaient à ses côtés interroge. L’une des plaignantes, qui était alors stagiaire, l’accuse notamment de lui avoir lancé : « Je suis sûr que tu aimes les fessées. » Lui affirme que ce n’est pas vrai. « Mais il m’est arrivé régulièrement de dire "il y a des fessées qui se perdent". »

« Test de la jupe »

Jean-Georges Betto leur faisait subir le « test de la jupe ». « Un grand classique dans les milieux anglo-saxons », se justifie l’avocat. Il s’agissait de vérifier que leurs jupes étaient plus longues que leurs bras le long du corps. « L’intention, c’était de faire en sorte qu’elles aient des tenues très formelles, se défend l’avocat. Nos clients, c’est le CAC40, le ministère de la Justice français… » Il s’agissait de leur donner « les clés des codes bourgeois qui s’appliquent au milieu des affaires ». Mais « le fait d’être un homme et un patron me disqualifiait pour faire ce type de commentaire. C’était une erreur de ma part. »

Ses collaboratrices avaient aussi le droit à de multiples remarques sur leur façon de s’habiller ou de se coiffer. Là encore, il s’agissait, selon lui, simplement de montrer qu’il faisait « attention aux gens ». « Mais c’était intrusif », reconnaît-il. Jean-Georges Betto jure qu’il voulait « désacraliser la relation employé patron, montrer aux gens que je pouvais être proche d’eux ». « C’est l’une de mes erreurs principales. » Au cabinet, ce « patron sympa » tutoyait et faisait la bise à tout le monde. Une « bise à l’anglo saxonne, un hug », précise-t-il. Il lui arrivait aussi de « masser les épaules » de ses collègues, « fille comme garçon ». Un « geste paternaliste », « totalement inapproprié », comme celui de « toucher la joue » d’une stagiaire.

« Je sais que je n’ai plus envie d’être patron »

Et il y a les dédicaces des livres écrits sous pseudonyme, qu’il a offerts à des jeunes femmes. A l’une, il a écrit : « A ma petite crevette ». Une référence, selon lui, à un passage de son précédent ouvrage qu’elle n’avait pas aimé. Le passage en question « n’est pas une scène de sexe », jure le prévenu. La présidente n’est pas convaincue.

« Bien… Allez ! » La magistrate se lève, et saisit un épais dossier. « Je crois que c’est dans celui-là. Encore une fois, vous écrivez ce que vous voulez. Ce qui nous intéresse, c’est la dédicace. » Elle entame la lecture du passage en question qui évoque, donc, une crevette. « Tu la mets sur le dos, tu écartes les pattes, tu plantes la lame. » L’avocat reconnaît du bout des lèvres qu’il s’agit d’une métaphore. Mais sa dédicace n’avait « rien de sexuel ». Il ne s’agissait, là encore, que d’un « trait d’humour qui ne fonctionne pas ».

Jean-Georges Betto concède aussi avoir été « autoritaire », s’être mis en colère « lorsqu’une erreur grave était commise ». Mais l’avocat estime que la plupart de ses « concurrents n’étaient pas aussi humains » que lui. « Qu’est-ce que vous faites là alors ? » ironise la présidente. « Je crois que je ne sais pas très bien être patron », confie-t-il. Avant de lancer aux magistrats : « Si vous me laissez ma chance de garder ma robe, je sais que je n’ai plus envie d’être patron. » L’audience reprendra jeudi prochain.

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