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tribunal« De livreur de pizzas à star » … La cour se penche sur la vie de MHD

Procès de MHD : « Il est passé de livreur de pizzas à star » … La cour d’assises se penche sur la vie du rappeur

tribunalLe rappeur de 28 ans, jugé pour un meurtre, a répondu aux questions de la cour d’assises qui voulait connaître les moindres détails de sa vie, de son enfance à son incarcération
Le rappeur MHD, de son vrai nom Mohamed Sylla, au palais de justice de Paris où il est jugé, durant trois semaines, aux côtés de huit autres co-accusés, pour le meurtre d'un jeune homme de 23 ans en juillet 2018.
Le rappeur MHD, de son vrai nom Mohamed Sylla, au palais de justice de Paris où il est jugé, durant trois semaines, aux côtés de huit autres co-accusés, pour le meurtre d'un jeune homme de 23 ans en juillet 2018. -  Alain JOCARD / AFP
Thibaut Chevillard

Thibaut Chevillard

L'essentiel

  • Le rappeur MHD, de son vrai nom Mohamed Sylla, et huit autres accusés comparaissent à partir de lundi jusqu’au 22 septembre devant la cour d’assises de Paris, pour le meurtre d’un jeune homme de 23 ans lors d’une rixe entre deux bandes rivales de l’est parisien, en juillet 2018.
  • Le procès doit durer trois semaines. L’artiste, qui conteste les accusations, encourt trente ans de réclusion.
  • Une enfance sans problème, un succès fulgurant…. Ce mercredi, Mohamed Sylla, âgé de 28 ans, a répondu aux questions de la cour d’assises qui voulait connaître son parcours de vie.

A la cour d’assises de Paris,

33° dans la capitale. Une chaleur étouffante. Les minuscules fenêtres qui surplombent la salle Voltaire ont été ouvertes. Deux ventilateurs blancs ont été installés à la hâte devant les bancs du public, trois autres derrière les jurés et les magistrats, un autre dans le box des accusés. Quelques personnes dans la salle, qui est pleine à craquer, agitent des éventails. Tee-shirt et jean noirs, baskets Chanel, MHD - qui comparait libre - est assis sur une chaise, face à la cour qui le juge pour le meurtre d’un jeune homme de 23 ans en juillet 2018, aux côtés de huit autres accusés.

En ce début d’après-midi, le rappeur écoute bras croisés l’enquêtrice de personnalité qui a été chargée de « retracer son parcours de vie » et d’en « dégager des éléments de personnalité ». Lors de leur entretien, qui s’est déroulé durant son passage à la prison de la Santé, MHD s’est montré « coopérant » mais a fait preuve d’une « certaine pudeur » quant à sa vie sentimentale.

L’enquêtrice a aussi rencontré plusieurs membres de son entourage : sa mère, sa petite amie, son producteur… Conclusion : son parcours est « lisse, sans événement particulier hormis sa carrière artistique et sa notoriété qui, selon son entourage, ne l’ont pas éloigné de ses valeurs », résume-t-elle.

Un ado « calme, timide, sans problème particulier »

Le rappeur est né à la Roche-sur-Yon, en Vendée, mais a passé une partie de son enfance dans le 19e arrondissement de Paris avec ses parents, ses deux frères et ses deux sœurs. Une famille décrite comme « unie, soudée, joyeuse ». « Il a grandi dans un cadre attentionné, il parle d’une belle enfance », poursuit-elle. Adolescent, Mohamed Sylla était « calme, timide, sans problème particulier », « assez casanier ». C’était un élève « plutôt sérieux avec des résultats corrects ». Il a obtenu un BEP cuisine en 2012 et travaillé durant trois ans « pour diverses enseignes de restauration rapide ». A l’époque, il gagnait entre 900 et 1.900 euros par mois.

Le jeune homme a « toujours eu un intérêt pour la musique ». Mais c’est en 2015 qu’il se fait connaître en postant l’une de ses compositions sur les réseaux sociaux. La vidéo est visionnée plusieurs millions de fois en quelques jours. Tout va ensuite très vite. Il « se lance professionnellement dans la chanson », signe un contrat dans une maison de disques, sort un premier album en 2016 qui est « un succès international ».

En 2018, il « multiplie les projets artistiques », quitte sa cité pour s’installer dans la très chic ville de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), passe son permis de conduire et « s’offre une Mercedes » grâce à ses « revenus très confortables » : en 2022, il a gagné environ un million d’euros. Il a aussi acheté un salon de coiffure, dont le gérant est son frère aîné, et aidé son plus jeune frère à trouver un emploi. En revanche, il n’a pas évoqué les faits reprochés avec l’enquêtrice, laissant seulement entendre qu’il les niait.

« En six mois, sa vie a complètement changé »

C’est ensuite au tour de son producteur de s’avancer à la barre. Polo beige, pantalon noir, crâne dégarni, lunettes métalliques, fine barbe, Adel Kaddar a découvert sa pépite en 2015 alors qu’il travaillait chez Warner Chappell Music France. Il a immédiatement trouvé « super » les productions de MHD. « Il avait mélangé de la musique africaine avec de la musique urbaine, ce qui ne se faisait pas beaucoup », explique-t-il. Le rappeur a inventé un style : l’Afrotrap. « C’était quelque chose de très nouveau, de très original, qui ne ressemblait à rien d’autre », décrit le témoin.

Son succès a été fulgurant. « En six mois, sa vie a complètement changé, il est passé de livreur de pizzas à star internationale. » Mohamed Sylla enchaîne les tournées, les concerts, les collaborations avec des marques. « En 2018, on a fait plus de 200 dates, on a dû passer seulement 30 ou 40 jours à Paris. » MHD a même demandé à quatre potes du quartier de l’accompagner.

Adel Kaddar avait bien l’intention de « développer » la carrière de son protégé. Elle a connu un coup d’arrêt avec son interpellation. « On allait partir faire une tournée à l’international le jour où il a été arrêté », souffle-t-il. Le concert prévu à Amsterdam, aux Pays-Bas, dans une salle de 6.000 personnes, a été annulé au dernier moment. Clip, film, nouvel album… « A ce moment-là, on a tout mis en stand-by », insiste celui qui se dit son « ami proche ». Depuis, le rappeur a sorti « un album, Mansa, il y a un an et demi, et trois nouveaux titres le mois dernier ». « Il a besoin de travailler, il ne peut pas rester à ne rien faire. » En revanche, il ne peut pas partir en tournée à l’étranger alors qu’il croule sous les propositions, regrette son producteur.

« Un problème avec sa voiture »

Selon Adel Kaddar, le rappeur était en Allemagne lorsqu’il a appris la mort de Loïc Kamtchouang et la découverte de sa Mercedes calcinée dans un parking du 19e arrondissement. « Il m’a dit qu’il y avait eu un problème avec sa voiture, je lui ai dit de vous appeler immédiatement ». Lorsqu’il était en voyage, se rappelle-t-il, MHD « prêtait beaucoup sa voiture, c’était un sujet de discorde entre nous ».

L’une des deux avocates de la partie civile, Me Mathilde Robert, observe pour sa part, qu’il avait annoncé sur Snapchat vouloir mettre un terme à sa carrière, trois jours avant la sortie de son deuxième album, en septembre 2018. C’est-à-dire quelques semaines après les faits. Faut-il y voir un lien ? Son producteur, Adel Kaddar, assure que le jeune homme faisait, à l’époque, un simple « burn-out », comme bon nombre d’artistes surmenés.

Peu après 18 heures, Mohamed Sylla est appelé à la barre. La présidente l’interroge sur le nom donné à sa bande de copains, le « Moula gang ». « C’est parti d’un délire très bête, c’était juste un nom donné à moi et autres pour se distinguer des gens de la cité », répond le jeune homme, précisant que c’est une « référence à l’un de ses premiers morceaux ». Il s’est rapproché de ces amis du quartier, qui est « un petit village », « l’année de mon succès ». « Quand je demandais des participants pour mes clips, ils répondaient présents, sans rémunération. » MHD l’assure : sa célébrité naissante n’a rien changé avec « aucun » d’eux.

« Un parcours que vous avez lissé »

La magistrate l’interroge ensuite sur son style vestimentaire, sa passion des voitures. Elle lui demande enfin comment il voit son futur. « C’est dur de se projeter, je pense plus à ce qui se passe maintenant qu’à ce que je pourrais faire plus tard dans la musique. »

Après sa libération, en 2020, il a attendu un an « avant de sortir un morceau, le temps de retrouver [s] es repères ». La détention, reconnaît-il, a été « un choc ». « J’ai passé cinq ou six mois sans voir personne, je me suis senti très seul, très isolé », confie Mohamed Sylla. Depuis, il s’est séparé de son ancienne conjointe et rencontré une autre femme. « J’ai eu un enfant il y a trois mois avec cette nana », raconte l’artiste.

L’avocat général, lui rappelle qu’il a « existé une tentative de meurtre sur votre frère en 2016, ce n’est pas complètement inintéressant dans le contexte qui nous intéresse aujourd’hui ». Aurait-il voulu se venger en juillet 2018 ? Le magistrat s’étonne en tout cas que le rappeur ne parle pas davantage de cet événement. « L’enquêtrice de personnalité décrit votre parcours comme lisse. J’ai plutôt l’impression que vous présentez un parcours que vous avez lissé. »

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