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procesUne vengeance familiale vieille de 30 ans aux assises de l'Herault

Montpellier : « L’affaire est réglée ».... Une vengeance familiale vieille de 30 ans aux assises

procesAhmed Bakiri, 51 ans, comparaît à partir de lundi devant la cour d’assises de l’Hérault pour le meurtre d’un homme qui avait tué l’un de ses frères à la fin des années 1980
Un homme a été tué par balle et un autre blessé sur le parking de la clinique Saint-Jean, située en plein coeur de Montpellier
Un homme a été tué par balle et un autre blessé sur le parking de la clinique Saint-Jean, située en plein coeur de Montpellier - Jérôme Diesnis / 20 Minutes
Thibaut Chevillard

Thibaut Chevillard

L'essentiel

  • Le 10 mars 2016, sur le parking de la clinique Saint-Jean, à Montpellier, Ahmed Bakiri ouvre le feu sur Mohamed Benameur et son frère Lahcène. Le premier meurt, le second est grièvement blessé. Il est interpellé quelques minutes plus tard par les gendarmes.
  • Les enquêteurs découvrent rapidement que les faits s’inscrivent dans un contexte conflictuel ancien entre deux familles de Lodève. L’homme tué avait été condamné à huit ans de prison, en 1991, pour avoir porté des coups mortels sur un frère du suspect, Kader, lors d’une bagarre. Ce dernier lui avait auparavant tiré dessus, en 1985.
  • Aujourd’hui âgé de 51 ans, Ahmed Bakiri, ancien gérant de discothèque, est jugé à partir de lundi, durant quatre jours, devant la cour d’assises de l’Hérault pour meurtre et tentative de meurtre. Il encourt trente ans de prison.

La vengeance est un plat qui se mange parfois très froid. Durant presque trente ans, Ahmed Bakiri a éprouvé de la haine envers celui qui avait ôté la vie à son frère Kader, à la fin des années 1980. Puis un jeudi de mars 2016, sur le parking extérieur de la clinique Saint-Jean, à Montpellier, il croise la route de Mohamed Benameur et de son frère Lahcène, sans doute par hasard. Son sang ne fait qu’un tour. Il s'avance vers eux et tire sur les deux hommes à cinq reprises : un mort, un blessé grave. Sept ans après les faits, cet ancien gérant de boîte de nuit, âgé de 51 ans, est jugé à partir de lundi, durant quatre jours, devant la cour d’assises de l’Hérault, pour meurtre et tentative de meurtre. Il encourt trente ans de prison.

Après avoir ouvert le feu sur les frères Benameur, Ahmed Bakir est monté calmement dans sa Clio blanche et a pris la fuite. Il est interpellé par des gendarmes réservistes qui rentraient de mission, quelques minutes plus tard, à Fabrègues. Il a en sa possession un vieux revolver de marque Manurhin, volé dans les années 1990 à Froidefontaine, près de Belfort. Tandis qu’ils le placent en garde à vue, les enquêteurs auditionnent les proches des victimes. Ils comprennent alors que les faits s’inscrivent dans un contexte conflictuel déjà ancien entre deux familles de Lodève. L’homme tué, Mohamed Benameur, avait été condamné à huit ans de prison en 1991, pour avoir porté des coups mortels sur un frère du suspect, Kader, lors d’une bagarre. Ce dernier lui avait auparavant tiré dessus en 1985.

« L’affaire est réglée »

Les choses semblaient pourtant s’être calmées depuis entre les Benameur et les Bakir. En sortant de prison, Mohamed prend soin de quitter la région pour éviter les problèmes. Il est revenu récemment dans le coin pour rendre visite à son père malade, hospitalisé à la clinique Saint-Jean. Il l’ignore, mais l’un des frères d’Ahmed séjourne dans le même établissement depuis plus d’un mois. Mohamed se trouve sur le parking lorsqu’un homme vient dans sa direction, ouvre son blouson et sort une arme de poing. Les témoins de la scène décrivent un tireur « très froid et très déterminé ». Lahcène, lui, est grièvement blessé et perd connaissance. Mohamed tente de se cacher entre deux voitures. Ahmed le poursuit, le blesse et l’achève à bout portant.



« Ça va, vous pouvez rentrer, l’affaire est réglée », lance-t-il ensuite aux patients et aux personnels qui se trouvent sur le perron de la clinique. Puis, il monte calmement dans sa voiture et s’en va. Plus tard, Ahmed appelle ses proches et leur confie avoir fait « une connerie ». Devant les enquêteurs, il explique avoir perdu la raison en apercevant Mohamed. Il a voulu en découdre avec lui, et se serait senti menacé en le voyant mettre la main dans sa sacoche. Le suspect ne conteste pas être l’auteur des tirs, mais soutient ne plus se souvenir de la suite. Ahmed Bakiri assure aussi regretter d’avoir blessé Lahcène. En revanche, la mort de Mohamed, qui a tué son frère, ne lui fait ni chaud ni froid. Il a trop souffert, le décès récent de sa belle-sœur a ravivé sa douleur. Et selon lui, la justice a été trop clémente avec Mohamed.

Un crime pas prémédité

Les Benameur sont persuadés que des membres de la famille Bakri les ont aperçus les jours précédents la fusillade à la clinique. Mais Ahmed jure ne pas avoir prémédité son crime. Il n’était pas prévu, selon lui, de se rendre à la clinique le jour des faits. Quant au revolver, il l’a acheté environ 300 euros à un Roumain rencontré à Sète. Il le porte en permanence car, travaillant dans le monde de la nuit, il ne se sent jamais en sécurité. Il se serait même déjà fait tirer dessus devant le White Klub, une discothèque qu’il a reprise en 2013.

Les experts psychologues et psychiatres qui l’ont examiné ont relevé qu’au moment des faits, il se trouvait « dans un état de choc et de sidération » avec une « altération de toute maîtrise de ses faits et gestes pouvant relever d’un état psychotique aigu transitoire ». Dans son ordonnance de mise en accusation, consultée par 20 Minutes, le juge d’instruction note que cet état « paraît peu compatible avec la préméditation ». Contactés, ni l’avocat de la famille Benameur, ni celui d’Ahmed Bakiri n’ont donné suite à nos sollicitations.

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