« Une minute plus tard, je serai morte »… Au procès de « Mr WaynZ », une ex-compagne raconte la tentative d’homicide

compte rendu A la barre de la cour d’assises de Paris, ce mardi, l’une des anciennes compagnes de Yannick N., est revenue en détail sur cette matinée du 20 janvier 2019, où le streameur a tenté de la tuer

Manon Aublanc
— 
Pro gamer playing shooter video game at gaming home studio using RGB mouse keyboard on powerful computer. Virtual online streaming setup with neon lights cyber performing during game tournament
Pro gamer playing shooter video game at gaming home studio using RGB mouse keyboard on powerful computer. Virtual online streaming setup with neon lights cyber performing during game tournament — DR
  • Accusé de tentative d’homicide, viols et violences sur quatre de ses ex-compagnes, Yannick N., un streameur de jeu vidéo connu sous le nom de « Mr WaynZ » est jugé du 31 janvier au 10 février, par la cour d’assises de Paris.
  • Coups de pied et de poing, menaces de mort, séquestration, étranglement… Les quatre plaignantes décrivent toutes des scènes d’une grande violence.
  • Ce mardi, au sixième jour du procès, c’est Cécilia, l’une de ses anciennes petites amies qui l’accuse de tentative d’homicide, qui s’est avancée à la barre.

Elle aurait voulu arriver à la barre et dire « qu’elle était forte », « qu’elle s’en était sortie ». « Ce n’est pas le cas », a péniblement reconnu Cécilia*, ce mardi, devant la cour d’assises de Paris. Trois ans après cette matinée du 20 janvier 2019, où son ancien petit ami Yannick N. a tenté de la tuer, la jeune femme de 28 ans est « brisée ». « Je m’en veux, j’ai de la chance d’être en vie mais je n’arrive à rien », a-t-elle expliqué, au sixième jour du procès du streameur, plus connu sous le nom de « Mr WaynZ ». L’homme, aujourd’hui âgé de 34 ans, est jugé depuis une semaine pour tentative de meurtre, viols et séquestrations sur quatre anciennes compagnes.

Pendant plus de deux heures, Cécilia, habillée tout en noir, est revenue en détail - les mains jointes devant elle et les épaules rentrées - sur cette matinée où, sans l’intervention de deux policiers, elle ne serait probablement plus de ce monde. Originaire de Tours, la jeune femme de 25 ans à l’époque est venue passer quelques jours au domicile de Yannick N., dans le 19e arrondissement de Paris. C’est seulement la troisième fois qu’elle se rend chez lui. C’est quelques mois plus tôt, en octobre 2018, que se rencontre le jeune couple, qui partage la même passion pour les jeux vidéo, sur la plateforme Twitch, un service de streaming vidéo en ligne.

« Je faisais tout pour économiser mon souffle »

A son réveil, ce jour-là, Cécilia ne trouve pas son téléphone portable. Elle comprend rapidement que son petit ami l’a caché. Une dispute éclate entre les deux. Mais Yannick N. se montre rapidement très agressif et la jeune femme prend peur. Elle tente de composer le 17 pour appeler au secours, mais il lui arrache le téléphone des mains, ferme la porte de l’appartement et met les clefs dans sa poche. « Il me dit que je ne partirai pas », explique-t-elle à la barre. Elle essaie de prendre le téléphone fixe, mais le streameur arrache la box Internet pour l’en empêcher. « A ce moment-là, je me rends compte que c’est encore plus grave que ce que je pensais », avoue-t-elle.

Pour alerter les voisins, Cécilia se met à crier, mais son compagnon l’enserre par-derrière, lui met la main sur la bouche et la fait basculer en arrière. Il finit par la lâcher, récupère un couteau dans la cuisine et la menace de se suicider, avant de lui demander de le tuer. « De toute façon, tu ne sortiras pas tant qu’il n’y en a pas un de nous deux qui meurt », lui assène Yannick N. Terrorisée, Cécilia attrape une statuette et la lance sur son compagnon, avant de lui donner un coup de pied. L’homme la saisit, la jette sur le lit et l’agresse sexuellement.

A partir de ce moment-là, « les violences vont aller crescendo », explique-t-elle devant la cour, prenant toujours soin d’appeler son ancien compagnon par son nom de famille. Yannick N. commence à l’étrangler avec ses deux mains, puis à l’étouffer avec un coussin. « J’ai l’impression d’être dans une cage. Tout devient étroit. Je lui dis qu’il va me tuer », poursuit-elle, avant de marquer une pause. Pendant de longues secondes, la salle d’audience est plongée dans le silence. Seuls les sanglots de Cécilia se font entendre. Mais elle reprend son récit. « Je faisais tout pour économiser mon souffle. Je ne pouvais pas pleurer sinon j’allais gâcher mon air. Je calculais le temps que j’avais avant de m’évanouir », décrit la jeune femme. L’homme attrape un sac plastique, lui dit « que ça ira plus vite », puis va chercher une corde. « Comme ça, tu ne bougeras plus », lui glisse-t-il.

« Je me sens partir à plusieurs reprises »

Cécilia parvient à se réfugier sur le balcon. « J’ai crié à l’aide, mais je n’avais aucun espoir, c’était comme envoyer une bouteille à la mer ». Elle ne le sait pas encore, mais deux policiers du 2e district de la police judiciaire (DPJ) de Paris qui passent par là entendent ses appels à l’aide. D’un coup, Yannick change de comportement et lui dit qu’il va la laisser partir. « Je ne sais pas pourquoi je l’ai cru, j’ai été débile », raconte la jeune femme en pleurs. Elle rentre dans l’appartement et referme la fenêtre. « Il me sourit et me dit : Tu ne sortiras jamais ».

L’homme la jette sur le canapé, lui remet la tête dans l’oreiller et tente de l’étouffer à nouveau. « Je suis dans le noir, je ne peux plus rien faire, je ne peux plus bouger, je ne peux plus respirer », lâche Cécilia, envahie par les sanglots. « Je me sens partir à plusieurs reprises ». « Totalement déconnectée », elle ne se rend pas tout de suite compte que deux policiers viennent de pénétrer dans l’appartement, mettant fin à son supplice. « Je vois la porte s’ouvrir, mais j’ai l’impression qu’il est toujours en train de m’étouffer. La seconde d’après, je me retrouve sur le balcon. Le moment est flou », explique-t-elle.

En réalité, les policiers sont arrivés quelques minutes plus tôt. Après avoir tambouriné et mis des coups de pied dans la porte, ils font sauter le verrou. C’est à ce moment-là que Yannick N. se décide à leur ouvrir. Cécilia, elle, s’est réfugiée sur le balcon. Elle est retrouvée terrorisée, le visage congestionné et des traces de strangulation visibles au niveau du cou. « Si les policiers étaient arrivés une minute plus tard, je serai morte », glisse-t-elle en suffoquant.

« Enormément de séquelles »

Si son calvaire physique s’est arrêté ce 20 janvier 2019, son calvaire psychologique, lui, n’a jamais cessé. Le mois suivant les faits, la jeune femme, rentrée à Tours, reste cloîtrée chez elle et enchaîne les nuits de cauchemars. « J’ai eu énormément de séquelles », avoue-t-elle. Car même à plusieurs centaines de kilomètres de Paris, Cécilia est terrifiée à l’idée de faire le trajet seule jusqu’au Burger King où elle travaille : « Le trajet dure quarante minutes à vélo. Je me disais que c’était le moment parfait pour lui de m’attraper. Il savait où était le restaurant », explique-t-elle en pleurs. Traumatisée, Cécilia prévoit de retourner vivre à l’île Maurice, où elle habitait avec ses parents avant d’arriver en métropole en 2018 : « Ça aurait dû être les quatre plus belles années de ma vie, ça a été les pires », conclut-elle, en essuyant ses larmes.

Des mots face auxquels le streameur de 34 ans n’a montré aucune réaction. Pendant tout le témoignage de son ancienne compagne, ce mardi matin, Yannick N. est resté prostré, tête baissée, le regard dans le vide. Quelques heures plus tard, lors de son interrogatoire, le streameur a tenté de justifier ses excès de colère : « Elle était distante, j’ai eu peur qu’elle me quitte ou qu’elle me trompe. Je l’ai provoquée pour qu’elle me parle », explique-t-il devant la cour. S’il reconnaît lui avoir mis la main sur la bouche, c’était « uniquement pour qu’elle arrête de crier ». « Je n’ai jamais pensé à la tuer », assure-t-il. D’ailleurs, c’est « son regard terrifié » qu’il l’a fait lâcher, jure-t-il. « Mais pourquoi vous ne l’avez pas laissé partir ? Pourquoi vous avez fermé la porte à clef ? », lui demande alors la présidente. « Je voulais absolument connaître la vérité », répond Yannick N. Les prochains jours seront consacrés à la suite de son interrogatoire, aux plaidoiries et aux réquisitions. Le délibéré, lui, est attendu le 10 février.

*Les prénoms ont été modifiés.