Covid-19 à Nice : Prison avec sursis requise contre des médecins et pharmaciens pour des tests faussement négatifs

AUDIENCE Selon le parquet, « la loi, la déontologie, le principe de précaution » ont été bafoués par trois responsables de laboratoires d’analyses qui ont délivré près de 500 résultats frauduleux sur la Côte d’Azur en 2020

F.B. avec AFP
Des laboratoires du réseau Eurofins Labazur iLab à Montauroux, dans le Var, Peymeinade et Nice, dans les Alpes-Maritimes, sont concernés (Illustration)
Des laboratoires du réseau Eurofins Labazur iLab à Montauroux, dans le Var, Peymeinade et Nice, dans les Alpes-Maritimes, sont concernés (Illustration) — Rick Bowmer/AP/SIPA
  • Des peines de prison de 5 à 12 mois avec sursis et une interdiction d’exercer de 3 à 5 ans ont été requises vendredi à Nice contre des professionnels de santé qui avaient délivré près de 500 tests Covid faussement négatifs.
  • Le tribunal correctionnel de Nice jugeait pour « faux et usage de faux, escroquerie et mise en danger d’autrui » un pharmacien, un biologiste et un médecin.
  • Les avocats de la défense ont plaidé la relaxe et la décision a été mise en délibéré au 20 février.

« La loi, la déontologie, le principe de précaution, tout dictait un comportement différent », a pointé le représentant du parquet ce vendredi à Nice, requérant des peines de prison de 5 à 12 mois contre trois professionnels de santé qui « ont délibérément falsifié des résultats ». Une interdiction d’exercer de 3 à 5 ans a aussi été demandée contre ces responsables de laboratoires à Montauroux (Var), Peymeinade et Nice (Alpes-Maritimes), poursuivis pour avoir délivré des tests faussement négatifs du Covid-19.

Un pharmacien, un biologiste et un médecin, âgés de 45 à 75 ans, étaient ainsi jugés pour « faux et usage de faux, escroquerie et mise en danger d’autrui ». L’enquête avait débuté après une dénonciation aux douanes. Au total, 497 dépistages officiellement négatifs mais réalisés sans analyse ont été validés et transmis à des patients de trois officines du réseau Eurofins Labazur iLab entre septembre et octobre 2020.

Déclarés négatifs huit jours après les prélèvements

Au principal prévenu, Romain Z., « pharmacien biologiste, Bac +10 », il est reproché d’avoir « falsifié » 413 tests, alors que le sous-traitant chargé d’effectuer les analyses n’avait pas eu le temps et les moyens de les réaliser. C’est, selon leur défense, sous la pression de patients inquiets de ne pas voir arriver leurs résultats que les trois hommes avaient décidé de les déclarer négatifs huit à dix jours après les prélèvements.

« Après 48 heures, les prélèvements n’étaient plus exploitables, De plus, selon la doctrine à l’époque, les patients n’étaient plus contagieux après sept jours », a déclaré Romain Z., contestant la mise en danger des clients. Toujours sous contrôle judiciaire et au chômage depuis deux ans, il a fait appel de sa radiation décidée par l’Ordre des pharmaciens.

« Des décisions contraintes »

Il est également reproché aux trois hommes d’avoir tout de même demandé à la Caisse primaire d’assurance maladie le remboursement des tests, pour un préjudice évalué à 25.500 euros. « J’aurais dû les mettre en gratuit », a-t-il reconnu.

Guillaume Collet, un médecin de 45 ans également, qui dirigeait une antenne à l’ouest de Nice et qui a saisi 43 résultats faussement négatifs, a évoqué « une déferlante de violence qui s’est abattue sur [son] laboratoire », allant jusqu’à des menaces de mort. « J’ai donc dû prendre des décisions contraintes », a-t-il ajouté, assurant n’être « pas un fraudeur ».

Le troisième prévenu, Gérard Z., père de Romain, c’est aussi « parce que la concurrence allait plus vite » que des résultats ont été falsifiés. Les avocats de la défense ont plaidé la relaxe et la décision a été mise en délibéré au 20 février.