Covid-19 à Nice : Trois responsables de laboratoires devant la justice pour de faux tests négatifs

PROCES Trois responsables, à l’époque des faits, de laboratoires d’analyses médicales de la Côte d’Azur vont être jugés ce vendredi à Nice pour avoir transmis des centaines de résultats de dépistage frauduleux

Fabien Binacchi
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Un test Covid-19 (Illustration)
Un test Covid-19 (Illustration) — JP PARIENTE/SIPA
  • Trois responsables, à l’époque des faits, de trois laboratoires d’analyses médicales de la Côte d’Azur vont être jugés ce vendredi à Nice pour avoir transmis des centaines de résultats de dépistage frauduleux.
  • Au moins 497 tests, réalisés entre le 1er septembre et le 8 octobre 2020, sont concernés par cette fraude.
  • Les principaux intéressés se défendent de tout « intérêt financier », pourtant poursuivis pour un préjudice de 25.000 euros au détriment de la Caisse primaire d’assurance maladie en facturant des analyses qui n’ont jamais été vraiment réalisées.

Peut-être positifs au virus tout en se pensant négatifs, certains de leurs patients ont potentiellement fait monter l’épidémie de Covid-19. Les responsables, à l’époque des faits, de trois laboratoires d’analyses médicales de la Côte d’Azur vont être jugés ce vendredi à Nice pour avoir transmis des centaines de résultats de dépistage frauduleux. Initialement programmé en avril dernier, le procès avait été renvoyé à leur demande.

« Les prélèvements en question étaient bien réalisés mais ils ne faisaient l’objet d’aucune analyse », expliquait le parquet de Nice à 20 Minutes, qui révélait l’affaire au printemps. Des résultats négatifs étaient ensuite validés automatiquement et sans aucun fondement.



La fraude concernerait au moins 497 tests, réalisés entre le 1er septembre et le 8 octobre 2020, qui ont ainsi fait l’objet de cette « saisie manuelle ». Les trois prévenus, âgés de 45 ans pour deux d’entre eux et de 75 ans pour le dernier, à la tête d’officines du réseau Eurofins Labazur iLab à Nice, Peymeinade (Alpes-Maritimes) et Montauroux (Var), sont poursuivis pour escroquerie, faux, usage de faux mais aussi mise en danger d’autrui.

Des analyses facturées sans être réalisées

Impossible aujourd’hui de savoir combien de patients étaient en réalité positifs et ont peut-être transmis le virus. Les personnes concernées par ces tests frauduleux avaient « été à l’époque individuellement contactées selon un protocole établi en concertation avec l’Agence régionale de santé », avait simplement précisé la direction d’Eurofins. Sollicitée par 20 Minutes jeudi, la société, qui s’est constituée partie civile, n’a pas souhaité faire de nouvelles déclarations. Il y a huit mois, dans un communiqué, elle avait « condamné fermement des agissements individuels délictueux ».

Délictueux, mais sans aucun « intérêt financier » se défendent les principaux intéressés, pourtant poursuivis pour un préjudice de 25.000 euros au détriment de la Caisse primaire d’assurance maladie en facturant des analyses qui n’ont jamais été vraiment réalisées. « Il n’y a aucun aspect pécuniaire dans cette affaire, appuie Me Romain Guerinot, l’avocat du laborantin qui officiait dans l’ouest de Nice. Il est juste question de médecins qui n’ont pas pu travailler dans de bonnes conditions et qui le regrettent. »

Trop de demandes et pas assez de moyens

Face aux enquêteurs, les trois mis en cause avaient « expliqué qu’ils n’avaient pas pu, alors, traiter l’intégralité d’un important flot de dépistages », expliquait en avril le parquet de Nice. « A l’époque, les laboratoires se trouvaient dans le contexte d’une crise sanitaire sans précédent. C’était la deuxième vague. C’était incroyable et violent, avec une pression très importante pour ces professionnels », poursuit l’avocat.

Selon lui, le volume de tests était bien supérieur à la capacité d’analyse. En clair, il y avait beaucoup trop de demandes et pas assez de moyens. Si l’Agence régionale de santé (ARS) Paca évoquait bien, dans un communiqué publié le 22 septembre 2020, « une embolisation des laboratoires de biologie médicale », elle précisait toutefois que « les capacités analytiques des laboratoires » n’étaient alors « pas à saturation ».