Charente-Maritime : Une femme jugée pour avoir tenté de tuer son mari en le poignardant

PROCES Nicole G., 70 ans, comparaît jeudi et vendredi devant la cour d’assises de la Charente-Maritime pour avoir, en mars 2018, poignardé son mari avant de se tailler les veines

Thibaut Chevillard
Nicole G., 70 ans, est jugée jeudi et vendredi, devant la cour d'assises, à Saintes (Charente-Maritime) pour tentative de meurtre par conjoint.
Nicole G., 70 ans, est jugée jeudi et vendredi, devant la cour d'assises, à Saintes (Charente-Maritime) pour tentative de meurtre par conjoint. — GEORGES GOBET
  • Nicole G., 70 ans, est jugée jeudi et vendredi aux assises à Saintes (Charente-Maritime) pour tentative de meurtre par conjoint. Elle encourt une peine de réclusion pouvant aller jusqu’à la perpétuité.
  • Elle est accusée d’avoir poignardé son mari, une nuit de mars 2018. Ce dernier venait de lui annoncer qu’il la quittait après cinquante ans de vie commune.
  • L’accusée assure ne pas avoir prémédité son geste. Après une ultime relation sexuelle avec la victime, elle aurait voulu se suicider et décidé au dernier moment de tuer son mari.

Quarante-sept ans de mariage. Nicole et Bernard ont passé une bonne partie de leur existence ensemble, à Saint-Fort-sur-Gironde. Une vie remplie de moments heureux et ponctuée de tragédies. Depuis plusieurs années, le couple battait de l’aile. Une nuit, en mars 2018, Nicole a tenté de tuer son mari en le poignardant. Puis elle a essayé de se taillader les veines avec une lame de rasoir. Tous deux ont survécu. Quatre ans après les faits, Nicole, 70 ans, et Bernard, 73 ans, se retrouveront, jeudi et vendredi, à la cour d’assises de la Charente-Maritime, où la septuagénaire sera jugée pour tentative de meurtre par conjoint. Elle encourt la prison à perpétuité.

Le jour du drame, l’ex-agent d’entretien, désormais à la retraite, a décidé de dire à sa femme qu’il la quittait. Depuis plusieurs mois, il vit une idylle avec une amie de sa femme, rencontrée au comité des fêtes de cette commune de 900 habitants, située à une trentaine de kilomètres au sud de Royan, le long de l’estuaire de la Gironde. Il faut dire que le couple formé avec Nicole depuis près d’un demi-siècle s’est peu à peu délité au fil des drames l’ayant frappé. Il y a d’abord eu la mort de leur fils dans un accident de la route, en 2010. Puis, six ans plus tard, leur fille est victime d’un grave accident vasculaire cérébral qui l’a laissée lourdement handicapée. L’année suivante, le père de famille trouve du réconfort dans les bras de cette voisine, veuve depuis quelque temps.

Un dernier rapport sexuel

En 2018, Bernard s’est donc décidé à s’installer avec elle et à tourner le dos à son histoire avec Nicole. Une décision que cette dernière a bien du mal à accepter. Elle confie à plusieurs reprises son intention de se suicider et menace même de tuer son époux s’il la quitte vraiment. Bernard ne prend pas au sérieux ses menaces. Après avoir passé une semaine en Dordogne avec sa nouvelle compagne, il lui annonce que sa décision est prise : il partira du domicile conjugal dès le lendemain. Choquée, Nicole prend un antidépresseur.

Après le dîner, le couple, qui fait chambre à part depuis trois semaines, se retrouve pourtant pour partager un dernier rapport sexuel. Nicole descend ensuite à la cuisine, prend un couteau et remonte à l’étage. Leurs versions divergent alors légèrement. Elle dit l’avoir poignardée pendant qu’il dormait dans son lit, lui affirme avoir reçu des coups de couteau sur le palier de la chambre, alors qu’il allait aux toilettes.

« Je voulais mourir à côté de lui »

Par chance, la lame, qui s’est enfoncée de 4,7 cm dans le pectoral gauche, n’a pas touché le cœur. Bernard a également reçu un coup au thorax. Malgré ses blessures, il parvient à désarmer son épouse et se réfugie chez leur fille, qui habite la maison voisine. Lorsque les gendarmes arrivent, vers 0h30, Nicole s’est enfermée dans sa chambre. Elle essaie de se taillader les veines avec une lame de rasoir, mais n’y parvient pas.

Après un passage à l’hôpital, elle est finalement entendue par les gendarmes le 21 mars. « Je voulais me foutre en l’air, mais je me suis dit qu’il allait partir avec moi. Je voulais mourir à côté de lui », leur explique-t-elle. Nicole sera placée en détention provisoire durant un an avant d’être remise en liberté sous contrôle judiciaire. Les experts psychiatres qui l’ont examiné ont décelé des failles narcissiques et un profond sentiment d’abandon pouvant expliquer son passage à l’acte. En revanche, ils n’ont diagnostiqué aucune altération du discernement au moment des faits.

« La victime se sent responsable et l’auteure pas du tout »

« Elle espère que les jurés comprendront pourquoi elle a dérapé ce jour-là. Elle n’avait aucune intention de tuer son mari. Elle était dans un état de dépression nerveuse très important, accentué par la prise de médicaments sans prescription médicale depuis un certain temps », nous explique l’avocate de Nicole, Me Francesca Satta. Et de souligner que sa cliente n’avait pas « du tout » prémédité son geste. Nicole garde même l’espoir que Bernard lui pardonne et qu’elle puisse « passer [s] es vieux jours avec lui ». « Il vit avec une autre femme depuis plusieurs années, c’est vrai, mais nous sommes toujours mariés, il a d’ailleurs renoncé à sa demande de divorce. Comme s’il faisait machine arrière », déclarait-elle récemment au Parisien.

L’avocate de Bernard, Me Bénédicte Bertrand, reconnaît que la situation est « un peu atypique ». « La victime se sent responsable et l’auteure pas du tout responsable de quelque chose qui, pour elle, n’est pas du tout grave. Elle pense que tout peut recommencer comme avant », nous explique-t-elle. Son client tient malgré tout à ce que « la justice soit rendue ». « Sa qualité de victime, il y tient. C’est d’ailleurs la seule chose à laquelle il tient. Le temps est un peu passé, sa famille se reforme… Mais il a été victime de son épouse qui l’a frappé à coups de couteau. »