Strasbourg : Six mois après son installation, le campement de migrants en plein centre va être évacué

Décision Le tribunal administratif de Strasbourg a tranché : le campement « aux conditions insalubres et indécentes » installé place de l’Étoile doit être évacué

T.G. avec AFP
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Le campement de migrants début décembre.
Le campement de migrants début décembre. — S. BOZON
  • Le campement de migrants installé depuis le printemps dernier place de l’Étoile à Strasbourg va être évacué. Le tribunal administratif l’a ordonné.
  • « Compte tenu du fait que la carence de la maire de Strasbourg porte une atteinte grave à la dignité humaine, le juge des référés lui enjoint de faire évacuer le campement dans le délai de trois jours », a tancé le tribunal administratif.
  • La ville de Strasbourg a annoncé qu’elle ne ferait pas appel de « la décision de justice qui lui ordonne de faire évacuer le campement et de saisir les services de l’État pour obtenir son concours ». « Ce jugement ne statue pas sur la mise à l’abri des hommes, femmes et enfants présents sur le site du parc de l’Étoile, question pourtant essentielle à la dignité humaine », a-t-elle ajouté.

Des mois que la situation durait. Depuis le printemps dernier, un campement de migrants avait pris place sur la place de l’Étoile, presque en plein centre-ville de Strasbourg. Avec, derrière cette installation, un vrai bras de fer entre la maire écologiste de la capitale alsacienne et la préfète du Bas-Rhin.

La justice a finalement donné raison à la deuxième. Le tribunal administratif a ordonné vendredi à la ville d’évacuer le campement « aux conditions insalubres et indécentes », à la demande de la représentante de l’État. « Compte tenu du fait que la carence de la maire de Strasbourg porte une atteinte grave à la dignité humaine, le juge des référés lui enjoint de faire évacuer le campement dans le délai de trois jours », a tancé le tribunal administratif local dans un communiqué.



« Eu égard aux conditions insalubres et indécentes dans lesquelles vivent les personnes qui se trouvent dans le campement, au nombre desquelles figurent des enfants, le juge a estimé que la légalité de la décision de la maire de Strasbourg était sérieusement contestable », a poursuivi le tribunal, saisi en référé par la préfecture du Bas-Rhin.

Situé sur le parc de l’Étoile, sous les fenêtres de la mairie, le campement a été le sujet de plusieurs passes d’armes ces derniers mois entre l’écologiste, Jeanne Barseghian et la préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier. Cette dernière faisait valoir que c’était à la mairie, propriétaire du terrain, de demander l’évacuation du camp irrégulier à la justice. Ce que Jeanne Barseghian s’était toujours refusée à faire, reprochant à l’État de ne pas assumer ses responsabilités en matière d’accueil.

Jusqu’à 200 personnes par jour

Certains jours, jusqu’à 200 personnes en provenance pour beaucoup d’entre elles de Géorgie, d’Albanie et de Macédoine, se sont succédé sur place, selon des associations leur venant en aide. La mairie avait ouvert mi-septembre un gymnase pour mettre à l’abri certains migrants.

Installées dans des tentes depuis le printemps, avec une brève interruption pour laisser place aux feux d’artifice du 14 juillet, certaines des familles campant sur place doivent cohabiter avec des rats, et les températures sont de plus en plus basses.

En début de soirée, la ville de Strasbourg a annoncé dans un bref communiqué qu’elle ne ferait pas appel de « la décision de justice qui lui ordonne de faire évacuer le campement et de saisir les services de l’État pour obtenir son concours ». « Ce jugement ne statue pas sur la mise à l’abri des hommes, femmes et enfants présents sur le site du parc de l’Étoile, question pourtant essentielle à la dignité humaine », a-t-elle ajouté.

« La justice a rappelé avec force le droit et la légalité dans ce dossier », s’est félicité pour sa part le conseiller municipal d’opposition (Horizons), Pierre Jakubowicz, dans un communiqué, dénonçant « l’inconscience » de la mairie, voire son « cynisme », dans sa gestion du dossier.