Marseille : Jusqu'à 14 ans de prison requis dans la tentaculaire affaire « Tatoo »

TRAFIC DE DROGUE Des valises étaient récupérées et exfiltrées par des complices à Orly et Roissy

20 Minutes avec AFP
C'est au 86 et 92 avenue de Michelet à Saint-Ouen que prospérait ce juteux trafic de cannabis et de cocaïne.
C'est au 86 et 92 avenue de Michelet à Saint-Ouen que prospérait ce juteux trafic de cannabis et de cocaïne. — Sebastien Ortola / 20 Minutes
  • Le tribunal correctionnel de Marseille juge depuis début novembre une trentaine de personnes impliquées dans un trafic international de drogue.
  • « Ce dossier est d'une ampleur exceptionnelle en raison du pedigree des prévenus, de leur capacité financière mais aussi de leur pouvoir de corruption de bagagistes », a souligné le procureur.
  • Le parquet a requis de lourdes condamnations mercredi, jusqu'à 14 ans de prison contre les 27 prévenus.

« Un dossier d'une ampleur exceptionnelle, un regard unique sur le trafic international de drogue. » Au procès « Tatoo» à Marseille, le parquet a requis de lourdes condamnations mercredi, jusqu'à 14 ans de prison contre les 27 prévenus. Deux filières de trafiquants de drogues colombiens, « la fea » (la vilaine) et « la guapa » (la jolie), utilisaient la complicité de bagagistes pour exfiltrer des valises contenant des stupéfiants. Les premiers, au Venezuela et en République Dominicaine, chargeaient des valises contenant 24 à 36 kilos de cocaïne dans des avions à destination de Paris. A l'arrivée, celles-ci étaient récupérées et exfiltrées par d'autres complices à Orly et Roissy.

Depuis le 2 novembre, le tribunal correctionnel de Marseille jugeait « la fea » et ses acteurs, dont les frères Seraf, Kamel, Abdelkrim et Abdelnasser, « une des plus importantes équipes de la capitale impliquée dans le trafic international », selon le procureur de la République Bastien Madelon. Contre Kamel Seraf, hospitalisé en psychiatrie à la veille du procès, qualifié de « véritable général de cette armée d'importation », le magistrat a réclamé 14 ans de prison et une amende de 100.000 euros. Il a requis respectivement 12 et huit ans de prison contre Abdelkrim et Abdelnasser, ainsi que des amendes de 15.000 et 50.000 euros.

Les douanes ont réclamé la condamnation des prévenus à une amende de plus de 2,5 millions d'euros, sur la base d'un prix de revente à 30.000 euros le kilo, alors que 84,9 kg importés par le réseau ont été saisis par les policiers. « Ce dossier est d'une ampleur exceptionnelle en raison du pedigree des prévenus, de leur capacité financière mais aussi de leur pouvoir de corruption de bagagistes, (...) d'un douanier et d'au moins un policier », a souligné le procureur. Auprès des fournisseurs colombiens, le réseau bénéficiait de l'entregent d'un émissaire, Francisco Jimenez Galvan, 66 ans, le seul des prévenus à avoir reconnu sa participation au trafic : « Je ne veux plus continuer à raconter des conneries », avait-t-il lâché devant le tribunal.

Plusieurs filières d'écoulement dans le sud de la France

Huit ans de prison et une amende de 50.000 euros ont été réclamés contre lui. Dix ans de prison ont été requis contre le Colombien James Cardenas Guisado, fournisseur du réseau, jamais interpellé et donc jugé par défaut. Les importateurs bénéficiaient de plusieurs filières d'écoulement dans le sud de la France et en Italie. Mafieux italiens de la Camorra et de la N'Drangheta, parrains historiques marseillais et membres du « milieu » de la Côte d'Azur figurent ainsi dans la liste des clients énumérés par le procureur.

Onze années de prison et une amende de 60.000 euros ont ainsi été réclamés contre Vincent Saccomano, 57 ans, figure du gang des Alpes, déjà condamné à de lourdes peines. Il passe pour l'un des rouages essentiels entre importateurs et réseaux de revente. Les faits datant de 2012 à 2014, les prévenus ont tous été remis en liberté depuis. Mais Madelon a demandé au tribunal de prononcer de très nombreux mandats de dépôt. Un seul bagagiste complice, Baba Wague, avait pu être identifié. Le procureur a requis quatre ans de prison dont un an avec sursis contre ce prévenu, qui comparaissait détenu dans une autre affaire de stupéfiants.

Le dossier est appelé « Tatoo », du nom des petits appareils de messagerie électronique non traçables qui équipaient tous les prévenus. Ceux-ci échangeaient seulement par des cabines téléphoniques, afin d'échapper aux surveillances techniques des policiers. Le procureur s'est d'ailleurs amusé à plagier le slogan commercial de cet opérateur, « Tatoo, votre tribu garde le contact avec vous », en le transformant en « ''Tatoo'', votre réseau de stupéfiants garde le contact avec vous ». Les avocats des prévenus doivent plaider durant plusieurs jours.