Cannes : Que risquent les trois mineurs jugés pour la violente agression d’Angèle, 89 ans ?

TRIBUNAL POUR ENFANTS Les trois adolescents de 14 et 15 ans poursuivis pour avoir frappé et volé une octogénaire, tout en filmant la scène, le 29 août dernier, comparaissent ce mercredi. « Qu’ils soient punis et que ça serve d’exemple », plaide le fils de la victime

Fabien Binacchi
Une audience est prévu ce mercredi après-midi devant le tribunal pour enfants au palais de justice de Grasse (Illustration)
Une audience est prévu ce mercredi après-midi devant le tribunal pour enfants au palais de justice de Grasse (Illustration) — Syspeo / Sipa
  • Le 29 août dernier, Angèle Houin, une Cannoise de 89 ans, était violemment agressée par trois mineurs de 14 et 15 ans, qui la laissaient inanimée sur le parvis de sa résidence à l’ouest de Cannes.
  • Les trois adolescents encourent des peines allant jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 7.500 euros d’amende.
  • « La prison ne serait pas la solution, mais il faudrait qu’ils soient punis et que ça serve d’exemple », explique à 20 Minutes René Ginola, le fils de l’octogénaire qui l’accompagnera à l’audience.

Le sort d’Angèle Houin, l’image de son visage tuméfié avaient suscité une vague de réactions indignées. Le 29 août dernier, cette Cannoise de 89 ans était violemment agressée par trois mineurs de 14 et 15 ans, qui la laissaient inanimée sur le parvis de sa résidence à l’ouest de la ville.



Ce mercredi après-midi, trois mois après les faits, ces adolescents placés en centre éducatif fermé depuis le 1er septembre, et dont le parquet n’a révélé que les âges, vont devoir s’expliquer devant le tribunal pour enfants de Grasse lors d’une audience à huis clos.

Jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 7.500 euros d’amende

Mais que risquent-ils exactement ? Conduit au commissariat de Cannes par sa famille le lendemain des faits, l’auteur du coup, âgé de 14 ans, encourt jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 7.500 euros d’amende, indique à 20 Minutes le parquet de Grasse. Il s’agit de la peine maximale pour la qualification retenue : « vol avec la circonstance que les faits ont été précédés, accompagnés ou suivis de violences ayant entraîné une incapacité totale de travail n’excédant pas huit jours, aggravé par une circonstance, en l’espèce la réunion ».

Le garçon de 15 ans qui a volé le sac de l’octogénaire, une fois celle-ci tombée au sol, est poursuivi pour les mêmes chefs et risque une sanction similaire. Quant au troisième protagoniste, également âgé de 14 ans, et qui a filmé les faits, ce dernier encourt jusqu’à deux ans et demi d’emprisonnement et également 7.500 euros d’amende. Pour lui, le tribunal devra se prononcer sur la qualification de « complicité de violences suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours avec ces circonstances que les faits ont été commis en réunion et sur personne vulnérable, en enregistrant sciemment des images relatives à la commission des faits ». Le parquet ne précise pas si ces jeunes individus étaient déjà défavorablement connus des services de police ou de la justice.

« La prison ne serait pas la solution », dit le fils de la victime

Ces « peines maximales encourues » semblent toutefois peu probables, la prison ferme n’étant prononcée pour des mineurs que lorsque d’autres réponses ne sont pas envisageables. S’ils sont condamnés, les trois jeunes adolescents ne connaîtront de toute façon la nature de leur sanction que lors d'« une audience ultérieure » programmée « dans un délai compris entre six et neuf mois » après celle de ce mercredi consacrée à l'« examen de leur culpabilité », précise le parquet de Grasse. Parallèlement, une action civile pourra être lancée. En attendant, s’ils sont bien déclarés coupables, le tribunal pour enfants ordonnera « l’ouverture d’une période de mise à l’épreuve éducative » et statuera sur « les mesures auxquelles les mineurs sont soumis durant cette période ».

Une mesure judiciaire d’investigation éducative (Mije) peut notamment être décidée. Elle vise à « recueillir et analyser des éléments sur la situation scolaire, familiale, sanitaire, sociale et éducative du jeune et de sa famille », selon le ministère de la Justice. Elle peut s’accompagner d’une mesure éducative judiciaire provisoire (Mejp), qui permet notamment de prononcer une interdiction de se rendre dans certains lieux ou encore de rentrer en contact avec la victime. Enfin, si le juge l’estime nécessaire, une mesure de sûreté peut être prononcée. Il peut s’agir d’une assignation à résidence avec bracelet électronique, d’un contrôle judiciaire et même, si ce dernier n’est pas respecté, d’un placement en détention provisoire.

Pour la famille d’Angèle Houin, « la prison ne serait pas la solution ». « Mais il faudrait qu’ils soient punis et que ça serve d’exemple », explique à 20 Minutes René Ginola, le fils de l’octogénaire qui l’accompagnera à l’audience. « Ma mère est costaud, elle s’est bien remise. Mais aujourd’hui, elle a la hantise de sortir, de se balader dans la rue et ça, c’est pas normal. Il faut dénoncer ces agressions et continuer à les dénoncer pour qu’elles n’arrivent plus », souffle-t-il.

Les démarches sont « entreprises » pour l’expulsion des familles de leur logement social

En attendant les décisions de la justice, les familles des trois mineurs concernés, dont la responsabilité a été pointée du doigt, notamment par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, étaient aussi dans le collimateur du maire LR de Cannes. David Lisnard avait rapidement réclamé que les aides qui leur sont octroyées soient suspendues et qu’elles soient également « expulsées du logement social dont elles bénéficient ».

Qu’en est-il aujourd’hui ? « Nous avons eu un retour de la CAF qui n’a malheureusement pas la possibilité de suspendre les aides », annonce la mairie de Cannes à 20 Minutes. En revanche, « pour la demande d’expulsion », cette dernière « a bien été prise en compte par les bailleurs » et « les démarches vont être entreprises », assure la collectivité.