Prêtre blessé par balle à Lyon : Le parquet requiert que l’amante et son mari jaloux soient jugés aux assises

PROCéDURE L’homme suspecté d’avoir tiré sur le prêtre orthodoxe et son épouse, soupçonnée de lui avoir fourni une aide déterminante, pourraient être jugés aux assises pour « violences avec arme »

C.G. avec AFP
L'église devant laquelle le père Nikolaos Kakavelakis a été attaqué le 31 octobre 2020.
L'église devant laquelle le père Nikolaos Kakavelakis a été attaqué le 31 octobre 2020. — MOURAD ALLILI / SIPA
  • Le 31 octobre 2020, un prêtre orthodoxe de nationalité grecque s’est fait tirer dessus au fusil à canon scié alors qu’il était en train de fermer son église à Lyon.
  • Les enquêteurs ont rapidement suspecté un homme d’origine géorgienne d’avoir voulu se venger de la liaison adultère entre le prélat et son épouse.
  • Cette dernière est aujourd’hui suspectée d’avoir « attisé la haine » de son mari et de lui avoir indiqué où se trouvait le prêtre le jour du drame.
  • Le parquet de Lyon a demandé que le couple soit jugé aux assises pour « violences avec arme », avec la circonstance aggravante « d’infirmité permanente », au lieu d’être poursuivi pour « tentative d’assassinat ».

Le parquet a requis le renvoi aux assises d’un homme soupçonné d’avoir tiré sur un prêtre orthodoxe en octobre 2020 à Lyon, mais aussi de son épouse suspectée de lui avoir fourni une aide déterminante, a rapporté une source judiciaire, confirmant une information du Monde.

Dans son réquisitoire définitif rendu le 28 octobre, le parquet réclame le renvoi de Giorgi P, 42 ans, pour « violences avec arme à feu, suivies d’une infirmité permanente ». Rapidement identifié par la victime, le suspect d’origine géorgienne avait été interpellé au lendemain des faits, et initialement mis en examen pour « tentative d’assassinat ».

Mais le parquet estime que la volonté homicide n’est pas caractérisée, et requiert le renvoi pour « violences avec arme », avec la circonstance aggravante « d’infirmité permanente » infligée à la victime, ce qui entraîne la qualification criminelle et un procès devant la cour d’assises. La décision appartient in fine au juge d’instruction, qui doit rendre une ordonnance de mise en accusation dans les semaines à venir.

Liaison adultère

Le 31 octobre 2020, le prêtre grec, Nikolaos Kakavelakis, avait été pris pour cible par un homme tandis qu’il fermait la porte de l’église orthodoxe grecque du 7e arrondissement de Lyon. Il a reçu deux coups de fusil à canon scié qui l’ont grièvement blessé. Ce qui, à l’époque, avait fait craindre une attaque terroriste.

Mais le suspect a avoué avoir tiré à deux reprises au niveau du flanc et de l’abdomen du prêtre, pour se venger de la liaison adultère entre ce dernier et son épouse. Les enquêteurs ont retrouvé le fusil à canon scié sur ses indications, dans la Saône, à Neuville-sur-Saône.

Son épouse, Lela P., 37 ans, a également été mise en examen et écrouée en juillet 2022, après d’ultimes investigations à la fin de l’instruction judiciaire.

Une épouse manipulatrice ?

Des expertises en téléphonie ont permis de découvrir des échanges sur une application russophone entre l’épouse et le prêtre, puis avec son mari, le jour des faits. Elle est suspectée d’avoir demandé au prélat où il se trouvait le jour des faits et d’avoir ensuite livré ces informations à son époux.

Selon le réquisitoire définitif du parquet, elle aurait aussi contribué à « attiser sa haine », même si celle-ci a réfuté cette version, affirmant qu’elle était sous emprise de son mari et en proie à la peur. Les jours précédant l’agression, elle aurait encouragé son époux à passer à l’acte à plusieurs reprises : « Tu as peur ou quoi ? », « Ne rentre pas à la maison tant que tu ne l’as pas battu ».

En poste depuis 2008 à Lyon, Nikolaos Kakavelakis, 53 ans, était contesté au sein de sa paroisse. Il avait par ailleurs fait l’objet de signalements de son épouse pour violences conjugales. Les enquêteurs ont également retrouvé dans sa tablette numérique des contenus pornographiques et se sont aperçus qu’il avait réinitialisé son téléphone alors qu’il attendait les secours, selon Le Monde. Mais faute d’infraction caractérisée, aucune poursuite n’a été engagée contre lui. Depuis, il est reparti vivre en Grèce.