Suicide de Dinah : Sa famille persiste et dépose une nouvelle plainte

ECOLE La première enquête pour harcèlement scolaire classée sans suite, la famille de Dinah Gonthier en a déposé une nouvelle. Elle assure que le suicide de la jeune fille de 14 ans était lié à des faits de harcèlement

T.G. avec AFP
Hommages à Dinah, devant le collège de la jeune fille (archives).
Hommages à Dinah, devant le collège de la jeune fille (archives). — Frederick FLORIN
  • En octobre 2021, la jeune Dinah Gonthier (14 ans) s’était suicidée au domicile familial de Kingersheim, près de Mulhouse.
  • Ses parents avaient porté plainte pour « harcèlement scolaire », jusqu’à ce que le parquet de Mulhouse classe la procédure sans suite.
  • Ils relancent la machine judiciaire. « La famille de Dinah Gonthier et son conseil ne conçoivent pas que l’on puisse classer sans suite une enquête inachevée », a indiqué l’avocate de la famille, Maître Laure Boutron-Marmion.

L’affaire Dinah Gonthier n’est pas terminée. Sa famille a maintenu jeudi que la jeune fille de 14 ans s’est suicidée car elle était victime de harcèlement scolaire, et annoncé le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile, après le classement sans suite d’une première plainte par le parquet de Mulhouse (Haut-Rhin).

« La famille de Dinah Gonthier et son conseil ne conçoivent pas que l’on puisse classer sans suite une enquête inachevée », a indiqué l’avocate de la famille, Maître Laure Boutron-Marmion, dans un communiqué publié à dessein jeudi, à l’occasion de la journée nationale contre le harcèlement. « En effet, et outre les nombreux éléments probants que révèle déjà l’enquête menée jusqu’ici, le parquet n’a pas jugé utile de réaliser les investigations élémentaires qu’a détaillées Me Laure Boutron-Marmion dans une demande d’actes complémentaires transmise le 28 septembre 2022 », poursuit le communiqué.



Après une première tentative de suicide en mars 2021, Dinah, scolarisée en seconde à Mulhouse, avait été retrouvée pendue au domicile familial de Kingersheim dans la nuit du 4 au 5 octobre 2021. Sa famille avait porté plainte le mois suivant pour « harcèlement », « homicide involontaire » et « incitation au suicide », pour des faits qui se sont déroulés quand Dinah était en 4e et en 3e. Elle accusait le collège de ne pas avoir réagi à la situation.

Mais le 30 septembre dernier, la procureure de la République de Mulhouse Edwige Roux-Morizot a annoncé que cette plainte avait été classée sans suite, expliquant que « pour le parquet, la mort de Dinah n’est pas consécutive à un harcèlement scolaire » et dédouané l’équipe éducative. La magistrate avait convenu « des échanges un peu houleux » avec d’anciennes amies, « qui ont rendu Dinah très malheureuse ». « Mais aucun élément objectif ne ressort qui puisse être qualifié de harcèlement », avait-elle insisté.

Une centaine de personnes déjà entendues

Achevée en avril et présentée à la famille en mai, l’enquête, « objective, exhaustive, impartiale et très complète » selon Edwige Roux-Morizot, avec au total une centaine de personnes entendues, a permis de dresser un portrait assez précis de Dinah, « jeune fille brillante, absolument pas isolée » mais aussi avec un côté sombre, « une personnalité complexe, avec un déséquilibre psychique ». « Elle avait une soif de reconnaissance telle que ce n’était jamais assez, elle était toujours insatisfaite », avait noté la magistrate.

Toutefois, la famille de Dinah regrette que l’exploitation du téléphone de la jeune fille n’ait « pas été réalisée sur toute la période de la classe de 3ème, période au cours de laquelle Dinah a pourtant subi les faits de harcèlement précisément dénoncés dans la plainte de sa famille », reprend le communiqué Me Boutron-Marmion. « Aucune des conversations des élèves sur les réseaux sociaux n’a été exploitée par les enquêteurs malgré les demandes de la famille en ce sens », ajoute-t-elle.

L’avocate annonce donc le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile auprès d’un juge d’instruction du tribunal judiciaire de Mulhouse, pour « harcèlement moral » et complicité, « provocation au suicide, omission de porter secours et homicide involontaire ».