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COMPTE RENDUSelon Christian Estrosi, « aucune menace n’avait été identifiée » à Nice

Procès de l’attentat de Nice : « Aucune menace n’avait été identifiée », assure Christian Estrosi

COMPTE RENDULe maire de Nice s’est défendu, ce jeudi, à la barre, de toute défaillance de la sécurité le soir du drame
Le maire de Nice, Christian Estrosi, lors du 8e congrès international des victimes du terrorisme, le 21 novembre 2019.
Le maire de Nice, Christian Estrosi, lors du 8e congrès international des victimes du terrorisme, le 21 novembre 2019. - VALERY HACHE  /  AFP
Thibaut Chevillard

Thibaut Chevillard

L'essentiel

  • Le procès de l’attentat du 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais, à Nice, qui doit durer jusqu’au 16 décembre, s’est ouvert lundi 5 septembre devant la cour d’assises spéciale de Paris.
  • Mohamed Lahouaiej Bouhlel, le conducteur du camion qui a foncé dans la foule, faisant 86 morts et 318 blessés, a été abattu par les forces de l’ordre quelques minutes après le drame. Huit autres personnes – sept hommes et une femme, accusés de l’avoir aidé dans son projet – sont jugées, mais seuls trois d’entre eux comparaissent pour des faits de terrorisme.
  • Appelé à venir témoigner ce jeudi, le maire de Nice, Christian Estrosi, s’est défendu de toute défaillance de la sécurité le soir du drame.

A la cour d’assises spécialement composée de Paris,

Ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, maire de Nice depuis 2008, Christian Estrosi est un orateur professionnel. Appelé ce jeudi à la barre de la cour d’assises spécialement constituée, il récite un témoignage qui tranche avec celui des victimes de l’attentat commis le 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais, venues déposer ces dernières semaines. Costume bleu foncé, les cheveux bien peignés, l’édile, qui a préparé des notes, manque cruellement de spontanéité. Versant dans un lyrisme qui sonne par moments faux, ce « fils de Nice » a tenté, pendant près de quatre heures, de répondre aux interrogations de la cour sur d’éventuelles failles de sécurité le soir de l’attaque.

« Nous ne sommes pas là pour chercher une quelconque responsabilité de votre part dans les faits qui sont reprochés aux accusés », rappelle en préambule le président de la cour, Laurent Raviot qui a cité comme témoin le maire de la ville en vertu de son pouvoir discrétionnaire. En effet, la recherche d’éventuelles failles dans le dispositif de sécurité fait, depuis décembre 2016, l’objet d’une information judiciaire à Nice parallèle. En attendant les conclusions des investigations, le magistrat souhaite que le témoignage de Christian Estrosi, 67 ans, puisse « dans la mesure du possible, éclairer sur le parcours meurtrier de l’auteur de cet attentat, comprendre comment il a été réalisé, et s’il aurait été possible de le prévenir ».

Des « questions légitimes »

A l’époque, le témoin avait été élu à la tête du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pour cause de cumul des mandats, il avait échangé sa place à la mairie avec son adjoint en charge de la sécurité, Philippe Pradal, durant 16 mois. Mais à l’entendre, ce remplacement était avant tout purement symbolique. Car c’est lui que le préfet, le président de la République, François Hollande, et même le pape François, ont appelé sitôt après l’attaque.

Après avoir raconté quelques souvenirs d’enfance mêlant Nice, le général de Gaulle, Simone Veil, et René Cassin, Estrosi consent à rentrer dans le vif du sujet. De nombreuses parties civiles « se sont plaintes de ce qui leur apparaissait comme un manque de sécurisation de la manifestation » organisée ce soir-là sur la promenade des Anglais, souligne le président Raviot. Rien à voir, selon elles, avec le dispositif mis en place pour sécuriser la fan zone durant la Coupe d’Europe qui se déroulait quelques jours avant l’attaque. Christian Estrosi reconnaît que ce sont des « questions légitimes » et il compte bien y répondre, « même si elles ne rentrent pas toutes dans le cadre du procès en cours ».

Intelligence artificielle

Une chose est sûre : ni les nombreux policiers municipaux de la ville, ni les 1.386 caméras de surveillances - dont 21 sur la promenade des Anglais- installées dans les rues, n’ont permis d’empêcher Mohamed Lahouaiej-Bouhlel de préparer son attaque et de foncer dans la foule avec son camion et de tuer 86 personnes et d’en blesser 400 autres. Comment expliquer que l’assaillant n’ait pas été remarqué alors qu’il est passé une dizaine de fois sur les lieux, à pied, en vélo ou au volant de son 19 tonnes, quatre jours avant les faits ? « Aucune raison ne justifiait une surveillance particulière du lieu de la manifestation en amont de sa tenue », assure le maire.

En fait, dit-il, ces « repérages » n’ont été analysés comme tels qu’après l’attaque. Ils ne pouvaient « être détectés par l’œil humain » et seul « l’intelligence artificielle, avec des algorithmes », auraient permis de comprendre qu’il se passait quelque chose d’anormal. Mais « la réglementation ne permet pas » aujourd’hui la mise en place d’un dispositif permettant « la reconnaissance faciale » d’un suspect, ou de repérer « une présence non autorisée, une interdiction non respectée », regrette-t-il.

Le président de la cour, lui, s'interroge : comment 40 minutes de vidéo, montrant l’itinéraire du terroriste avant son passage à l’acte ont-elles pu disparaître. Le maire de Nice botte en touche et se contente d’évoquer « l’excellente collaboration » de la police municipale, chargée du centre de supervision urbaine de la ville, avec la police nationale.

« Aucun relâchement » en matière de sécurité

Quant au dispositif de sécurité mis en place le soir de l’attaque, il avait, assure-t-il, fait l’objet de discussions avec la préfecture de région, auxquelles il n’a pas personnellement participé. Ainsi, 42 policiers municipaux avaient été mobilisés pour effectuer des « missions de circulation autour du périmètre de sécurité », et 34 autres étaient en fonction « mais non requis par les services de l’Etat ». « Aucune menace n’avait été identifiée » à Nice, insiste-t-il. « Cette attaque du 14 juillet marque le premier attentat de ce type sur le sol européen », ajoute l’élu. Christian Estrosi jure aussi qu’il n’y a eu « aucun relâchement » en matière de sécurité par rapport à l’Euro de football. Comme pour la soirée du 14-Juillet, il n’y avait pas de glissière en béton pour empêcher l’intrusion d’un véhicule dans la fan zone installée sur la promenade des Anglais durant la compétition.

« L’attentat a été perpétré par un ignoble barbare. C’est lui qui a semé la haine et le chaos et il a été aidé par des complices que la cour a à juger », conclut le maire. Le président le reprend : « Ce sera à la cour de déterminer si Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a bénéficié de complicités. » Sur les huit accusés, trois seulement sont sous le coup de poursuites pour association de malfaiteurs terroriste. Aucun des huit accusés n’est poursuivi pour complicité.

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