« Il m’a demandé si je me masturbais »… Jean-Marc Morandini jugé pour « corruption de mineurs »

procès L’animateur de CNews Jean-Marc Morandini est jugé ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris pour corruption de mineurs

Manon Aublanc
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Jean-Marc Morandini lors d'une conférence de presse, le 19 juillet 2016 à Paris.
Jean-Marc Morandini lors d'une conférence de presse, le 19 juillet 2016 à Paris. — SEVGI
  • Jean-Marc Morandini comparaît ce lundi 24 octobre devant le tribunal correctionnel de Paris pour corruption de mineurs.
  • L’animateur de CNews avait été mis en examen en 2016 après les plaintes de deux jeunes hommes, âgés de 15 et 16 ans au moment des faits.
  • Le premier plaignant accuse Jean-Marc Morandini de lui avoir fait des propositions sexuelles par SMS, entre février et mars 2013. Le second, qui a retiré sa plainte depuis, affirme que l’animateur l’a convié à son domicile parisien en 2009 pour un casting, lui a demandé de se déshabiller et de reproduire une scène de masturbation.

« Tu bandes, là ? Mdr ». En 2013, « fasciné » par l’animateur de NRJ12, Romuald *, 15 ans, se rend sur le plateau de l’émission Vous êtes en direct avec ses parents pour assister à l’enregistrement. Quelques jours plus tard, Jean-Marc Morandini le « suit » sur Twitter et entame une conversation avec lui. Pendant plusieurs semaines, le présentateur et l’adolescent vont échanger des dizaines de messages. Mais rapidement, l’homme, âgé de 47 ans a l’époque, lui fait plusieurs propositions sexuelles explicites.

Des messages pour lesquels Jean-Marc Morandini va comparaître, ce lundi après-midi, devant le tribunal correctionnel de Paris. Mis en examen en 2016 après la plainte de deux jeunes hommes - dont Romuald –, l’animateur de télévision doit être jugé pour corruption de mineurs.

« Tu as dit : j’adore… »

Quelques jours après le début de leurs échanges, en février 2013, Jean-Marc Morandini pose, de « manière insidieuse », des questions à Romuald sur son orientation sexuelle. « Après, ça a vraiment dérapé. Il a évoqué la masturbation en me demandant si je me masturbais », explique le jeune homme aux enquêteurs, selon les informations récupérées à l’époque par 20 Minutes. Fan de la star de télévision, « extrêmement médiatisé et populaire », le garçon de 15 ans finit « par rentrer dans son jeu et répondre à ses questions », avait-il détaillé lors de son audition, le 20 juillet 2016, devant les policiers.

Les échanges se poursuivent au cours du mois de mars. Le 10, précisément, en début d’après-midi, l’animateur demande à l’adolescent « tu bandes, là ? Mdr [Mort de rire] », ce à quoi Romuald affirme que « oui ». « Hummm », lui répond Jean-Marc Morandini. Au fil de la discussion, les messages deviennent de plus en plus explicites. L’animateur lui envoie même un scénario les incluant tous les deux, sur lequel il fantasme : « Tu t’es mis à genoux… Tu as ouvert ma ceinture. Tu as baissé le pantalon. Tu as dit : j’adore… ».

Si Jean-Marc Morandini ne nie pas l’existence de cet échange, il explique aux enquêteurs qu’il pensait que Romuald « devait avoir 18 ans ». « Sur Twitter et sur Facebook, je parle avec beaucoup de monde, je dirais 200 personnes régulièrement. Les gens que je recevais sur mon plateau venaient raconter leur histoire de sexe. Mon public de base aime ça. Du coup, cela arrive dans nos conversations, ce n’est pas un tabou », justifie-t-il alors. L’animateur affirme qu’il a cessé de « parler de sexe » avec Romuald quand l’adolescent lui a donné son âge. Mais lors de son audition, l’adolescent donne une tout autre version. Devant les enquêteurs, il explique que son âge était mentionné sur son profil Twitter et qu’il venait toujours accompagné de son père quand il assistait à l’enregistrement de l’émission, qu’il a suivi plusieurs fois. Pendant leurs échanges, Romuald interrompt d’ailleurs la conversation pour que sa mère lui fasse réciter sa leçon d’histoire sur la Guerre froide.

Un double tabou

La défense de Jean-Marc Morandini est une « classique » chez les « agresseurs sexuels », estime Armelle Le Bigot-Macaux, la présidente de l’association Agir Contre la Prostitution des Enfants (ACPE), qui s’est constituée partie civile au procès. « Mais ce n’est pas recevable », ajoute-t-elle. Près de dix ans après les faits, Romuald, âgé de 25 ans aujourd’hui, est « démoli », selon elle. « Il a honte de s’être prêté à ce jeu, d’avoir été sous l’emprise de cet homme connu qui lui a fait miroiter des choses », déplore-t-elle.

Si Armelle Le Bigot-Macaux attend que Jean-Marc Morandini soit condamné et qu’il reconnaisse les faits, elle tient à souligner l’aspect « emblématique » du procès : « On parle de violences sexuelles sur un jeune garçon homosexuel, c’est encore plus caché, c’est un double tabou. C’est épouvantable pour lui d’aller s’afficher devant une cour ».

D’autant plus que la présidente de l’association en a fait une affaire personnelle. Avant l’ouverture de l’enquête contre Jean-Marc Morandini, l’animateur l’avait invité sur son plateau pour parler de la prostitution et des violences sexuelles contre les enfants. « Je sors de là et j’apprends les faits. Clairement, il s’est foutu de moi », s’emporte-t-elle. Et l’ACPE ne sera pas seule. D’autres associations, telles qu’Innocence en danger, la Voix de l’Enfant et Stoppons les arnaques aux castings se sont également constituées parties civiles au procès et seront présentes à l’audience.



Une seconde plainte pour harcèlement sexuel

Si le second plaignant s’est désisté depuis, son histoire devrait tout de même être évoquée lors des débats. C’est en 2009, lors du casting pour un remake du film américain Ken Park, que Cyprien* rencontre Jean-Marc Morandini. Celui-ci lui demande de se déshabiller, mais l’adolescent refuse. Devant l’insistance de la star de télé, le jeune homme, âgé de 16 ans à l’époque, fini par se mettre nu et accepte d’être pris en photo. « Il voulait que je me masturbe devant lui. Il m’a dit que les gens qui avaient déjà passé le casting l’avaient fait et que, si je ne le faisais pas, je n’aurais pas le rôle. Je sentais que son regard avait changé. Il me regardait comme si j’étais un bonbon », explique l’adolescent lors de son audition en septembre 2016. Cyprien prend peur et finit par quitter les lieux en pleurs. Devant les enquêteurs, Jean-Marc Morandini dit ne pas reconnaître le jeune homme sur les photos et n’avoir aucun souvenir de ce casting.

En 2016, l’animateur avait contesté son renvoi devant la cour d’appel de Paris. La justice avait confirmé le procès, mais annulé les circonstances aggravantes d’incitation par un moyen de télécommunication et d’incitation à la proposition sexuelle sur mineur. L’actuel animateur de CNews ** avait alors saisi la Cour de cassation, qui a rejeté son pourvoi fin février.

Et Jean-Marc Morandini n’en a pas fini avec la justice. Il doit être jugé par le tribunal correctionnel de Paris pour « harcèlement sexuel » à l’égard d’un comédien lors du tournage en 2016 de la série érotique Les Faucons, que l’animateur a dirigé. Selon les enquêteurs, il se serait fait passer pour une directrice de casting, sous le nom de Catherine Leclerc, pour pouvoir approcher des jeunes acteurs dans le but de leur faire tourner des vidéos à caractère sexuel. Dans la même affaire, sa société de production « Ne Zappez pas ! Production », quant à elle, sera jugée pour « travail dissimulé » à l’égard de cinq plaignants. La date du procès n’a pas encore été fixée.

* Les prénoms ont été modifiés

** L’avocate de Jean-Marc Morandini n’avait pas répondu aux sollicitations de « 20 Minutes » à l’heure où nous publions cet article