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Pédocriminalité« Il est glaçant »… Verdict attendu pour le magicien accusé de viols

Rennes : « Il est glaçant »… Accusé de viols et d’agressions sur 27 enfants, le magicien attend sa peine

PédocriminalitéLe verdict du procès de Sébastien C., qui se tient devant la cour d’assises des mineurs depuis quinze jours, est attendu ce vendredi. L'avocat général a requis 15 à 18 ans de prison
Le verdict du procès de Sébastien C., qui se tient devant la cour d’assises des mineurs à Rennes depuis quinze jours, est attendu ce vendredi
Le verdict du procès de Sébastien C., qui se tient devant la cour d’assises des mineurs à Rennes depuis quinze jours, est attendu ce vendredi - C. Allain/20 Minutes / 20 Minutes
Camille Allain

Camille Allain

L'essentiel

  • A Rennes, le procès devant la cour d’assises des mineurs d’un ancien magicien de 36 ans s’achève ce vendredi.
  • Déjà condamné pour des attouchements sur une enfant en 2012, Sébastien C. a reconnu « 90 % » des faits de viols et agressions sexuelles sur 27 victimes, toutes mineures.
  • Pendant deux semaines, l’accusé a fait preuve d’un réel détachement à l’évocation des multiples faits imposés à ses jeunes victimes.

Il reste assis, stoïque, comme insensible aux témoignages de ses nombreuses victimes. Quand on s’adresse à lui, il répond aux questions avec précision. Dans le box des accusés de la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine, Sébastien C. semble se souvenir de tout. Il reconnaît « 90 % des faits » qui lui sont reprochés mais nie avec force certains actes que l’on veut lui imputer. Jugé depuis deux semaines à Rennes, cet ancien magicien de 36 ans est accusé de multiples viols et agressions sexuelles. Au total, vingt-sept enfants âgés de 3 à 15 ans ont été recensés par les enquêteurs. Certains habitent dans la région de Rennes, où le magicien a longtemps vécu, d’autres résident à Niort, dans les Vosges ou encore en Suisse. Mais tous ont subi le même calvaire : des attouchements, de la nudité forcée, mais aussi des pénétrations imposées par celui que beaucoup considéraient comme leur ami. Jeudi l'avocat général a requis une peine entre 15 et 18 ans, ne souhaitant pas la peine maximale de 20 ans.

Depuis deux semaines, les victimes et leurs parents sont venus témoigner à la barre de la cour d’assises afin de livrer leur atroce vérité à quelques mètres de celui qui les a broyés. Celui qui était leur ami, leur confident, leur fils, leur frère, a usé de la même attitude pendant plus de quinze ans. « Brouiller les pistes, pour mieux chasser », analyse l’avocate d’une des victimes. Ses tours de magie émerveillaient les enfants, charmaient les parents. Pour s’approcher des enfants, Sébastien C. se plaisait à s’immiscer dans les familles pour se faire inviter à dormir, partir en vacances avec elles. « Il était comme un frère », dira la maman de deux victimes. Lorsqu’il a été interrogé par la cour d’assises, l’accusé a raconté « son mode opératoire » avant d’évoquer « ses passages à l’acte », souvent dictés par « des pulsions ».

« Il n’a aucune empathie »

Dans le box, c’est son attitude face à l’atrocité des faits qui a interpellé. « Il reconnaît globalement les faits, mais il a une façon de s’expliquer un peu clinique, très détachée. On pourrait se dire qu’il serait abattu par la honte. Mais non. Il n’a aucune empathie. Cela donne un sentiment d’étrangeté, quelque chose de froid. Il est glaçant », relate Me Pierre-Yves Launay. L’avocat pénaliste exerce depuis un peu plus de dix ans au barreau de Rennes. Et il l’assure, il n’a « jamais vu quelqu’un comme ça ».

Cette étrange atmosphère est souvent induite par le huis clos. Mais dans ce procès, l’ambiance est particulière. Parce que les victimes sont très nombreuses et ne se connaissent pas ou peu. Il n’y a pas ce « lien de solidarité » qui unit parfois les victimes d’un même accusé. La plupart d’entre elles viennent à l’audience le jour où elles sont convoquées, puis repartent, donnant à ce procès un aspect très secret. « On veut savoir sans trop savoir », analyse un avocat. Dans cette affaire hors norme, il règne aussi un terrible esprit de culpabilité. Celui de n’avoir rien vu, de ne pas avoir su écouter ou deviner, ce que les enfants subissaient. La plupart des parents n’ont rien vu. La police et la justice, pourtant alertées par une plainte en 2014, n’ont rien fait alors que l’accusé avait déjà été condamné pour des faits de pédocriminalité deux ans plus tôt.

En 2014, tout aurait pu s’arrêter mais…

Entre 2014 et jusqu’à ce qu’il se rende en 2017, le magicien a fait « des ravages », selon un avocat. Le chiffre de 17 victimes en trois ans a été maintes fois rappelé. Les médecins et psychologues qui suivaient les enfants n’ont rien décelé. « Toutes les victimes présentaient déjà les mêmes symptômes. Une fermeture émotionnelle, des angoisses devant les toilettes, des douleurs de ventre, des troubles du comportement, de l’endormissement, la peur du noir. Et personne dans le milieu médical n’a rien vu », regrette Pascale, dont la petite fille a été l’une des dernières victimes du magicien en 2017. Elle plaide pour « une meilleure information des familles », pour faire prendre conscience que des prédateurs « il y en a partout, dans tous les milieux ».


Aimé de tous, décrit comme « intelligent » Sébastien C. a sans doute brisé la vie de ces 27 enfants et bousillé celle de leurs parents, rongés par le remords et l’incompréhension. Le psychiatre qui l’a analysé a posé un mot sur ce comportement : « pervers ». « Comme s’il prenait plaisir à voir souffrir les autres, sans aucune empathie », glisse un avocat, avant de conclure. « Je pense même qu’à certains moments, il s’ennuyait pendant ce procès ».

Déjà condamné en 2011, Sébastien C. risque vingt ans de réclusion criminelle, soit la peine maximale pour des faits de viol sur mineurs. Placé en détention provisoire depuis 2017, il a déjà effectué un quart de cette peine.

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