Procès de l’attentat de Nice : Une ado traumatisée dit vouloir « mourir pour que [sa] douleur s’arrête »

AUDIENCE Depuis ce soir du 14 juillet 2016 qu’elle passait sur la promenade des Anglais, Kimberley, 16 ans au moment des faits, souffre de blessures invisibles. La jeune adulte d’aujourd’hui a livré un témoignage déchirant au procès de l’attentat de Nice

F.B. avec AFP
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Sur le promenade des Anglais, quelques jours après l'attentat, en juillet 2016
Sur le promenade des Anglais, quelques jours après l'attentat, en juillet 2016 — L. Bruno / AP / Sipa
  • « Je souhaite mourir à chaque anniversaire pour que ma douleur enfin s’arrête », a révélé mardi au procès de l’attentat de Nice Kimberley, qui avait 16 ans au moment de l’attaque.
  • Cette survivante a livré un témoignage déchirant, révélant des blessures invisibles et évoquant les cauchemars et les hallucinations qui persistent, y compris « en pleine rue ».
  • Des centaines de témoins de l’attentat ont subi un choc traumatique plus ou moins important. Plus de 150 enfants en souffrance sont toujours suivis à l’hôpital Lenval.

Kimberley avait 16 ans au moment de l’attaque. Au moment où le camion-bélier a foncé sur la foule massée sur la promenade des Anglais, le 14 juillet 2016. Comme une petite fille, dont les mots ont été lus, mardi, au procès de l’attentat de Nice, cette survivante a livré un témoignage déchirant, révélant des blessures invisibles. « Je souhaite mourir à chaque anniversaire pour que ma douleur enfin s’arrête », a-t-elle dit.

Sa souffrance à la barre est pénible à supporter. « Rien ne vous oblige à témoigner », lui dit d’une voix douce le président de la cour d’assises spéciale de Paris, Laurent Raviot. Courageuse, elle continue. Le soir du 14 juillet, était sa « première sortie de nuit autorisée ». Une joie immense avant de voir « des corps voltiger en l’air ».

« Je voyais des corps partout dans la maison »

« Vous savez la phrase qu’on dit, "j’ai vu ma vie défiler devant mes yeux", eh bien je me suis vue bébé, enfant et ado. Je regardais droit dans les yeux ce terroriste en espérant qu’il me voie pleurer et qu’il ait un tilt comme quoi il faut s’arrêter mais non, rien… », se souvient-elle. La course folle de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel sur le bord de mer niçois fera 86 morts et plus de 450 blessés.

Kimberley, elle, est sauve. Mais ses blessures sont invisibles. Elle n’est plus capable de rien. A la maison, « c’est ma maman qui me lavait, me brossait les dents, me faisait manger comme si j’étais un bébé », raconte-t-elle. Chaque nuit, ce sont des cauchemars. « Je voyais des corps partout dans la maison, du sang sur moi, du sang partout », dit-elle, la voix brisée. Des hallucinations persistent y compris « en pleine rue ».

« Mes idées noires sont constamment présentes »

« J’ai commencé les mutilations en cachette car je n’avais aucune raison de continuer à vivre (…) Plus les jours passaient, plus je ressentais ce besoin de mourir. » Sa vie se passe désormais à l’hôpital. Elle n’a plus que la peau sur les os.

« J’ai commencé à m’en vouloir et à en vouloir à mes parents. Pourquoi je suis née ? Pourquoi je ne suis pas morte à la place de tout le monde ? », poursuit-elle. Sur le banc des parties civiles, son père s’effondre. « Est-ce que je suis heureuse aujourd’hui ? Non. Rien n’a changé, je pleure toujours autant, mes idées noires sont constamment présentes. […] Maintenant, je souris, je montre que je vais bien même si ce n’est pas le cas. »

Parmi les 86 personnes tuées dans l’attentat de Nice, quinze sont des mineurs. Des centaines d’autres ont subi un choc traumatique plus ou moins important. Plus de 150 enfants en souffrance sont toujours suivis à l’hôpital Lenval.