Marseille : Ferrari, Rolex et Vuitton, une vente aux enchères des biens saisis aux délinquants fait carton plein

ADJUGE VENDU ! Ce mercredi était organisée à Marseille une vente aux enchères des biens saisis par la justice aux narcotrafiquants et autres délinquants de la région

Mathilde Ceilles
— 
Marseille accueillait ce mercredi une vente aux enchère exceptionnelle des produits de luxe appartenant à des délinquants et saisis par la justice
Marseille accueillait ce mercredi une vente aux enchère exceptionnelle des produits de luxe appartenant à des délinquants et saisis par la justice — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Ce mercredi, les autorités organisaient à Marseille une vente aux enchères des biens saisis par la justice aux trafiquants de drogue, proxénètes et autres fraudeurs du fisc de la région.
  • Les bénéfices de cet événement sont reversés à l’Etat, dans une logique de « vente vertueuse ».

« Je suis désolé, je dois vous laisser. Je dois passer un coup de fil à ma banque et je reviens. » Alexandre dégringole les escaliers du Pharo dans sa chemise noire, l’air soucieux. Le trentenaire a effectivement quelques bonnes raisons d’appeler son banquier. Pour ce qui est sa toute première vente aux enchères, il vient d’acquérir l’un des lots les plus prestigieux ce mercredi, une Rolex très rare, faite en partie en météorite, pour la modique somme de… 54.000 euros. Une montre qui a été saisie par la justice à un délinquant, comme les 208 autres objets mis aux enchères ce mercredi à Marseille.

La direction de l’agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc) de la cité phocéenne organisait en effet pour la première fois ce mercredi une vente de l’ensemble des biens saisis depuis mars 2022 dans le sud de la France à des proxénètes, trafiquants de drogue et autres fraudeurs fiscaux. Des sculptures, des montres de luxe, des sacs Vuitton totalement neufs, des bijoux Cartier et même une Porsche : c’est une fastueuse caverne d’Ali Baba qui est dilapidée en l’espace de quelques heures.

Des Ferraris à 65.000 euros

« Le bateau que nous mettons en vente, par exemple, provient de Corse, explique Nicolas Bessone, directeur général de l’Agrasc. Elle est issue d’une affaire de marchés publics truqués et détournement de fonds. En fait, il y a une concession pour l’aéroport d’Ajaccio pour acheter et mobiliser des bateaux en cas d’accident, l’aéroport étant en bord de mer. Il a acheté les bateaux mais ils ne servaient pas pour l’aéroport…  » Un bateau qui, toutefois, ne prendra pas preneur.

« On a aussi la Ferrari remise par le tribunal de Béziers, issue d’une affaire d’escroquerie d’abus de biens sociaux, poursuit Nicolas Bessone Quand vous confondez les comptes de votre société avec votre propre compte en banque, vous pouvez vous acheter une Ferrari… » Vendue à un prix d’appel de 35.000 euros, après avoir été immobilisée depuis 2013, elle partira dans les mains d’une professionnelle de l’automobile à 68.000 euros. Une seconde Ferrari de 400 chevaux sera vendue pour sa part à 65.000 euros.

« La Mercedes Cabriolet, c’est sur une enquête toujours en cours de fraude à la TVA. On a aussi beaucoup de montres suisses. Pour le grand banditisme qui gangrène Marseille, les montre de valeurs sont vecteur de blanchiment d’argent. C’est aussi un placement, et un marqueur fort de réussite sociale pour les criminels. Avec les Louboutin, les chaussures Yves Saint-Laurent, on a quand même pas mal de produits de luxe tapageurs. Par rapport à la vente similaire qu’on a organisée hier à Lyon, on n’a pas vraiment les mêmes choses… Disons qu’hier, c’était le charme discret de la bourgeoisie, moins claquant… »

« C’est un placement »

Pas de quoi freiner les nombreux acheteurs qui ont répondu présents ce mercredi. Environ 200 personnes ont assisté à cette vente, dans une salle pleine à craquer, en plus des 1.000 personnes inscrites sur Internet. « Qu’importe la provenance, l’essentiel, c’est d’acheter ! », sourit Sylvie. La Toulonnaise a jeté son dévolu sur une grosse bague colorée, dont le prix s’envole en quelques minutes à 500 euros. Trop chère pour Sylvie, qui, finalement, repartira avec un collier en or serti de perles de culture à 200 euros… qui ne lui plaît pas. « Ce n’est pas pour porter, justifie-t-elle. C’est un placement pour mes enfants. » « Je suis venu car j’ai un magasin de motos, et disons que j’ai parmi mes clients quelques-uns de ces gens à qui on a saisi ces biens… », glisse Georges, son catalogue sur les genoux.

Sa montre à 54.000 euros en poche, et après de longues minutes avec son banquier qui visiblement, n’a pas fait de grandes difficultés, Alexandre respire. « J’ai entendu parler de cette vente aux enchères dans la presse, explique le trentenaire. Quand j’ai vu cette montre, j’ai appelé un ami qui, je sais, est amateur. Il habite à l’étranger et il m’a dit qu’il la voulait. Il m’a demandé donc de l’acheter, pour 56.000 euros maximum, et je prends une commission dessus. Je suis passionné, et j’en achète, pour les revendre. Mais pas tout de suite, on essaie de gagner un peu d’argent dessus… »

« Celle-là, elle va monter très vite »

Derrière lui, Jean-François n’a pas cette chance. Collectionneur de montres, le Marseillais, qui vit sa première vente aux enchères, a repéré « deux bonnes affaires » qu’il compte bien rafler. « Celle-là, elle va monter très vite, vous allez voir, prophétise le fin connaisseur, à propos d’une Rolex des années 1970, totalement neuve. L’estimation est basse. » La prédiction se réalise, et la montre, estimée entre 1.000 et 1.500 euros, est finalement adjugée à 3.600 euros. « Les enchères montent trop vite, souffle Jean-François, qui repartira bredouille. Je ne sais pas si au final, on fait de bonnes affaires… »

L’État, de son côté, en a pour son argent. « Si les biens vendus sont issus d’une affaire de trafic de stupéfiants, l’argent va alimenter un fonds qui finance un matériel particulièrement technique pour les écoutes pour les forces de l’ordre, explique Nicolas Bessone. Les sommes vont aussi servir à des actions de prévention contre la toxicomanie. Si ce sont des fraudeurs fiscaux, l’argent abonde dans les caisses de l’État. Si c’est une affaire de proxénétisme et de traitement d’êtres humains, ce sera destiné à un fond du ministère des affaires sociales qui œuvre pour la réinsertion de prostituées. Enfin, cela sert aussi à l’indemnisation des victimes. » Pas moins de 814.784 euros ont été récoltés grâce à cette vente.