Procès de l’attentat de Nice : Le message déchirant d’une jeune mère à sa fille disparue

TEmoignage Margaux Dariste qui a perdu sa fille Léana de 2 ans et demi, la plus jeune victime de l’attentat du 14-Juillet à Nice, a témoigné ce mercredi devant la Cour d’assises spéciale

20 Minutes avec AFP
Des fleurs en hommage aux victimes de l'attentat de Nice du 14-Juillet. (Illustration)
Des fleurs en hommage aux victimes de l'attentat de Nice du 14-Juillet. (Illustration) — Valery HACHE / AFP
  • Léana, deux ans et demi au moment du 14 juillet 2016 à Nice, est la plus jeune victime de cet attentat.
  • Sa mère, Margaux Dariste, a témoigné ce mercredi au procès de l’attentat qui se tient à la Cour d’assises spéciale à Paris depuis le 5 septembre.

« La vie est tellement longue sans toi ». Avec des mots simples, Margaux Dariste a adressé mercredi devant la Cour d’assises spéciale un message déchirant à sa fille Léana, la plus jeune victime de l’attentat de Nice en 2016, fauchée à 2 ans et demi sur la promenade des Anglais. Sa façon d’honorer la mémoire de Léana, au procès qui se tient à Paris depuis le 5 septembre. Plus de six ans après, le sentiment d’absurdité et d’injustice de cette mort envahit toujours la jeune femme.

« Aujourd’hui c’est mercredi, tu aurais dû être à la maison avec moi. Mais je suis là et je te rends hommage, parce qu’on n’a pas su te protéger et te mettre en sécurité dans ton pays, dans ta ville », lance-t-elle. Pendant tout son témoignage, une photo de Léana est projetée : une fillette aux tresses blondes, avec une salopette en jean’s, sourit au public de la salle d’audience.

Le « vide » immense dans son cœur

Souvent en larmes, Margaux dit son amour éternel pour son « mini-moi », qu’elle a eu à 19 ans, alors qu’elle était elle-même « encore un bébé ». Elle dit aussi le « vide » immense dans son cœur depuis sa disparition, que « rien ne pourra remplacer ».

Le 14 juillet 2016, elle venait de confier Léana à son père, Kamel, dont elle était séparée depuis peu. Au programme, un moment festif en famille sur la plage puis le feu d’artifice, sur la promenade des Anglais.

Sur le chemin du retour, la mère de Kamel, Laurence, tenait ses deux petits-enfants par la main : Léana d’un côté, son cousin Yanis, 8 ans, de l’autre. Ils ont tous les trois perdu la vie, percutés par le camion-bélier conduit par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, qui a volontairement foncé sur la foule, faisant 86 morts et plus de 450 blessés. « L’as-tu vu, ce gros camion qui venait sur toi ? As-tu eu peur, avant que ton petit corps tombe au sol ? », s’interroge-t-elle.

Un ami de la famille, Mohamed, est également tué. Ses proches témoigneront au procès mercredi après-midi.

« Trouver la force de se relever tous les jours »

Après le drame, Kamel et Margaux se remettent ensemble, « pensant peut-être se reconstruire mutuellement ». Ils ont eu deux petites filles, aujourd’hui âgées de 5 et 2 ans, avant de se séparer à nouveau.

Deux petites filles qu’elle ne peut s’empêcher de surprotéger : « Quand je couche tes sœurs, ou que je les dépose à l’école, ou que je les laisse à papa, je me dis : est-ce que c’est la dernière fois ? Est-ce que je leur ai suffisamment dit à quel point je les aime ? ». « Deux cœurs que je dois faire battre chaque jour », mais qui ne suffisent pas à lui redonner le goût de vivre : « Aujourd’hui, même avec deux petites filles magnifiques, des fois quand c’est trop dur je me dis que si je suis trop fatiguée, un jour, j’arrêterai tout. Ou j’attendrai qu’elles soient bien dans leur vie pour partir ».

De sa vie d’avant, « aujourd’hui, il ne reste rien : des rendez-vous chez le médecin, le psychiatre, les médicaments, les insomnies. Trouver la force de se relever, pas un jour, mais tous les jours », malgré les « dégâts intérieurs (…) qui vous tapent le cerveau du matin au soir ». « J’ai 28 ans, j’ai l’impression d’en voir 45 », confie la jeune femme au look juvénile - queue-de-cheval haute et surchemise à carreaux noirs et blancs.

« Qu’est-ce que ta mort aura changé ? Des plots sur la promenade des Anglais »

Du « déséquilibré » qui a croisé la route de sa famille, elle dit : « je ne saurai jamais s’il t’a vue, et si en te voyant il a fait exprès de tourner le volant. Et tout cas, son but était de te tuer, et il l’a fait ». « Ça serait mentir de dire que je n’ai pas de haine, que je pardonne. Je ne pardonne rien, et je suis bien contente qu’il soit mort aujourd’hui », ajoute-t-elle.



Comme de nombreuses parties civiles avant elle, elle mentionne aussi sa rancune face au manque de sécurité sur la célèbre avenue niçoise, ce soir-là. « Qu’est-ce que ta mort aura changé ? Des plots sur la promenade des Anglais. C’est bien d’y avoir pensé, maintenant que tu es partie ».