Procès de l’attentat de Nice : Des victimes ont été dépouillées, raconte le survivant d’une famille décimée

TEMOIGNAGE Christophe Lyon a livré un témoignage poignant mardi au procès de l’attentat de Nice. Il a aussi dit sa colère face à ceux qui ont pris des photos et dépouillé les victimes plutôt que de leur porter secours

20 Minutes avec AFP
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Le mémorial des victimes de l'attentat du 14-Juillet, sur la promenade des Anglais, à Nice
Le mémorial des victimes de l'attentat du 14-Juillet, sur la promenade des Anglais, à Nice — Daniel Cole/AP/SIPA
  • Christophe Lyon a perdu six membres de sa famille le soir de l’attentat de Nice, son épouse Véronique, son beau-fils Michaël, ses parents Germain et Gisèle et ses beaux-parents François et Christiane.
  • Au procès, il a notamment raconté les charognards qui ont pris des photos plutôt que porter secours aux blessés et « des enculés » qui ont dépouillé les victimes.
  • Il évoque aussi la récupération politique et notamment Christian Estrosi, attendu à la barre le 20 octobre, qui lui « court après pour [le] présenter au président Macron et oublie qui [il est] deux minutes plus tard »

Son physique d’avant de rugby ne colle pas avec sa voix brisée par l’émotion. Seul survivant d’une tragédie qui a emporté six membres de sa famille, Christophe Lyon a livré un témoignage poignant mardi, au procès de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice. Ce soir-là, quand Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a volontairement foncé sur la foule massée sur la promenade des Anglais, il a perdu son épouse Véronique, son beau-fils Michaël, ses parents Germain et Gisèle et ses beaux-parents François et Christiane.

Aujourd’hui âgé de 50 ans, cet ancien adjudant-chef de l’armée de Terre, polo bleu et cheveux ras, fait diffuser des photos des êtres aimés dans la salle d’audience. Avec délicatesse, il dresse un court portrait de chacun d’eux. La dernière photo les montre tous en train de déjeuner sur une terrasse ensoleillée de l’arrière-pays niçois quelques heures avant la tragédie. Les visages sont souriants. « Il y a souvent des conflits entre les familles, et chez nous, ce n’était pas le cas », explique Christophe Lyon. Le soir venu, tous descendent en ville pour profiter du feu d’artifice.



« On marchait en direction du Palais de la Méditerranée quand j’ai entendu un bruit. Je me suis retourné, j’ai vu le camion et j’ai juste eu le temps de me décaler et de tous les voir » se faire faucher, poursuit-il, avant de faire une pause et de pleurer. L’ancien militaire met ses parents, les deux seuls qui respirent encore, en position latérale de sécurité. « J’allais de corps en corps. Je n’arrêtais pas de dire que je les aimais », dit-il.

Il raconte les charognards qui prennent des photos

Encore un silence et une grande respiration et sa voix s’affermit. « Après l’horreur de l’acte, on s’aperçoit de l’horreur de l’homme », dit-il d’une voix sèche. Il raconte les charognards qui prennent des photos plutôt que porter secours aux blessés. Et « des enculés » qui dépouillent les victimes. « Il y en avait un sur ma mère… L’horreur de l’humanité. » Cette dernière meurt avant l’arrivée des secours. Son père, lui, est « en urgence dépassée ». Au CHU, « j’étais comme un zombie. J’errais », dit-il.

Puis il a fallu rentrer. Dire aux proches la terrible nouvelle. Au bout de trois jours, il se souvient que le chien de ses beaux-parents est resté dans la voiture garée au parking. Les vitres étaient entrouvertes et la voiture était en sous-sol. Le chien, devenu depuis « la mascotte » de Christophe Lyon, est vivant. Il s’autorise un premier sourire.

La suite c’est l’hébétude. Le silence, le retrait du monde. Pour reprendre pied, il choisit de se jeter dans le travail à corps perdu. « Douze heures par jour y compris le samedi. »

La récupération politique et le choc de l’autopsie

Il découvre aussi la récupération politique et n’a pas de mots tendres pour ceux qui s’y essaient. Il évoque ainsi Christian Estrosi (attendu à la barre le 20 octobre) qui « me court après pour me présenter au président Macron et oublie qui je suis deux minutes plus tard », ou encore l’ex-président Nicolas Sarkozy « qui veut me rencontrer mais qui annule le rendez-vous quand je lui dis que je ne veux pas de journalistes ».

Il raconte ensuite le choc quand il reçoit le rapport d’autopsie de son père en novembre 2019. Et un nouveau choc quand il apprend, à l’audience au début du procès, que les organes de son père ont été prélevés. « Personne ne nous a jamais rien dit. Quand on allait se recueillir, on pensait que tous les corps étaient entiers. Ce n’était pas le cas. On est retombé dans l’horreur », dit-il.

La culpabilité du survivant le ronge. « Si quelqu’un devait partir ce jour-là, c’était sûrement moi, du fait de mon passé militaire, de mes erreurs de jeunesse », veut-il se persuader. Quand il regagne le banc des parties civiles, ses sœurs jumelles l’étreignent. La photo du dernier repas de famille s’efface de l’écran.