Violences Reims-Bastia : Un policier devant les assises, accusé d’avoir éborgné un supporteur corse

Procès En 2016, l’après-match Reims-Bastia avait été marqué par des violences entre forces de l’ordre et supporteurs bastiais

20 Minutes avec AFP
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Maxime Beux, supporteur de foot de Bastia, qui avait perd un oeil lors d'échauffourées avec la police après le match Reims-Bastia, en 2016. / AFP)
Maxime Beux, supporteur de foot de Bastia, qui avait perd un oeil lors d'échauffourées avec la police après le match Reims-Bastia, en 2016. / AFP) — François Nascimbeni/AFP

Des échauffourées, un coup de matraque, un œil perdu. Le procès d’un policier, accusé d’avoir éborgné un supporteur bastiais après un match de football de Ligue 1 en 2016 à Reims, commence mardi devant les assises.

Jugé pour « violences avec usage ou menace d’une arme suivies de mutilation ou infirmité permanente », le policier, âgé de 50 ans, encourt quinze ans de réclusion criminelle. Il avait tenté de contester son renvoi aux assises de la Marne devant la cour d’appel de Reims, puis la Cour de cassation. En vain.

Première victoire de Bastia à l’extérieur

Les faits remontent au 13 février 2016 : le SC Bastia vient de signer sa première victoire en déplacement à Reims lors de la 26e journée. Il est 21h50, les responsables sécurité du stade - cités dans la procédure - remarquent une trentaine de supporteurs bastiais « particulièrement énervés » dans les travées visiteurs.

A l’issue du match, un groupe de supporteurs corses rejoint le centre-ville. Le match n’est pas classé à risque par les autorités, mais des heurts éclatent avec les policiers. Parmi les Bastiais, Maxime Beux, 22 ans à l’époque, donne un coup de pied dans la voiture du policier mis en cause. Celui-ci le rattrape et lui envoie, selon lui, un coup de bâton télescopique pour « le stopper dans sa course ».

L’accusé, membre de la BAC (brigade anti-criminalité) rémoise, explique alors que le jeune homme a chuté et que sa tête a « heurté le haut d’un potelet métallique », provoquant sa blessure à l’œil.

« Abracadabrantesque »

« Abracadabrantesque ! », tranche l’avocat de la victime, Me Benjamin Genuini. A l’AFP, il cite deux expertises médicales, selon lesquelles « la blessure coïncide avec un coup de matraque télescopique », qui a entraîné la perte fonctionnelle irréversible de l’œil gauche. L’enquête de l’IGPN parvient aux mêmes conclusions.

Un proche de la victime, témoin de la scène, racontera lui aux enquêteurs avoir vu son ami recevoir un coup de matraque au niveau de la tête et aussitôt « crier de douleur ». Malgré une blessure saignante à l’œil, Maxime Beux est menotté, transporté au commissariat et placé en garde à vue. « Entre le moment où il est blessé et le moment où il est pris en charge par les secours, il s’est passé une heure dix », déplore son avocat.

Le policier - dont l’avocat, Me Nicolas Brazy, n’a pas donné suite aux sollicitations de l’AFP - porte plainte pour « outrage et rébellion », mais le supporteur ne sera jamais poursuivi. Quatre jours après le match, une information judiciaire est ouverte contre X du chef de violences volontaires. Maxime Beux, « défiguré », selon son avocat, est entendu comme partie civile.

ITT de 45 jours

Il relate alors aux enquêteurs « les tensions croissantes » entre policiers et supporteurs bastiais, dès l’arrivée au stade, puis après le match dans le centre-ville. Et confirme avoir reçu « un impact violent à l’œil gauche », sans pouvoir en déterminer l’origine, puis s’être « écroulé ». Une ITT de 45 jours lui a été délivrée.

Confronté aux expertises, le policier, originaire de Reims, finit par reconnaître que la blessure à l’œil a été causée par le coup de matraque, mais dit avoir agi « en exécution d’un ordre ». Chargé de patrouiller en centre-ville, il devait « interpeller les personnes troublant l’ordre public ».

« Usage disproportionné de la force »

« Un usage disproportionné de la force » a « été démontré par l’enquête », réplique Me Genuini, un « coup de pied à une voiture » ne constituant pas une infraction, d’autant qu’il n’est pas établi que Maxime Beux - qui a depuis terminé son master en gestion - faisait partie « des supporteurs les plus virulents ».

Au total ce soir-là, huit supporteurs bastiais ont été placés en garde à vue pour outrage et rébellion. Sept d’entre eux ont été condamnés en appel en 2017 à des peines allant jusqu’à 1.000 euros d’amende. A la suite de cet événement, des incidents avaient éclaté en Corse entre les forces de l’ordre et les manifestants. Des milliers de Corses avaient aussi défilé à Bastia derrière une banderole « Ghjustizia per Maxime » (« Justice pour Maxime »).